Une nation née au seuil du sanctuaire ou au seuil de l’exil ?

Dans les siècles qui précédèrent la naissance des États-Unis d’Amérique, l’Europe, jadis baptisée aux sources de l’Évangile, s’était lentement éloignée de l’obéissance vivante à la Parole de Dieu. La lumière qui avait brillé sur Genève, sur Wittemberg, sur Édimbourg, cette lumière qui avait fait trembler les rois et converti les peuples, était désormais obscurcie par les nuées montantes de la raison orgueilleuse et de la religion d’État desséchée. Et lorsque les vents violents de la persécution soufflèrent sur les disciples du Christ, ceux-ci cherchèrent une terre nouvelle où l’on pourrait servir Dieu sans chaînes ni fers.

Ils traversèrent l’océan, non pour y bâtir une cité selon les philosophies de ce siècle, mais pour y fonder une communauté selon les enseignements de la Bible. Telle fut l’espérance des puritains. Telle fut l’intention première de ces pèlerins, dignes héritiers des réformateurs.

Mais hélas ! L’histoire du monde nous apprend que l’homme, fuyant Pharaon, emporte souvent avec lui les dieux de l’Égypte. Et de même que l’or des Hébreux servit à forger un veau idolâtre au désert, de même les colons du Nouveau Monde, emportant avec eux les blessures de l’Europe, y importèrent aussi les germes de sa sécularisation.

Ce fut ainsi qu’en cette fin de XVIIIe siècle, au moment même où l’Europe se déchirait dans les convulsions révolutionnaires, une nouvelle nation vit le jour. Mais cette naissance, tout en étant pleine de promesses aux yeux des hommes, portait en elle une ambiguïté redoutable. Car les pères fondateurs, tout en invoquant un Créateur et les lois de la nature, évitaient soigneusement de nommer Celui dont les prophètes avaient parlé, Celui qui avait versé son sang pour les nations, Celui que l’Écriture appelle « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ».

La Déclaration d’Indépendance invoquait un Dieu impersonnel, celui des philosophes, et non le Dieu de l’Alliance. La Constitution, chef-d’œuvre d’équilibre politique, se garda de reconnaître Jésus-Christ pour chef de la nation. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire chrétienne, un peuple se forma sans inscrire dans ses fondements l’autorité suprême des Écritures. On invoqua la liberté de conscience, mais l’on bannit la souveraineté du Christ. On ouvrit l’arène à toutes les confessions, mais l’on renonça à confesser une seule foi.

Certes, Dieu, dans sa miséricorde, visita ce jeune peuple. Les réveils spirituels y éclatèrent avec puissance. Des multitudes furent saisies par l’Évangile, des cœurs se convertirent, des Églises se formèrent. Mais l’ordre public resta fondé sur des principes humains, et non sur la pierre angulaire du Royaume.

Les États-Unis devinrent le laboratoire de la religion moderne : un christianisme fervent, mais sans couronne ; une foi individuelle, mais sans autorité publique ; une Église libre, mais exilée des lois. Ce fut là le triomphe discret de la sécularisation, non dans sa forme violente, comme en France, mais dans sa forme douce et subtile : celle qui, au nom de la liberté, dépouille le Christ de sa royauté.

Ainsi naquit cette grande nation, dans le sillage de l’Europe sécularisée, mêlant les cendres des autels anciens aux rêves d’une humanité affranchie. Que le lecteur sage y discerne les signes des temps. Car il est écrit : « Heureuse la nation dont l’Éternel est le Dieu ! » (Psaume 33:12). Et malheur à celle qui veut bâtir sa cité sans poser ses fondations sur le roc de la Parole.