Il est un principe dont la puissance régénératrice, sanctifiante et vivifiante a marqué de son sceau toutes les vraies réformations de l’Église : c’est celui que l’on nomme Sola Scriptura. Ce n’est pas une formule humaine, ni une simple maxime de théologiens, mais l’expression même du gouvernement de Dieu sur son peuple, par la seule autorité de sa Parole écrite. Là où ce principe est honoré, l’Esprit souffle. Là où il est rejeté, l’homme usurpe la place de Dieu et l’Église dépérit.
L’histoire nous en fournit une preuve solennelle, dans l’opposition manifeste que l’on peut observer entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident à partir du VIIIe siècle.
C’est au second concile de Nicée, en l’an 787, que l’Église orientale, réunie sous l’égide de l’impératrice Irène, éleva les icônes au rang d’objet de vénération religieuse. Ce fut là un moment décisif. L’on justifia cette pratique non par l’Écriture sainte, mais par la Tradition — cette Tradition qu’on plaça, non plus en servante de la Parole, mais en maîtresse. Ce concile affirma que les images du Christ, de la Vierge et des saints devaient recevoir une vénération religieuse. Or le Décalogue, cette voix du Très-Haut, gravée par son propre doigt, s’élève d’un ton clair et terrible contre de telles pratiques : « Tu ne te feras point d’image taillée… tu ne te prosterneras point devant elles. » En instituant un culte d’icônes, l’Église d’Orient abandonnait, de fait sinon de nom, l’autorité suprême de l’Écriture, et introduisait dans le sanctuaire les œuvres des mains des hommes.
Face à cette dérive, l’Église d’Occident, bien que traversée elle-même de nombreuses faiblesses, se dressa alors, par la voix du concile de Francfort (794), contre ce qu’elle reconnaissait comme une corruption. Loin de donner droit aux images dans le culte, elle rappela, non sans fermeté, que seule l’Écriture est la norme du culte véritable. Ainsi, sans encore exprimer pleinement la doctrine du Sola Scriptura, l’Occident en conservait l’intuition, la direction, le mouvement. Le sol restait préparé pour l’œuvre future de l’Esprit.
Ce fut donc en Occident que, près de huit siècles plus tard, le Seigneur suscita une grande Réforme. Ce ne fut pas un hasard, mais l’effet d’un profond travail de l’Esprit dans l’histoire. Car l’Esprit de Dieu agit par la Parole de Dieu. Il ne peut souffler là où une autre autorité lui est préférée, là où l’Écriture est reléguée à la marge et recouverte par la poussière des traditions humaines. En Orient, où l’autorité des conciles et de la tradition iconophile n’a jamais été révoquée, où la parole prophétique demeure enchaînée à des formes anciennes, le réveil ne vint pas. L’Église d’Orient demeura ce qu’elle était : noble dans ses liturgies, majestueuse dans ses chants, mais muette quant au cri de l’Évangile et stérile quant à la conversion des âmes.
Là est la grande leçon : l’Esprit ne se sépare jamais de la Parole. L’Église ne peut être vivante que si elle est soumise à l’autorité de l’Écriture seule. Ce n’est pas l’attachement aux formes anciennes, ni la fidélité à des traditions vénérables, qui donnent la vie. C’est l’obéissance à la voix du Seigneur. C’est lorsque l’Église, humble, revient au Livre, qu’elle est restaurée. C’est lorsque la Bible est ouverte, proclamée, crue et mise en pratique, que le souffle de Dieu descend à nouveau sur les os desséchés, et qu’une armée se lève.
Le principe du Sola Scriptura n’est pas une abstraction : il est la ligne de partage entre la vie et la mort de l’Église. Il est le cri des prophètes, le fondement des apôtres, le flambeau des réformateurs. Là où il règne, le Christ règne. Là où il est absent, l’homme règne — et l’homme, livré à lui-même, conduit toujours à la ruine.
Que Dieu, dans sa miséricorde, ravive encore ce principe dans son Église universelle, afin que son Nom seul soit glorifié, et que son peuple vive de toute parole qui sort de sa bouche.
