Dans les jours bénis où le Seigneur Jésus, ayant triomphé de la mort, montait dans la gloire, l’histoire visible de la révélation s’achevait, mais l’histoire de Dieu avec son peuple s’élançait dans une ère nouvelle. La voix divine ne retentirait plus sur le Sinaï, ni dans le désert de Juda, ni dans la maison de Nazareth ; mais cette voix, ayant désormais résonné pleinement en Jésus-Christ, continuerait d’agir, non plus pour ajouter à l’Écriture, mais pour l’ouvrir aux nations, l’appliquer aux consciences, et la faire pénétrer jusque dans les replis les plus secrets de l’histoire.
Oui, l’Église chemine, mais la Parole est close. Dieu poursuit son œuvre, mais Il ne la commente plus par de nouveaux oracles : Il nous a parlé par le Fils, et en ce Fils Il a dit tout ce qu’Il avait à dire. Le Verbe incarné est l’accomplissement, et l’Écriture inspirée est le réceptacle scellé de cette parole parfaite. La Bible ne précède pas seulement l’Église dans le temps : elle la fonde, la nourrit et la juge. L’Écriture est close, mais jamais muette ; elle est achevée, mais jamais achevée dans ses effets. Le canon est scellé, non pour enfermer la foi, mais pour l’enraciner.
Le danger de toute génération est d’attendre une nouvelle lumière, comme si celle que nous avons reçue ne suffisait pas. Mais l’Écriture n’a point vieilli. Elle ne s’efface ni devant les conciles, ni devant les songes des mystiques, ni devant les prétentions des prophètes tardifs. Elle est la lampe de la marche chrétienne, le fondement de toute prédication fidèle, et la clé du temps présent. L’Esprit de Dieu n’ajoute point à l’Écriture : Il l’éclaire. Il n’inspire plus de nouveaux livres : Il ouvre les livres donnés. Il n’annonce pas de nouvelles alliances : Il scelle dans les cœurs celle qui a été établie dans le sang de l’Agneau.
Le peuple de Dieu, autrefois circonscrit à Israël, est désormais répandu parmi les nations, mais il reste un. C’est la même Alliance, transfigurée ; le même Dieu, pleinement révélé ; la même promesse, enfin accomplie. L’histoire du salut ne s’est point arrêtée à l’Ascension du Seigneur : elle continue dans la mission de l’Église, dans les combats de la vérité, dans la sanctification des saints, et dans la patience des siècles. Mais cette histoire, si elle se poursuit, ne réclame pas de nouveaux fondements. Elle chemine sur le roc de la Parole écrite. Ce qui fut autrefois l’apanage d’un peuple est désormais proclamé aux extrémités de la terre, non avec une révélation nouvelle, mais avec la Parole ancienne qui est toujours vivante.
L’Église n’est pas l’auteur de la Bible, elle en est la servante. Elle ne la surplombe pas, elle s’en abreuve. Elle ne la corrige pas, elle s’en corrige. Et quand les siècles s’assombrissent, c’est vers elle qu’elle revient. Car l’Écriture n’est pas une parole parmi d’autres : elle est la Parole de Dieu, gardée, transmise, scellée par l’Esprit, et suffisante pour toute génération.
Chrétiens, ne méprisons pas le don achevé du ciel. Ne cherchons pas hors de la Bible ce que Dieu a jugé bon de nous dire en elle. Car celui qui attendrait un nouvel évangile, trahirait le premier. Celui qui attendrait un nouvel Esprit, oublierait celui qui fut promis. Celui qui espérerait une autre lumière, marcherait dans les ténèbres.
Mais que l’Église prenne la Bible en main ; qu’elle l’ouvre, qu’elle la lise, qu’elle la prêche, qu’elle la vive ! Et alors, sans que Dieu ne parle autrement, Il parlera encore. Non plus sur le Sinaï, mais dans la conscience renouvelée. Non plus dans les flammes du buisson ardent, mais dans les cœurs embrasés de foi. Non plus par les visions nocturnes, mais par la lumière du Christ crucifié et ressuscité.
