Dès l’aube solennelle du Sinaï, lorsque la nuée enveloppa la montagne et que la voix du Dieu vivant retentit au milieu des éclairs et du tonnerre, une vérité sublime fut déposée dans le cœur du peuple élu : l’Alliance conclue entre l’Éternel et Israël n’était pas une clause obscure, enfermée dans les replis étroits d’un nationalisme ethnique. Elle était une alliance de lumière, une révélation adressée à un peuple, mais destinée à tous les peuples. Ce que Dieu transmit à Israël, ce n’était point seulement une Loi pour régir ses sentiers, mais une sagesse divine pour éclairer les nations. Et cette Loi, scellée sur des tables de pierre, préfigurait déjà une Parole gravée sur des cœurs de chair, lorsque viendrait le Jour du Christ.
Oui, l’Alliance mosaïque, en ses formes extérieures et typologiques, portait en elle une réalité spirituelle universelle. Le Dieu qui avait appelé Abraham en Chaldée, ce Dieu se révélait à Moïse comme le Dieu des armées célestes, le Créateur de toute chair. Et c’est au peuple d’Israël, au cœur du désert, que cette révélation fut confiée : non comme un trésor à enfouir, mais comme une lampe à placer sur le chandelier du monde.
« Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte », dit l’Éternel. Ainsi, Israël fut institué peuple sacerdotal — non pour se replier dans une solitude hautaine, mais pour intercéder, enseigner, et annoncer. Prêtre pour le monde, Israël portait en son sein les prémices d’une vocation missionnaire. Il devait être le miroir dans lequel les nations verraient la justice de Dieu, le flambeau par lequel elles discerneraient leur propre misère, et la promesse de la grâce.
Et l’Éternel ne cacha point cette vocation. Il parla, et les nations devaient entendre. Il écrivit, et les peuples devaient lire. « Cette Loi, dit Moïse, sera votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples ; ils diront : Quelle grande nation est si sage et si intelligente ! » Ainsi la Loi était donnée sous les yeux des nations comme un témoignage, une prédication muette qui attendait le jour où elle deviendrait vivante.
Cette perspective universelle, les psaumes la proclament. « Louez l’Éternel, vous toutes les nations ! Glorifiez-le, vous tous les peuples ! » Et les prophètes la développent avec une majesté qui confond le monde. Ésaïe voit les nations affluer vers la montagne de l’Éternel ; il entend dire : « Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob ! Il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. » La Torah sortira de Sion, et la Parole de l’Éternel de Jérusalem.
Hélas ! Israël, comme tout homme, porta l’infirmité du péché. Il oublia sa vocation. Il fit de la Loi un privilège au lieu d’un ministère. Mais l’Éternel n’abandonna point son dessein. Dans les ténèbres d’une fidélité défaillante, la promesse resplendit encore. Et le Serviteur promis, celui dont Ésaïe parle avec crainte et douceur, allait venir pour accomplir l’œuvre que le peuple n’avait pu porter.
Ce Serviteur, c’est Jésus-Christ, vrai Israël, vrai prêtre, vrai prophète, vrai roi. En Lui, la révélation donnée à Moïse s’accomplit et s’ouvre. Ce que la montagne du Sinaï avait murmuré, la montagne des Béatitudes le proclame à haute voix. Et ce que l’Arche avait porté dans le silence du sanctuaire, le Christ l’annonce désormais aux nations, par ses apôtres, et jusqu’aux extrémités de la terre.
La Loi mosaïque, dans ses prescriptions, ses types, ses cérémonies, fut une pédagogie. Mais dans son cœur, elle portait déjà la vérité évangélique. Elle parlait du péché, de la sainteté, du sang et du pardon, de la justice et de la grâce. Et toutes ces choses, Israël les a reçues non pour lui seul, mais pour qu’elles deviennent un fleuve irriguant les nations desséchées.
C’est pourquoi, aujourd’hui encore, lorsque nous ouvrons le Livre de l’Alliance, ce n’est point un monument du passé que nous lisons, mais la parole toujours vivante du Dieu éternel. Et si cette Parole fut confiée d’abord à Israël, c’est pour que, par son ministère et malgré ses infidélités, elle atteigne enfin toutes les nations.
