De Jérusalem à l’Église : la Transition des Deux Alliances

« Et lorsque les temps furent accomplis, le Fils de Dieu ressuscita d’entre les morts, vainqueur du sépulcre, et d’un souffle divin fit jaillir la vie dans une humanité jusqu’alors plongée dans les ténèbres de la mort. C’est alors, dans cette aurore pascale, que la Nouvelle Alliance parut dans sa gloire, établie non sur les tables de pierre du Sinaï, mais sur les cœurs régénérés par l’Esprit de Dieu. Et de Jérusalem, la cité meurtrie des prophètes, l’Évangile partit comme un fleuve irrésistible, emportant avec lui les débris d’un monde ancien.

Mais l’ancienne Alliance, bien qu’abrogée en droit par la croix, ne fut pas immédiatement effacée du théâtre de l’histoire. Elle demeura encore quelque temps, comme une ombre qui refuse de s’effacer devant la lumière. Le Temple subsistait ; les sacrifices étaient encore offerts ; les docteurs de la Loi poursuivaient leurs controverses. Israël n’avait point encore compris que le voile était déchiré, que le Saint des saints avait été ouvert, et que le Messie promis était venu.

Ce temps, qui s’étend de la résurrection de Christ à la ruine de Jérusalem en l’an soixante-dix, fut un temps de transition, un temps de patience divine, un temps de témoignage solennel. Le Seigneur laissa vivre, pendant une génération entière, les deux économies — l’ancienne, vacillante, portée par l’habitude et la révolte ; la nouvelle, conquérante, nourrie par l’Esprit et la Parole. Et tandis que les apôtres proclamaient la grâce du salut au prix du sang de l’Agneau, la nation juive, dans son aveuglement, marchait à grands pas vers le jour du jugement.

Car ce jugement arriva. L’armée romaine, dans la rigueur d’une providence inflexible, vint assiéger la ville sainte. Le feu consuma le sanctuaire, et le Temple de pierre tomba, comme autrefois le voile du sanctuaire s’était déchiré. L’ancienne Alliance, dans sa forme visible, trouva sa fin. Dieu avait parlé : le sacerdoce lévitique était révoqué ; l’arche n’était plus ; la sacrificature terrestre cédait la place au souverain Sacrificateur céleste, qui est assis à la droite de Dieu.

Ainsi, dans cette période sainte de transition, les deux alliances se sont croisées comme deux navires en mer : l’un qui arrive à port, l’autre qui s’éloigne dans la nuit. Mais la main de Dieu était sur l’histoire, et ce passage ne fut point chaotique, mais ordonné par l’Éternel selon la sagesse infinie de son dessein rédempteur.

Et l’Église, née au cœur de cette secousse, devint le tabernacle de la présence divine, non plus localisée dans un temple terrestre, mais répandue sur toute la terre, là où deux ou trois se réunissent au nom du Ressuscité.

Ô que cette époque nous instruise ! Car elle témoigne que Dieu ne détruit jamais sans édifier, qu’il ne met jamais fin à une alliance sans en faire éclater une plus glorieuse. Et nous, peuple de la Nouvelle Alliance, souvenons-nous que nous sommes héritiers non seulement des promesses, mais aussi du combat et de la fidélité qui les ont portées jusqu’à nous. »