L’Église, gardienne de la Révélation

Dans les temps anciens, le Très-Haut s’est choisi un peuple, non pour l’exalter selon la chair, mais pour y déposer les trésors de sa Parole. Israël fut ainsi appelé, au milieu des nations païennes, à conserver les oracles divins, à proclamer la sainteté de l’Éternel, et à manifester par sa loi, ses prophètes et ses psaumes, la lumière venue d’en haut. À ce peuple appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte, les promesses, et c’est de lui, selon la chair, que Christ est venu (Romains 9.4-5). Gloire à Dieu pour ce dépôt vénérable !

Mais, en son temps, Dieu a fait éclater une œuvre nouvelle, non contraire à l’ancienne, mais son accomplissement. L’Alliance ancienne, gravée sur la pierre, a cédé à l’Alliance nouvelle, gravée sur les cœurs. Et l’Église — non selon la chair, mais selon l’Esprit — a été suscitée comme la continuation élargie du peuple de Dieu, non plus restreinte à une nation, mais répandue dans toutes les langues, tous les peuples, toutes les contrées.

C’est à cette Église, corps de Christ et colonne de la vérité (1 Timothée 3.15), qu’a été confiée une mission auguste et redoutable : non seulement garder la Révélation reçue, mais la proclamer aux nations, l’enseigner aux disciples, la méditer jour et nuit, la vivre dans la sainteté. L’Église n’est pas l’auteur de la Parole, mais sa servante ; elle ne parle pas d’elle-même, mais elle parle au nom de celui qui l’a envoyée, de celui qui l’a sanctifiée par son sang et qui l’a revêtue de sa gloire.

Oui, c’est l’Église, éclairée par l’Esprit du Seigneur, qui a reconnu dans les écrits des apôtres et des prophètes la voix de Dieu même. C’est elle qui, sous la conduite du Paraclet promis, a recueilli, discerné, compilé ces livres saints dans un seul Livre, la Sainte Bible, monument visible de l’unité de la Révélation, flambeau sur la route du pèlerin, fondement de la foi, épée de l’Esprit, lampe et lumière dans un monde plongé dans les ténèbres. Ce Livre est une mer, disait Chrysostome, et nul ne saurait en épuiser la profondeur.

Mais que serait cette Bible sans une bouche pour l’annoncer, sans une intelligence pour l’expliquer, sans une main pour la transmettre ? L’Église est donc aussi appelée à faire œuvre de théologie — non point cette science sèche, orgueilleuse et scolastique que les hommes ont quelquefois travestie, mais cette contemplation ardente et humble du mystère de Dieu révélé, cette prédication vivante, cette catéchèse fidèle, cette interprétation soumise à l’Esprit, cette sagesse qui s’exerce dans la dépendance de la Parole et dans l’attente du Royaume.

La théologie est un chant d’adoration avant d’être une science ; elle est un service rendu au peuple de Dieu, un acte d’amour envers les âmes et un acte d’obéissance envers le Seigneur. Malheur à l’Église qui cesserait de penser à la lumière de l’Écriture, car elle deviendrait proie des philosophies du siècle ; mais bienheureuse est l’Église qui soumet toute pensée captive à l’obéissance de Christ (2 Corinthiens 10.5), et qui s’écrie avec l’Écriture même : « Ainsi parle l’Éternel ! »

Oh, que l’Église de notre temps reçoive de nouveau cette vocation avec tremblement et joie ! Qu’elle se tienne comme sentinelle sur les murailles de Sion, annonçant au monde non les inventions des hommes, mais la Parole de Dieu, pure comme l’argent éprouvé, claire comme l’aurore, tranchante comme l’épée, douce comme le miel.

Car l’Église n’est pas appelée à suivre le monde, mais à lui parler au nom de Dieu. Elle est la voix de Celui qui fut, qui est, et qui vient. Que son enseignement, qu’elle puise dans l’Écriture et nourrit par l’Esprit, soit la lumière des nations et le guide du peuple saint jusqu’au jour où le Livre scellé des sept sceaux sera pleinement révélé, et où la Parole faite chair jugera les vivants et les morts.

Jusque-là, que l’Église veille, médite, enseigne, proclame, et qu’elle soit fidèle à Celui qui lui a confié son trésor le plus précieux : sa Parole.