La Parole préservée par la main de Dieu

Il est un fait glorieux et souvent méconnu : la Bible, ce livre céleste, a traversé les siècles, les royaumes et les tempêtes, sans que sa lumière ne soit éteinte, ni sa vérité obscurcie. Tandis que les empires s’effondraient, que les langues se perdaient et que les civilisations changeaient, la Parole de Dieu demeurait, fidèle à l’oracle qui la fonde : « L’herbe sèche, la fleur tombe, mais la Parole de notre Dieu subsiste éternellement » (Ésaïe 40.8). Ce n’est point là une simple survivance littéraire ; c’est une œuvre de Dieu, une victoire de sa Providence, un acte de sa fidélité envers son peuple et sa gloire.

Car le Dieu qui a parlé est aussi Celui qui garde ce qu’il a dit.

Il a confié d’abord son trésor à Israël, peuple de l’Alliance, qu’il avait séparé des nations pour être le dépositaire de ses oracles. À travers les âges obscurs, les scribes veillaient, les rouleaux se transmettaient, et les lettres sacrées, recopiées avec une précision presque liturgique, passaient d’une génération à l’autre. Quand Jérusalem fut renversée, la Parole resta debout. Quand les princes furent emmenés captifs, les Écritures furent portées avec eux. Et c’est là un des grands miracles de l’histoire : le livre subsista, bien que les hommes tombassent.

Puis vint le temps où les royaumes des nations se levèrent et où le Dieu d’Israël étendit sa main jusqu’aux extrémités de la terre. Son Fils parut, la Parole se fit chair, et les apôtres, remplis de l’Esprit, couchèrent par écrit ce qu’ils avaient vu, entendu et reçu d’en haut. Une Église naquit, nourrie du souffle de Pentecôte, et bientôt les manuscrits circulèrent dans les assemblées d’Asie, de Grèce, d’Égypte et de Syrie.

Mais ici encore, que de dangers ! Que de corruptions, que d’hérésies, que d’invasions barbares, que de négligences humaines menaçaient le dépôt sacré ! Et pourtant, Dieu veillait. Même lorsque l’Église d’Orient s’éloigna de la simplicité de l’Évangile, elle resta, par un mystère de grâce, la gardienne des textes inspirés. Ses monastères, ses écoles, ses évêques furent, sans le savoir peut-être, des sentinelles de la vérité. Et quand le temps fut venu d’imprimer la Bible, ce furent les manuscrits grecs conservés dans ces contrées orientales que Dieu mit entre les mains des Réformateurs.

Oh ! combien cela doit remplir notre cœur d’adoration : Dieu utilise même des instruments infidèles pour préserver fidèlement sa Parole.

Et qu’en est-il de l’Occident ? Là aussi, le Seigneur agissait. Tandis que la tradition latine s’éloignait parfois du texte et que les superstitions s’amoncelaient, la Vulgate, traduite par Jérôme, servit de réservoir providentiel. Elle permit à des siècles d’ignorance de garder au moins la trame du récit sacré et d’éveiller, le moment venu, l’ardeur de ceux que Dieu appelait à la Réforme.

Ce fut alors, au XVIe siècle, que l’Esprit souffla de nouveau. Les Églises se réveillèrent, les cœurs furent saisis, les langues nationales furent sanctifiées par la Parole traduite. Les manuscrits anciens furent rassemblés, comparés, imprimés. L’imprimerie, ce prodige technique, devint l’instrument de la Providence pour propager la Parole divine dans toute l’Europe, et bientôt dans le monde entier.

Ainsi, Dieu a veillé. Il a veillé par Israël, il a veillé par l’Église, il a veillé par l’histoire. Il n’a point permis que sa voix soit étouffée. Aujourd’hui encore, alors que mille voix prétendent parler pour Dieu, nous avons l’assurance que la voix véritable, celle des Écritures, n’a pas été réduite au silence. Elle résonne, elle éclaire, elle tranche, elle console. Et c’est à nous désormais, peuple de Dieu, enfants de la Réforme, d’être les gardiens vigilants de ce dépôt vivant.

Ne nous détournons point de cette glorieuse tâche. Car celui qui a préservé sa Parole dans le passé la préservera encore. Et lorsque le ciel et la terre passeront, il sera vu que la Bible n’a point passé.