Il y a, dans les hauts faits de Dieu, des révélations qui embrassent le temps et fondent la pensée. L’alliance conclue au désert du Sinaï n’est point une législation abstraite, ni une rupture dans le fil des siècles : elle est mémoire et promesse ; elle est lumière sur les commencements, et appel vers les derniers jours.
Lorsque Dieu, dans sa majesté redoutable, descendit sur la montagne en feu pour y parler à Moïse, ce ne fut point le surgissement d’une divinité locale, comme il en naissait tant dans l’imagination des peuples païens. Non ! Le Dieu qui se révélait là était le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob — le Dieu des pères — mais aussi le Dieu de Noé et d’Adam ; le Créateur des cieux et de la terre, le seul vrai Dieu, avant qui rien ne fut, et après qui il n’est nul autre.
Ainsi, par cette alliance, Israël reçut la révélation de ses origines. Non point seulement les origines de sa nation, mais celles de l’humanité tout entière, et celles du monde visible. Le récit de la Genèse, inséparable de la Loi donnée à Moïse, instruisait Israël que son histoire n’était qu’un chapitre d’une histoire plus vaste : celle de l’univers façonné par la Parole de Dieu, celle de l’homme créé à l’image de Dieu, celle du péché qui a rompu l’alliance originelle, et celle de la promesse du Rédempteur.
Le Sinaï, loin d’introduire une religion nouvelle, vient restaurer une alliance ancienne. Ce Dieu n’était point inconnu ; il avait déjà parlé. Il avait juré à Noé que la terre subsisterait ; il avait scellé sa promesse à Abraham, en l’appelant hors d’Ur pour lui donner une postérité bénie ; il avait conduit Jacob, et multiplié Israël en Égypte. L’alliance mosaïque est une étape, un développement de ce dessein éternel de Dieu — dessein de miséricorde et de vérité.
Israël n’était pas appelé pour lui seul. Le dépôt sacré qui lui était confié — la Parole de Dieu, la connaissance du vrai Dieu, l’espérance d’un salut à venir — portait déjà en lui la vocation universelle du peuple élu. Ce que Dieu révélait à Israël, c’était aussi pour les nations ; et dans le sein même de la Loi résonnait déjà l’appel des prophètes : “Nations, venez à la lumière !”
Il faut donc contempler l’alliance mosaïque comme une montagne qui s’élève au sein d’une chaîne plus vaste. Le sommet est glorieux, mais il n’est point isolé. Il s’enracine dans les premiers âges, et il annonce celui qui viendra accomplir toutes les promesses. Car, dans les replis mêmes de la Loi, déjà transparaît la grâce. Et si le tonnerre gronde au Sinaï, c’est pour mieux préparer l’Évangile de la paix qui sera proclamé depuis un autre mont, celui du Calvaire.
L’alliance mosaïque, dès lors, devient pour nous un flambeau : elle éclaire le passé en le rattachant au Créateur, et elle éclaire l’avenir en annonçant le Christ. En elle, Israël apprit qu’il n’était point le produit du hasard, mais l’héritier d’un dessein divin ; il sut que Dieu n’était point l’idole d’un peuple, mais le Souverain de l’univers. Et cette révélation fut comme l’aurore d’un jour plus grand, celui où Dieu parlerait encore, non plus sur une montagne fumante, mais par son Fils bien-aimé, en qui toute alliance trouve son accomplissement.
