Il fut un temps où les hommes mesuraient les années d’après les règnes de rois, les triomphes des empereurs ou les cycles des cités païennes. Mais lorsque le Christ, Lumière venue dans le monde, eut brillé sur les nations, une transformation profonde s’opéra, jusque dans la manière de compter les jours. Un humble moine, Denys le Petit, animé d’une pieuse ardeur, osa proposer que l’histoire humaine fût désormais mesurée non plus à partir d’un empereur romain, mais à partir de l’Incarnation de Jésus-Christ, le Roi des rois.
Par ce geste simple, presque effacé dans les livres des hommes, une grande révolution spirituelle s’accomplit : le temps lui-même fut baptisé au nom du Seigneur. Chaque année devint l’année du Seigneur (Anno Domini), chaque siècle une marche de plus dans l’accomplissement du dessein de Dieu. L’ordre chrétien ne se contenta pas de bâtir des églises ou de forger des lois : il imprima la seigneurie de Christ dans le rythme même du temps.
Mais les ténèbres, toujours en lutte contre la lumière, ne restèrent pas inactives. Lorsque, au XVIIIe siècle, la France renia son Roi céleste et se donna aux idoles de la raison, les révolutionnaires voulurent effacer jusqu’au souvenir du Christ dans le calendrier. Ils instituèrent un nouveau comput, dénommé « calendrier républicain », débutant non plus à Bethléem, mais à l’an I de leur propre apostasie. Les semaines furent brisées, le dimanche aboli, le rythme des jours redéfini selon l’orgueil de l’homme.
Mais Dieu se rit de ceux qui veulent effacer Son nom des fondements du monde. Ce calendrier impie, né dans le tumulte du sang et du blasphème, ne résista que quelques années. Il s’effondra avec le rêve luciférien qui l’avait engendré. Et le calendrier chrétien fut restauré. Le témoignage de la souveraineté de Christ sur l’histoire fut préservé. L’an de grâce reparut sur les décrets, et les années recommencèrent à marcher, comme depuis mille ans, sous le regard du Roi éternel.
Ainsi, même dans l’apostasie des peuples, Dieu garde un témoignage. Même quand les nations conspirent pour déraciner le Nom, le temps demeure marqué du sceau de l’Évangile. Le monde peut renier la vérité, il ne peut l’effacer. Car le Christ est non seulement le Sauveur des âmes, mais le Maître des siècles, et son royaume est un royaume qui ne passera point.
