Il est des vérités que l’âme régénérée saisit d’instinct, comme un enfant reconnaît la voix de son père. Parmi elles, il en est une que l’Église doit de nouveau proclamer avec une sainte audace : la Bible n’est pas seulement un livre de piété, ni même seulement l’histoire du salut — elle est le miroir divinement inspiré du réel, la clef souveraine pour comprendre le monde dans lequel l’homme respire, agit, souffre et espère.
Dans les temps anciens, l’Éternel parla, et ce qu’il dit fut : « Que la lumière soit. » Cette lumière n’éclaire pas seulement les ténèbres extérieures, mais les ténèbres de l’intelligence humaine. La parole créatrice n’a cessé d’être parole révélatrice. Car celui qui fit les cieux et la terre est aussi celui qui donne à l’homme de les comprendre, non par les seuls efforts d’une raison déchue, mais par la révélation de sa pensée consignée dans les saintes Écritures.
La Bible est ce fondement unique, ce roc antique et vivant, sur lequel toute science véritable doit s’édifier. Sans elle, l’esprit humain se livre à des abstractions vagues ou à des idoles déguisées : il appelle vérité ce qui flatte ses désirs, loi ce qui asservit, lumière ce qui le fait chanceler. Mais avec la Parole de Dieu comme lampe, l’homme redevient ce qu’il fut créé pour être : un lecteur du monde dans la lumière du Créateur.
C’est que la science, au sens le plus noble, ne peut croître que dans le jardin planté par Dieu. Les premiers botanistes furent Adam, les premiers astronomes furent les bergers d’Abraham. Toute investigation véritable du réel présuppose que le réel est intelligible, c’est-à-dire ordonné — et cette ordonnance n’est point née du hasard, mais de la sagesse divine. Ce n’est point à Athènes, ni dans les écoles de l’Orient, mais dans Silo, dans Jérusalem, et enfin dans la chambre haute où descendit l’Esprit, que l’homme a reçu les prémices de la vraie connaissance.
La métaphysique elle-même — cette haute tour d’où les philosophes tentent de contempler l’invisible — ne peut s’élever que sur les fondations de la Révélation. Qu’est-ce que l’être, sinon ce que Dieu soutient ? Qu’est-ce que le temps, sinon ce que Dieu a ordonné ? Qu’est-ce que la vérité, sinon ce qui est conforme à la pensée de Dieu ? Les nations ont cherché, ont tâté, ont bâti des systèmes — et les systèmes sont tombés comme les statues de Dagon devant l’Arche. Mais la Parole demeure, inébranlable, parce qu’elle procède de Celui qui Est.
Et voici le plus grand mystère : cette Parole, qui éclaire le monde créé, qui fonde toute science, qui donne sens à toute métaphysique, cette Parole s’est faite chair. Le réel, dans son fondement même, est christologique. Toute réalité authentique trouve sa clef dans le Fils : « Car en lui ont été créées toutes choses, visibles et invisibles… tout subsiste en lui. » (Colossiens 1.16-17). L’univers est un livre dont le Christ est le Verbe.
Ô Église du Dieu vivant ! Ne renonce pas à cette haute vocation. Ne te contente pas de parler à l’âme ; parle à l’intelligence, parle au monde, parle à l’histoire ! Élève la Bible non seulement comme un livre saint, mais comme la lumière pour toute science, la base de toute société, la boussole de toute culture. Car l’heure vient — et elle est déjà venue — où les fondements chancellent, où l’homme moderne, ayant renié la Parole, s’égare dans les brumes d’une raison sans sagesse.
Mais Dieu a parlé. Et ce qu’il dit, il l’a écrit. Et ce qu’il a écrit, il l’a conservé. Et ce qu’il a conservé, il l’a confié à son Église, non pour qu’elle le cache dans ses temples, mais pour qu’elle le proclame sur les toits. La Bible est la clef du réel — et c’est par elle que Babylone tombera, et que le Royaume de Dieu remplira la terre comme les eaux couvrent le fond des mers.
