La Bible, Livre visible de la Parole invisible

Il est une œuvre de Dieu qui, plus que toute autre, unit le ciel et la terre : la révélation. Loin d’être une abstraction lointaine, un souffle passager tombé d’un ciel impassible, elle est une descente réelle, majestueuse, de Dieu dans l’histoire des hommes. Et cette descente n’a point pris les chemins de l’illusion, ni ceux de l’imagination humaine, mais elle a suivi la voie royale du symbole — non pas un symbole creux, mais un signe plein de la présence du Très-Haut.

Le Dieu vivant, qui habite une lumière inaccessible, a voulu se faire connaître. Mais comment l’infini parlerait-il au fini, sinon en revêtant son langage ? Comment le Dieu invisible se ferait-il voir, sinon en se manifestant dans le visible ? C’est là le grand mystère, le grand miracle de la révélation : l’union du visible et de l’invisible, du terrestre et du céleste. Ce que l’homme ne pouvait atteindre, Dieu l’a fait descendre. Ce que l’œil ne pouvait voir, Dieu l’a rendu accessible. Et ce qu’aucun raisonnement ne pouvait saisir, Dieu l’a enveloppé d’une forme que la créature peut recevoir.

Le symbole, dans les desseins de Dieu, n’est point une ombre qui trompe, mais une lumière qui éclaire. Il n’est pas une fuite de la vérité, mais son vêtement. Ainsi, lorsque le buisson flamba sans se consumer, c’était le Dieu de gloire qui apparaissait. Lorsque la nuée couvrit le tabernacle, c’était la Majesté qui descendait. Et lorsque la croix s’éleva sur le Golgotha, c’était la justice et l’amour de Dieu qui s’embrassaient devant les hommes.

Mais c’est dans l’Incarnation du Verbe que ce symbolisme atteint son sommet. « Et la Parole a été faite chair. » Ô mystère sublime ! Ce n’est plus un signe, c’est une Personne. Ce n’est plus un flamboiement passager, c’est une vie entière, parfaite, offerte. En Jésus-Christ, Dieu a parlé, non seulement par des prophètes, mais par le Fils, qui est le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa personne. Ce n’est pas seulement un message que Dieu nous a adressé, mais un Messager, en qui le message est devenu chair. Le Christ est la Parole invisible rendue visible, la réalité céleste manifestée dans le monde.

Et cette Parole, après avoir vécu parmi nous, a été confiée à l’Écriture. La Bible est le témoignage visible de la Parole invisible. Elle n’est pas un livre comme les autres ; elle est l’acte divin consigné, l’histoire du salut écrite sous l’inspiration du Saint-Esprit. Les mots qui y sont couchés ne sont pas des inventions humaines, mais les véhicules d’une vérité d’en haut. Ils sont comme les tables de pierre gravées par le doigt de Dieu. Ils sont les signes visibles par lesquels la voix du Seigneur continue de retentir dans le monde.

On ne peut donc pas opposer la Parole de Dieu à la Bible, comme si l’une vivait indépendamment de l’autre. Car la Parole n’est accessible que par sa forme visible, tout comme le Christ est Dieu parmi nous parce qu’il a pris un corps. Le texte sacré n’est pas un simple réceptacle : il est la forme choisie par Dieu pour nous faire entendre sa voix. Le mépriser, c’est mépriser Celui qui s’y révèle. Le négliger, c’est se détourner de la lumière qui brille dans les ténèbres.

Et c’est pourquoi, au jour où l’esprit humain se détourne des signes visibles de Dieu pour suivre ses propres visions, il s’égare. Il veut l’Esprit sans la Lettre, la voix sans le Livre, la lumière sans la lampe. Mais Dieu n’a point agi ainsi. Il a sanctifié les formes, élevé l’humanité en lui-même, et déposé dans des mots, dans des pages, dans un Livre, le trésor éternel de sa Parole. Il a daigné se faire lire, comme il avait daigné se faire voir.

Chrétien, contemple ce mystère. La Bible que tu tiens entre tes mains, ce Livre traduit, recopié, porté de génération en génération, n’est pas un témoignage parmi d’autres : elle est la forme visible de la Parole du Dieu invisible. Approche-toi avec respect. Lis avec foi. Et que l’Esprit qui l’a inspirée ouvre tes yeux pour voir, à travers les signes de la terre, la lumière du ciel.