La Couronne contre Rome, mais non pour Dieu

Dans l’histoire du monde, peu de peuples ont reçu de Dieu un rôle aussi grand que celui que la France fut appelée à remplir. Son baptême sous Clovis, son zèle sous Charlemagne, son intelligence sous Alcuin, sa piété sous Saint Louis, tous ces moments semblaient annoncer une destinée glorieuse. Mais à travers les siècles, cette nation appelée « fille aînée de l’Église » ne cessa de combattre deux puissances : Rome et l’Évangile. Elle voulut se soustraire à la première sans embrasser le second. C’est là le drame de la monarchie française.

Lorsque Philippe le Bel, au début du XIVe siècle, osa braver la tiare de Boniface VIII, ce ne fut pas par amour pour la vérité révélée dans l’Écriture. Ce fut par ambition. Il voulait une Église nationale, soumise à son autorité. Il refusait que Rome le jugeât, mais non que Dieu le jugeât par sa Parole. La Pragmatique Sanction de Bourges, plus tard, puis la Déclaration des Quatre Articles de 1682, mirent en place le gallicanisme, cette étrange construction qui prétendait maintenir une Église catholique sans être ultramontaine. Le roi s’y faisait gardien de la foi, mais en réalité, la foi était asservie au roi.

Quand Rome dominait, elle étouffait la liberté chrétienne ; mais quand le roi dominait l’Église, il étouffait la vérité biblique. Car la seule véritable liberté, c’est celle de la Parole de Dieu.

Or, au XVIe siècle, lorsque la voix de l’Évangile retentit dans le royaume de France, ce ne fut ni Rome, ni la monarchie qui lui ouvrirent les portes. Ce furent des hommes de foi, souvent humbles, parfois puissants, mais toujours saisis par l’Esprit de Dieu. Et que fit le roi ? Il se rangea du côté de Rome qu’il avait pourtant combattu. Il persécuta les huguenots, il se fit l’exécuteur de la Réforme. Ainsi, celui qui s’était insurgé contre l’autorité pontificale se fit le bourreau de l’Écriture. Il chassa le pape sans accueillir le Christ.

Ce double refus — de Rome et de la Parole — porta ses fruits. Il donna une Église sans puissance et une royauté sans lumière. Le trône, ayant rejeté l’autorité de Dieu, fut livré à l’autorité des hommes ; et ceux-ci, un jour, en 1789, mirent fin à son règne. Car là où la Parole n’est pas la loi, le peuple finit par devenir roi, et le roi, un homme de trop.

Oh ! si la France avait embrassé la Réforme, si elle avait entendu l’appel de la Parole, si la monarchie avait fléchi le genou devant Christ plutôt que de convoiter la tête de l’Église, quelle lumière eût brillé sur les peuples ! Mais elle préféra sa grandeur à la grâce, sa tradition à la vérité, son autel au calvaire.

Et pourtant, l’histoire n’est pas finie. Dieu n’a pas dit son dernier mot sur cette nation. Il est encore un peuple qui lit la Bible en France, encore des cœurs qui soupirent après une réforme véritable, non politique, mais spirituelle. La Couronne de France est tombée, mais la couronne du Christ demeure. Et c’est sous elle, et sous elle seule, que renaîtra la France.