Jésus-Christ, Maître de l’histoire

Ce n’est pas un homme qui gouverne l’histoire. Ce n’est pas César, ni Charlemagne, ni Napoléon, ni les puissants de ce monde qui en possèdent la clef. Ce n’est point la fortune, ni le hasard, ni même la seule succession des causes humaines qui tissent la trame des siècles. L’histoire, telle qu’elle se déroule à nos yeux, et telle qu’elle s’inscrit dans les conseils éternels, est entre les mains de Celui qui fut élevé sur une croix, déposé dans un sépulcre, et glorifié à la droite du Père.

Le Crucifié est vivant. Le Ressuscité est couronné. Et ce couronnement n’est pas une attente vaine, suspendue à quelque avenir lointain. Il est présent, il est réel, il est actif. Jésus-Christ règne. Depuis le ciel, il dirige, conduit, oriente et plie toutes choses au dessein de son Père. Il est le Seigneur de l’histoire, et toute autorité lui a été donnée dans le ciel et sur la terre.

Ce règne ne s’exerce point à la manière des rois de la terre, par le glaive ou par la contrainte. Il s’exerce dans la puissance de l’Esprit qu’il a répandu. Ce divin Consolateur, invisible mais souverain, agit dans le monde, convainc les consciences, régénère les âmes, et fait pénétrer la lumière dans les ténèbres. L’Esprit de Jésus-Christ, agissant par la Parole inspirée, agit dans le temps comme un vent irrésistible. Il est la main du Roi dans les affaires humaines.

Et ce Roi ne règne point sans un corps visible sur la terre. Ce corps, c’est l’Église, peuple de l’Alliance nouvelle, épouse sanctifiée par le sang du Crucifié. Loin d’être une institution vaine ou un vestige du passé, elle est l’instrument de Dieu pour faire avancer son Royaume. Par elle, la vérité est annoncée, les nations sont enseignées, les captifs sont affranchis. Par elle, le Christ bâtit sa cité, prépare son épouse, et accomplit son œuvre.

Ainsi, malgré les tumultes du monde, malgré les apostasies, les guerres, les révolutions et les crimes, une ligne droite traverse les siècles : la ligne de la providence divine, tendue vers la consommation du Royaume. Car l’histoire n’est point une spirale infinie, ni un abîme sans fond ; elle est une marche, une ascension, un combat vers une victoire assurée.

L’Évangile ne recule point. Il avance. Il triomphe, même là où l’on croit qu’il succombe. Car Dieu se plaît à confondre les sages par les faibles, à renverser les forteresses par la prédication d’un Crucifié. Et tout ce que la terre accomplit de grand, de vrai, de juste, n’est qu’un reflet de ce dessein éternel qui trouve sa clef en Jésus-Christ.

L’histoire est donc christologique. Elle est un théâtre où se déploie la gloire du Fils. Et toutes choses concourent, même les rébellions de l’homme, à l’accomplissement du plan de Dieu. Car « il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds » (1 Co 15.25).

Et ce règne ne sera point complet jusqu’à ce que les nations aient été instruites, les idoles renversées, et le Nom du Seigneur élevé sur toute la terre. Ce jour viendra. Il approche. Le Fils de Dieu, qui dirige aujourd’hui les événements dans le secret, se révélera bientôt en gloire. Alors, l’histoire entière s’éclairera à la lumière de son visage.

C’est là la vraie lecture de l’histoire. Toute autre est trompeuse. Toute autre est mutilée. Toute autre méconnaît Celui qui est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin.

Le chrétien qui considère les siècles doit les lire depuis le trône. Il doit voir la main de Christ dans les révolutions comme dans les réveils, dans les ruines comme dans les édifications. Car même dans les ténèbres les plus épaisses, « la lumière luit, et les ténèbres ne l’ont point reçue » (Jn 1.5). Mais elles ne pourront jamais l’éteindre.

Gloire donc à Celui qui dirige le cours du temps, et dont le règne n’aura point de fin ! À lui l’honneur, la puissance, et la majesté, aux siècles des siècles. Amen.