La triple voie de la Réforme

En ces jours mémorables où l’Esprit de Dieu fit retentir sa voix sur les ruines d’un christianisme endormi, l’histoire fut témoin de trois réponses distinctes à l’appel de la Parole retrouvée. Trois voies s’ouvrirent devant les hommes : l’une de résistance obstinée, l’autre de rupture précipitée, la troisième de réforme authentique et paisible. La lumière de l’Écriture, lorsqu’elle resplendit à nouveau dans l’Europe du seizième siècle, ne fut point accueillie d’un seul cœur, mais révéla les pensées cachées de plusieurs.

À droite, se dressa la réforme catholique, qui n’était point réforme, mais plutôt durcissement. Là, les hommes, heurtés dans leur autorité, s’attachèrent à ce que Dieu n’avait point institué. Au lieu de se soumettre aux Saintes Écritures, ils érigèrent en rempart les traditions humaines. Le Concile de Trente, loin d’être une pénitence publique, fut un monument d’orgueil. Il confirma solennellement ce que les siècles d’obscurité avaient enfanté, et fit taire la voix de Dieu sous les décrets des hommes. Là où le Saint-Esprit appelait à la repentance, les cœurs endurcis se raidissaient dans une fidélité idolâtre à ce que Dieu avait déjà jugé. C’était le pharisaïsme revêtu d’habits pontificaux.

À gauche, surgit la réforme radicale, flamme ardente mais sans sagesse, enthousiasme sans racine. Là, des âmes sincères, blessées par les abus de l’Église visible, rejetèrent tout ce qui venait du passé, même ce qui portait encore l’empreinte du Seigneur. Ils voulaient reconstruire l’Église comme si elle n’avait jamais existé, oubliant que le Dieu des réformateurs est aussi le Dieu de l’histoire. Ils méprisaient les pères, les conciles, les symboles de la foi antique, et prétendaient que nul n’avait encore compris l’Évangile avant eux. Mais qui sont-ils, pour ainsi condamner l’œuvre du Saint-Esprit au long des siècles ? En rejetant les institutions visibles de l’Église, ils oubliaient que le Christ n’est point venu abolir, mais accomplir. C’était la tentation de l’orgueil spirituel, qui veut s’affranchir même de la main paternelle de Dieu dans les âges passés.

Mais au centre, par la grâce seule, s’éleva la réforme véritable – celle que nous appelons magistérielle, non point pour exalter l’homme, mais pour rappeler l’ordre et la sagesse de Dieu. C’est la réforme de Luther, de Calvin, de Zwingli, de Farel, de Bucer, de tant d’autres, que le Seigneur avait suscités dans les divers pays pour proclamer d’une seule voix : « Sola Scriptura ! » Ce cri ne rejetait point les témoignages de l’histoire, mais les soumettait à l’Écriture. Ce mouvement, tout en discernant les ténèbres accumulées, reconnaissait dans l’Église visible la trace du dessein providentiel de Dieu. Il ne rejetait pas les anciens, mais les examinait à la lumière de la Parole. Il ne détruisait pas, il purifiait. Il ne rompait pas les attaches légitimes, mais les ramenait à leur fondement.

Telle est la voie bénie que Dieu a honorée. Là, les cœurs s’abaissèrent sous l’autorité divine ; là, les cultes furent renouvelés, les sacrements réformés, les âmes affermies dans la vérité. Là, l’Église, purifiée de ses scories, retrouva son visage d’épouse. Là, les confessions de foi – Augsbourg, Genève, Heidelberg – ne furent point des chaînes nouvelles, mais des balises pour orienter le peuple de Dieu dans le siècle ténébreux.

Et encore aujourd’hui, ces trois voies se tiennent devant nous. Il y a ceux qui, dans l’Église, veulent préserver l’institution au prix de la vérité ; ceux qui, pris d’une fièvre de renouveau, rejettent tout et reconstruisent sur le sable de leur zèle ; et ceux qui, dans la crainte et la joie, se prosternent devant la Parole vivante, et cherchent à bâtir sur le fondement posé une fois pour toutes.

C’est à cette dernière voie que nous sommes appelés. L’Église réformée doit être toujours en réforme, non selon les caprices de l’homme, mais selon la Parole du Dieu vivant. Que nos yeux ne se détournent ni à droite, ni à gauche, mais qu’ils soient fixés sur Celui qui est la Tête de l’Église, le Chef des réformateurs, l’Auteur et le Consommateur de notre foi : Jésus-Christ, notre Seigneur.