Il est des principes qui, revêtus des plus nobles paroles, ont captivé les peuples et fait chanceler les trônes. Ils s’avancèrent, auréolés de lumière : liberté ! égalité ! fraternité ! — et les foules, éblouies, crurent voir en eux l’aurore d’un monde nouveau. C’était en 1789.
Mais ce qui s’annonçait comme une émancipation fut, en réalité, un changement de seigneur. On parla de droits, mais l’on oublia la justice. On invoqua le peuple, mais on l’instrumentalisa. On prétendit renverser les tyrans, mais ce fut pour couronner l’orgueil humain. L’ancien ordre, fondé sur Dieu, fut renié ; et un nouvel ordre, fondé sur l’homme, s’installa.
Le roi avait perdu son sceptre, mais une autre puissance s’en empara — plus subtile, plus dissimulée, plus impitoyable. Le pouvoir n’était plus héréditaire, mais il devint idéologique. Ce ne furent plus les dynasties, mais les oligarchies ; non plus les familles royales, mais les cercles de financiers, de technocrates et de maîtres de l’opinion.
Cependant, ce nouveau pouvoir comprit une chose essentielle : le peuple n’obéit pas à la force brute, mais à la parole sacrée. Il lui fallait donc une théologie. Il eut celle des droits de l’homme. Il lui fallait une liturgie. Il eut ses déclarations. Il lui fallait une église. Il eut l’École. Il lui fallait un dieu. Il divinisa l’Homme.
Mais ce dieu-là est menteur et cruel. Il promet la liberté, mais ne livre que la confusion. Il proclame l’égalité, mais creuse des abîmes entre les classes. Il exalte la fraternité, mais ruine les fondements de toute vraie communauté. Car on ne fonde pas une cité sur la poussière ; or l’homme sans Dieu est poussière.
La Révolution n’a pas été seulement un changement de régime ; elle a été un changement de Dieu. Là où jadis l’on reconnaissait la loi du Très-Haut, on voulut désormais s’en affranchir. Là où l’on confessait que l’autorité vient d’en-haut, on déclara que le peuple seul est source de toute chose. Mais ce peuple, privé de sa boussole céleste, devint le jouet de ceux qui savent parler au nom du peuple.
Et ainsi, sous des oripeaux démocratiques, l’oligarchie s’est installée. Elle parle la langue des droits, mais agit selon l’intérêt. Elle invoque la volonté générale, mais impose la sienne. Elle se pare des couleurs de la liberté, mais méprise toute voix qui contredit son dogme.
Oh ! qu’il est grand le mensonge lorsque le mensonge revêt la vérité pour mieux tromper ! L’Écriture nous l’enseigne : la seconde bête ressemble à un agneau, mais parle comme un dragon (Apocalypse 13.11). De même, l’ordre nouveau prend les traits de la lumière, mais son âme est ténèbres. Il faut des yeux ouverts pour discerner, et un cœur ferme pour résister.
L’Église de Jésus-Christ ne doit point se laisser séduire. Elle ne saurait bénir un ordre qui rejette son Seigneur. Elle ne saurait se soumettre à une autorité qui renverse la pierre d’angle du droit véritable. Car la vraie cité ne descend pas des assemblées humaines ; elle descend du ciel, préparée par Dieu, fondée sur la justice, illuminée par l’Agneau.
C’est pourquoi, tandis que les empires se disputent la gloire, tandis que les systèmes cherchent à légitimer leur domination par des mots volés au ciel, les disciples du Christ savent que le seul vrai Roi, le seul vrai Législateur, le seul vrai Sauveur, c’est Celui qui a été crucifié et qui vit à jamais. Et son Royaume ne passera point.
