Dans l’histoire de l’Église de Jésus-Christ, il est une vérité qui, lorsqu’elle est confessée, réveille les morts, et lorsqu’elle est oubliée, laisse les vivants sombrer dans la torpeur : c’est le principe du Sola Scriptura — l’Écriture seule.
Là où ce principe est maintenu avec amour, l’Esprit souffle ; là où il est nié, l’Esprit se retire. Car l’Esprit Saint ne bâtit pas sur le sable mouvant des traditions humaines, mais sur le roc inébranlable de la Parole inspirée de Dieu.
Au VIIIe siècle, l’Église d’Orient, réunie au second concile de Nicée, s’écarta du fondement apostolique. Pour défendre le culte des images, elle ne s’appuya point sur la sainte Écriture, mais sur la tradition, élevant celle-ci à un rang égal, voire supérieur, à la voix divine. En agissant ainsi, elle rejeta silencieusement le principe de l’Écriture seule, se privant de ce levier céleste par lequel l’Esprit purifie, ranime et réforme. Depuis lors, l’Orient chrétien n’a point connu de réveil. Les temples subsistent, la liturgie persiste, les chants montent encore ; mais la vie spirituelle, la puissance de la Parole, la conversion des âmes, la réforme des mœurs, y sont devenues rares comme les pluies dans les déserts d’Arabie.
Plus tard, au XVIe siècle, l’Église de Rome, provoquée par le cri de Luther et l’appel des Réformateurs, tint le concile de Trente. Au lieu d’ouvrir les Écritures et d’y chercher sa réforme, elle érigea la tradition humaine au rang d’autorité divine. Elle déclara que les enseignements non écrits, transmis par les évêques, avaient même autorité que les livres saints inspirés de Dieu. Et ce décret demeure : Rome ne l’a jamais révoqué. Par cet acte, elle ferma la porte au réveil, s’enferma dans une forteresse ecclésiastique, et tourna le dos à la source vive qui aurait pu laver ses souillures et ranimer ses enfants.
Mais Dieu, riche en miséricorde, visita d’autres contrées. Là où le Sola Scriptura fut restauré — dans les terres de Luther, de Calvin, de Knox — l’Esprit descendit avec puissance. La Parole fut ouverte, proclamée, lue, méditée, crue. Et elle fit son œuvre. Elle convertit les cœurs, redressa les âmes, purifia les mœurs, forma des Églises vivantes, fit retentir la voix du Christ jusqu’aux extrémités du monde. Tous les réveils véritables depuis la Réforme — celui des puritains, des piétistes, des méthodistes, des moraves, des évangéliques — sont nés dans ce sillon tracé par l’Écriture seule.
Ce n’est pas une coïncidence, c’est une loi divine. L’Esprit n’habite que dans la maison que Dieu a bâtie, non dans celle que les hommes ont façonnée. Et Dieu a bâti sa maison sur l’Écriture. Nul réveil n’a jamais jailli là où l’Écriture était enchaînée ; mais partout où elle est proclamée librement, elle brise les chaînes, elle allume les flambeaux, elle enfante les enfants de Dieu.
Oh ! qu’on ne s’y trompe point. Il n’y a point d’Esprit sans Parole, comme il n’y a point de fruit sans racine, ni de flamme sans foyer. Le Sola Scriptura est le signe distinctif d’une Église vivante, et son abandon est le symptôme certain d’une Église qui se meurt.
Ainsi, à chaque génération, cette question revient, solennelle et décisive : sur quoi l’Église se fonde-t-elle ? Sur la voix des hommes ou sur la voix de Dieu ? Que notre réponse soit celle des apôtres et des réformateurs : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Et que notre cri s’élève, non avec orgueil, mais avec foi : l’Écriture seule !
