Il est des royaumes que Dieu établit dans le monde pour accomplir un dessein particulier, pour refléter sur la terre quelque chose de son ordre céleste. La monarchie française fut, pour un temps, un de ces royaumes. Non point parfaite, mais soutenue. Non point divine en soi, mais ordonnée à Dieu. Et c’est dans cette lumière que doivent être lues les grandes étapes de son histoire.
La première grande alerte survint à Bouvines, en l’an de grâce 1214. Ce fut là une bataille décisive, où le roi de France, Philippe Auguste, faillit perdre la couronne. L’Empire, l’Angleterre, la Flandre s’étaient ligués contre lui. Et pourtant, contre toute attente, Dieu donna la victoire. Ce jour-là, sur la terre, la monarchie capétienne fut sauvée ; mais dans les cieux, c’était un témoignage : Dieu maintenait encore ce trône. Ce fut une grâce.
Mais la menace revint, plus terrible encore, au XVe siècle. Le royaume était brisé, le roi désavoué, l’héritier rejeté. La guerre de Cent Ans avait tout dévasté. Alors, Dieu, dans un acte souverain, suscita l’inespéré : une vierge. Jeanne d’Arc, humble messagère du Très-Haut, fut envoyée pour rappeler que la couronne appartenait d’abord à Dieu. À Chinon, lors de la triple donation, elle affirma que le royaume de France était, en premier lieu, don de Dieu, puis confié au roi, et enfin remis à son peuple. Cette parole fut un sceau sacré. Ce fut une grâce miraculeuse. Mais ce fut aussi un avertissement clair : la monarchie ne subsistait que dans la mesure où elle reconnaissait sa source.
Un siècle plus tard, la Parole de Dieu frappa à la porte du royaume par un autre moyen. La Réforme éclata en Europe. En France, un homme, Jean Calvin, adressa au roi une épître bouleversante, au seuil de son Institution de la religion chrétienne. Il supplia François Ier de recevoir la vérité de Dieu, de ne pas rejeter les fidèles persécutés, de soumettre sa couronne à la souveraineté de la Parole. Cet appel fut un cri d’amour et de vérité. Ce fut un nouvel avertissement, sans ambiguïté. Mais la couronne choisit d’ignorer la voix du Réformateur et de verser le sang des saints.
Alors, après la grâce, après l’avertissement, vint le jugement. En 1789, ce trône qui avait refusé la lumière de la Parole fut renversé. La Révolution n’éclata pas soudainement, comme un éclair sans nuage. Elle fut le fruit mûr d’un long endurcissement. La monarchie, vidée de son ancrage spirituel, coupée de sa vocation divine, fut livrée aux hommes. Et le Roi Louis XVI, descendant de Clovis et de Saint Louis, monta à l’échafaud. Ce fut une fin solennelle, un acte prophétique. La monarchie fut abolie, non seulement par la volonté populaire, mais par le jugement de Dieu.
Car Dieu parle aux rois. Il les établit, les avertit, les reprend. Il donne la grâce, Il envoie ses messagers, Il appelle à la repentance. Mais s’ils refusent d’écouter, alors Il les ôte. Bouvines fut une grâce ; Jeanne fut un miracle ; Calvin fut un prophète ; la Révolution fut un jugement.
Que cette histoire enseigne à tous les peuples, et surtout à ceux qui exercent une autorité : il n’est de légitimité durable que celle qui vient d’en-haut. Et quand les sceptres refusent de se courber devant la Parole de Dieu, ils sont brisés.
