Il est des événements dans l’histoire sainte qui, par leur clarté et leur puissance, renversent à jamais les murailles que l’ignorance et la superstition avaient élevées autour de la vérité. La Pentecôte chrétienne est de ceux-là. Elle fut non seulement le jaillissement de la grâce, mais aussi la levée d’un voile antique. En ce jour glorieux où l’Esprit du Dieu vivant descendit sur les disciples, l’Église reçut un signe éclatant de sa vocation universelle. Ce n’était plus une nation, ni une langue, qui serait le réceptacle exclusif de la vérité divine ; mais c’étaient toutes les nations, toutes les langues, tous les peuples, que le Seigneur appelait à l’écoute de sa Parole.
Quelle scène, mes frères ! Que voyons-nous dans le deuxième chapitre des Actes des Apôtres ? Les hommes de Galilée, gens simples, parlent soudain les langues des Parthes, des Mèdes, des Élamites, des Crétois et des Arabes, proclamant dans chacune de ces langues les merveilles de Dieu. Et chacun, nous dit l’Écriture, entendait dans sa propre langue maternelle. O miracle non de confusion, mais d’unité ! Non d’exclusion, mais d’accueil ! C’est ici la grande réponse de Dieu au tumulte orgueilleux de Babel. Là, les langues avaient été divisées pour disperser une humanité rebelle ; ici, les langues sont employées pour rassembler une humanité rachetée.
Il est donc évident, à la lumière de ce témoignage apostolique, que le Dieu qui parla jadis à Moïse en hébreu, et à Daniel en araméen, parle désormais aux peuples dans leurs langues vernaculaires. La parole du salut n’est point confinée à un idiome sacré. Le Très-Haut, qui autrefois se révélait dans le langage des prophètes, se révèle maintenant dans celui des nations. C’est pourquoi, je le dis avec force, toute opposition à la traduction des Saintes Écritures dans la langue du peuple n’est point seulement une erreur pastorale, mais une résistance à l’Esprit même de Pentecôte.
La Réforme du seizième siècle, en redonnant la Bible aux peuples, ne fit que revenir à cette source primitive. Ce que Pierre fit à Jérusalem, Luther le fit à Wittemberg, Calvin à Genève, et Tyndale en Angleterre. Ils furent les nouveaux interprètes du grand miracle apostolique. Et si les ennemis de la lumière prétendaient enfermer la Bible dans la langue morte de Rome, Dieu, lui, ouvrait les bouches et les plumes pour que le peuple entende à nouveau, dans sa propre langue, les merveilles de Dieu.
Il en résulte une vérité capitale pour l’Église de Jésus-Christ : la traduction de la Bible dans les langues de chaque peuple n’est pas une concession pragmatique, mais un commandement divin inscrit dans le sceau même de la Nouvelle Alliance. Ce n’est pas l’abaissement du texte sacré, mais son élévation parmi les hommes. C’est l’accomplissement de cette prophétie : « La terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » (Ésaïe 11.9).
Que l’Église ne l’oublie point ! En traduisant la Bible, elle ne se détourne pas de la tradition apostolique, elle y retourne. En rendant les Écritures aux peuples, elle se soumet à l’Esprit. En sanctifiant toutes les langues pour l’usage du sanctuaire, elle honore Celui qui est mort pour racheter des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation.
Et vous, peuples de la terre, recevez cette parole traduite non comme une œuvre humaine, mais comme un don divin. Car Dieu parle encore aujourd’hui — non plus à un seul peuple, mais à tous les peuples, et non plus dans une seule langue, mais dans la vôtre.
