Le Tanakh : œuvre providentielle de Dieu au cœur de l’épreuve

Dans les jours sombres qui suivirent la ruine de Jérusalem, lorsque les psaumes se taisaient sur la harpe suspendue aux saules de Babylone, Dieu préparait dans le secret un réveil silencieux. L’exil n’était pas la fin de l’histoire sainte ; il en était le creuset. Car si le temple était tombé en poussière, la Parole demeurait. Et c’est précisément au sein de cette humiliation que naquit, sous l’action providentielle du Très-Haut, une œuvre d’une portée incalculable : la grande compilation des Écritures d’Israël.

Lorsque, par un décret du roi Cyrus, les captifs revinrent à Sion, ils rapportaient peu d’or et d’argent, mais un trésor bien plus grand : la mémoire vivante de l’alliance. Et pour préserver ce dépôt sacré, les sages d’Israël, les scribes, les prêtres, les prophètes, mirent en ordre les livres inspirés. Ils les copièrent, les classèrent, les méditèrent. Ils firent de la Loi de Moïse le cœur battant de la vie nationale ; ils reconnurent dans les prophètes la voix du Dieu jaloux ; ils conservèrent les cantiques et les prières comme autant d’échos du sanctuaire perdu.

Cette triple division – Torah, Nevi’im, Ketouvim – forma ce que les enfants d’Abraham appelèrent le Tanakh. Ce n’était pas là une œuvre arbitraire d’hommes savants, mais l’achèvement d’un mouvement spirituel conduit par la main invisible de l’Éternel. Le Seigneur, qui avait parlé sur le Sinaï, qui avait tonné par la bouche d’Ésaïe, qui avait pleuré dans les complaintes de Jérémie, scellait désormais son témoignage dans un livre. Il liait sa voix à des mots. Et dans ces mots, son peuple dispersé trouverait désormais son centre, sa lumière, son espérance.

Esdras, cet homme pieux et zélé, apparaît alors comme une figure clé de ce réveil scripturaire. Il ne fut point roi, ni prophète au sens strict, mais il accomplit une œuvre royale et prophétique : il restaura la Loi dans les cœurs. Il proclama à haute voix ce que les siècles futurs allaient méditer dans le silence des synagogues et plus tard dans les églises. Il érigea l’Écriture comme fondement du culte, de la justice, et de la foi.

Ce moment dans l’histoire d’Israël est plus qu’un événement religieux ; il est une image prophétique. Il annonce ce jour glorieux où le Verbe se ferait chair, où la Parole écrite engendrerait la Parole vivante, Jésus-Christ, en qui toutes les promesses de Dieu sont “oui” et “amen”. Le Tanakh, né de la fidélité divine au cœur de la détresse, portait déjà en lui les prémices de l’Évangile.

Et nous, Église du Seigneur, gardienne de cette révélation, devons à notre tour contempler avec révérence cette œuvre de compilation. Car elle témoigne de la persévérance de Dieu envers son peuple, de la sainteté de ses oracles, et de la nécessité de la Parole dans toute réforme véritable. Là où la Bible est recueillie, proclamée, aimée, Dieu demeure au milieu des siens. Mais là où elle est négligée, obscurcie ou remplacée, l’exil commence.

Puissions-nous, à l’image d’Esdras, remettre la Parole au centre de nos vies, de nos foyers, de nos assemblées. Puissions-nous comprendre que cette compilation ancienne, loin d’être une relique, est le fondement même de notre édifice spirituel. Car du Tanakh procède l’Évangile, et de l’Évangile jaillit la vie.

Et si Dieu a suscité des scribes pour conserver son livre dans la nuit de Babylone, ne suscitera-t-il pas encore aujourd’hui des témoins pour faire briller la lumière de sa Vérité au cœur d’un monde qui s’égare ?