La dernière visitation

Il est des jours où l’histoire avance à pas feutrés, et d’autres où elle court en hâte vers son terme. De la venue de Jésus-Christ à la ruine du Temple de Jérusalem, il ne s’écoula que quarante années ; mais dans ces quarante années, la terre trembla, le ciel parla, et les desseins éternels de Dieu s’accomplirent dans une lumière éclatante et terrible.

Car c’est là le mystère du temps de la fin de l’ancienne alliance : un temps bref, mais solennel ; un temps de grâce infinie, mais aussi de jugement redoutable. Dieu visita son peuple. Le Fils fut envoyé à ceux qui gardaient les oracles de Dieu. Il marcha dans leurs rues, enseigna dans leurs synagogues, pleura sur leurs villes, guérit leurs malades, ressuscita leurs morts, et annonça le Royaume promis. Le Fils du Très-Haut descendit au milieu d’eux, comme l’Aurore qui visite d’en haut.

Mais ce peuple, si longtemps préparé, ne reconnut pas l’heure de sa visitation. Les chefs religieux, gardiens d’une tradition altérée, rejetèrent celui qui était la Parole faite chair. Le Sanhédrin préféra César au Messie. Jérusalem crucifia son Roi.

Et pourtant, ô grâce admirable ! Après sa résurrection glorieuse, le Christ envoya encore ses témoins à cette nation rebelle. Pierre, Jacques, Jean, Paul, Étienne et tant d’autres proclamèrent avec puissance que Jésus est le Christ, le Seigneur vivant. Dans les rues de Jérusalem, dans les synagogues de Judée, puis jusque dans les synagogues de la dispersion, l’Évangile fut annoncé « premièrement aux Juifs ». Et plusieurs crurent. Des milliers furent ajoutés à l’Église. Dieu montra encore sa patience. Il attira, il avertit, il supplia.

Mais la majorité détourna l’oreille. Et alors, selon les prophéties anciennes, la lumière franchit les frontières d’Israël pour illuminer les nations. Le rameau sauvage fut greffé à l’olivier franc, selon le dessein éternel. L’Église, peuple nouveau, devint le temple vivant du Seigneur. Car ce n’est plus à Jérusalem ni en Samarie que l’on adore, mais en esprit et en vérité.

Cependant, la patience de Dieu eut un terme. Comme Jésus l’avait annoncé avec des larmes, Jérusalem fut cernée par les armées, et le Temple fut jeté à terre. L’édifice saint, gloire de l’ancienne alliance, disparut dans les flammes. Ce fut là le sceau du jugement divin, le témoignage visible que l’ancienne dispensation était close, et que la nouvelle alliance, scellée par le sang de l’Agneau, était désormais la voie unique d’accès au Père.

Cette courte période — de l’an 30 à l’an 70 — fut donc l’aurore de la lumière messianique et le crépuscule de l’économie mosaïque. En elle s’entrelacent la miséricorde et la justice, l’appel de Dieu et la réponse des hommes, le rejet du Fils et son triomphe par la résurrection.

Ô lecteurs, que ce temps nous serve d’instruction. Car aujourd’hui encore, le Christ vient à son Église, il visite les nations, il appelle les âmes. Heureux ceux qui reconnaissent le temps de leur visitation, qui embrassent le Fils, et trouvent en lui le salut, avant que ne vienne de nouveau un jugement dont personne ne pourra détourner l’arrêt.