Il est un fait d’histoire et de foi que nous devons contempler avec recueillement : la Parole du Dieu vivant, celle qui a fait trembler le Sinaï, consolé les captifs de Babylone et éclairé les pas des prophètes, a été principalement transmise en une langue — celle d’Abraham, de Moïse, de David, celle d’Israël : l’hébreu.
Ce n’est point là une décision arbitraire ni un simple accident de l’histoire. Car le Dieu qui parle est aussi le Dieu qui choisit, qui prépare, qui forme et façonne. Il a créé non seulement les cieux et la terre, mais aussi les peuples et leurs langues. Il a, dans sa sagesse, élu un peuple, Israël, pour porter sa révélation ; et il lui a donné une langue, l’hébreu, pour recevoir et transmettre ses oracles. Cette langue sainte est dès lors devenue, non par nature mais par élection, le véhicule du ciel.
Qu’est donc cette langue que Dieu a honorée d’une telle charge ? Ce n’est point une langue de spéculation abstraite, comme le grec raffiné des philosophes ; ce n’est pas non plus la langue des conquérants, comme le latin de Rome. C’est une langue simple et forte, rude parfois, mais pénétrante ; une langue de pasteurs, de prophètes et de rois ; une langue terrestre, façonnée par les siècles, mais que Dieu a élevée à porter les choses célestes. L’hébreu ne sépare point l’âme et le corps, le visible et l’invisible ; il les unit dans des mots denses, concrets, chargés de symbole. Il ne disserte pas sur l’être : il nomme, il agit, il crée. Car en hébreu, parler c’est faire. La parole est action. Et n’est-ce pas là, précisément, le sceau de la révélation divine ? « Dieu dit… et il fut ainsi. »
Ce peuple élu, auquel Dieu donna sa loi et ses promesses, a donc reçu une langue qui convenait au dépôt sacré. L’Écriture, ainsi transmise, ne se présente point comme une abstraction détachée du temps, mais comme une parole vivante, adressée à des hommes dans leur histoire. L’hébreu porte en lui le rythme de cette histoire. Par lui, Dieu dit à l’homme d’où il vient, où il va, et qui l’appelle.
Et cette langue, Dieu l’a préservée. Ni les exils, ni les persécutions, ni l’oubli des siècles n’ont pu l’éteindre. Quand vinrent les jours sombres de la captivité babylonienne, puis les empires des Grecs et des Romains, l’hébreu s’effaça quelque peu dans l’usage, mais demeura comme une braise sous la cendre. Car dans les synagogues, les rouleaux sacrés continuaient d’être lus, les enfants d’Israël continuaient d’apprendre la langue de Moïse. Et quand vint le temps de recueillir, de copier, de compiler les Écritures pour les transmettre aux générations futures, c’est en hébreu que l’on recopia la Loi et les Prophètes.
Oh ! que cette fidélité divine est grande ! Ce que Dieu a révélé, il le conserve ; ce qu’il confie à son peuple, il l’accompagne de sa providence. Ainsi l’hébreu biblique nous est parvenu, non comme une langue morte, mais comme un témoignage vivant, un écho fidèle de la voix du Très-Haut.
Ne disons donc pas : peu importe la langue, pourvu que le message demeure. Car le message et la forme sont, dans la révélation divine, mystérieusement liés. Comme le Verbe s’est fait chair, la Parole s’est faite langue. Et cette langue, Dieu l’a choisie pour révéler son Nom, pour conclure son Alliance, pour annoncer le Messie. Oui, c’est en hébreu que les prophètes ont crié : « Voici, une vierge concevra et enfantera un fils » ; c’est en hébreu que le psaume a chanté : « Tu n’abandonneras pas mon âme au séjour des morts ». Et c’est encore dans cette langue que le Christ, mourant, s’est écrié : « Eli, Eli, lama sabachthani ? »
Frères, ce n’est pas en vain que nous méditons sur la langue des Écritures. Elle nous ramène à la source. Elle nous rappelle que la foi chrétienne est enracinée dans l’histoire d’un peuple, dans une terre, dans une parole. Que celui qui aime la Parole de Dieu honore aussi le moyen par lequel Dieu a voulu la donner. L’hébreu n’est pas l’unique langue de Dieu — car l’Évangile doit être proclamé dans toutes les langues de la terre — mais il est la langue des commencements, la langue du fondement, la langue du Premier Testament.
Que notre génération, si avide de nouveauté, n’oublie pas cette racine. Car la sève de l’arbre de vie monte toujours de la racine vers les branches. Et si la Parole est aujourd’hui proclamée aux nations, c’est parce qu’elle a d’abord été révélée à Israël, en cette langue antique et sainte qui fait vibrer encore les cœurs de ceux qui aiment la Bible.
