Il y a, dans l’histoire de l’Église et du peuple de Dieu, une constante admirable et souveraine : la place centrale de la Parole écrite du Seigneur. Depuis que Dieu parla au Sinaï, jusqu’à l’heure où le Verbe s’est fait chair, en passant par les jours sombres de l’exil et les aubes du retour, la Sainte Écriture demeure la source vivifiante autour de laquelle s’organise la vie du peuple saint. Elle est la voix de Dieu conservée, transmise, proclamée ; elle est la lumière sur le sentier, l’ancre dans la tempête, la nourriture au désert. Elle est, pour l’âme fidèle, ce qu’était la colonne de feu pour Israël : le signe de la présence de l’Éternel.
Écoutons les récits sacrés : au mont Sinaï, la Parole divine n’est pas seulement entendue, elle est gravée dans la pierre, scellée par le feu et le tonnerre, consignée comme un pacte éternel. Moïse, le serviteur du Très-Haut, redescend portant la Loi, témoignage d’un Dieu qui parle, d’un Dieu qui s’adresse à son peuple non dans les murmures de l’imagination, mais dans les sentences du commandement et dans les promesses de l’alliance. À partir de cette heure solennelle, Israël devient un peuple façonné par la Parole. Quand il écoute, il prospère ; quand il oublie, il chancelle. Quand la Loi est lue, les cœurs s’émeuvent ; quand elle est méprisée, les idoles s’élèvent.
Et lorsque vient le temps du châtiment, l’exil emporte le peuple loin de sa terre, mais il n’emporte pas l’Écriture. Car si le temple est détruit, la Parole subsiste. Et c’est elle qui rallume l’espérance au bord des fleuves de Babylone. Elle ranime les cendres de la mémoire, elle prépare le retour, elle façonne les cœurs à la repentance. Lorsqu’Esdras lit le Livre devant l’assemblée rassemblée, hommes, femmes et enfants, tous se lèvent, tous pleurent, tous adorent. L’Écriture est la véritable arche du retour. De cette centralité naissent les synagogues, lieux de lecture, d’interprétation et de louange, où le peuple apprend à vivre de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu.
Mais c’est au moment où la plénitude des temps s’accomplit que la grandeur de l’Écriture est le plus magnifiquement scellée. Car Celui qui était au commencement, la Parole même de Dieu, devient chair, et habite parmi nous. Le Fils éternel, en venant parmi les hommes, n’annule pas la Loi ni les Prophètes : Il les accomplit. Il les cite, Il les commente, Il en vit. Il les enseigne dans la synagogue de Nazareth, Il les proclame sur la montagne, Il les accomplit sur la croix. La Parole écrite devient la Parole incarnée. Et lorsqu’Il ressuscite, Il ouvre les Écritures à ses disciples pour leur montrer que tout parlait déjà de Lui.
C’est pourquoi l’Église de la Nouvelle Alliance ne s’édifie pas sur le sable mouvant des traditions humaines, mais sur la pierre solide des Écritures, sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. Dès ses premiers jours, l’Église lit, enseigne, recopie, proclame. Le Tanakh devient la lumière qui éclaire la Bonne Nouvelle, et les écrits apostoliques viennent, par l’Esprit, parfaire le témoignage du Christ. Une nouvelle génération de scribes fidèles naît, non pour ajouter aux oracles de Dieu, mais pour témoigner du Verbe vivant avec autorité et fidélité. Ainsi le canon se ferme, et le peuple de Dieu demeure centré sur le Livre de Dieu.
Aujourd’hui encore, mes frères, le peuple fidèle demeure le peuple de la Parole. Non d’une parole floue, ni d’une tradition fluctuante, mais de l’Écriture inspirée, infaillible, suffisante. Que nos familles soient des synagogues vivantes, où l’on lit, où l’on médite, où l’on prie. Que nos Églises soient des lieux où la Parole résonne, éclaire, convertit. Car il n’y a pas de réveil véritable sans retour aux Écritures. L’histoire nous l’enseigne, et la Providence le confirme. Que le Seigneur nous garde dans l’amour et la fidélité à sa Parole, jusqu’au jour où la foi deviendra vision, et où la Parole incarnée nous apparaîtra face à face.
