Fidélité à l’appel reçu

Il y a dans l’Église de Dieu une grande diversité de dons, et cette diversité ne doit point nous troubler. Le Dieu qui créa les étoiles ne leur donna point toutes la même lumière, ni aux fleurs la même senteur. Ainsi en est-il de ceux qu’Il appelle à proclamer sa Parole : tous ne brillent pas de la même manière, tous ne touchent pas les cœurs par les mêmes voies. Mais tous, s’ils sont fidèles à l’appel reçu, glorifient le Seigneur qui les envoie.

Il m’a été donné, ce dimanche, de prêcher l’Évangile devant l’assemblée des croyants. Et à la fin du culte, un frère âgé — un homme pieux et sincère, marqué par une autre histoire et une autre culture — m’adressa ces mots : « Ce que tu as donné était bon, mais ce n’était pas une prédication ; c’était un enseignement. »

Je me tus. Je ne répondis rien. J’écoutai, par respect, et je ne m’opposai point. Car il est bon, surtout quand le cœur est encore brûlant de la Parole prononcée, de recevoir sans esprit de dispute ce que Dieu permet que l’on nous dise. Mais dans le secret de ma conscience, un trouble se leva : non de l’amertume, non de l’orgueil blessé, mais une douleur plus noble — celle de pressentir que cette parole, toute bienveillante qu’elle fût, ne me reconnaissait pas dans l’appel que le Seigneur m’a adressé.

Car ce que j’ai prononcé ce matin-là, je ne l’ai pas puisé dans les ressources de mon intelligence seule. Je l’ai nourri, longuement, du pain de la Parole, et je l’ai mûri dans la prière. J’y ai mis ce que j’aime dans la vérité de l’Évangile : la profondeur du dessein divin, la continuité de l’histoire sainte, la gravité joyeuse de la royauté de Christ, la vocation du chrétien dans le monde.

Ce style — solennel, structuré, habité par la grande alliance de Dieu — n’est pas un masque, encore moins un artifice. Il est le vêtement que la Parole a tissé pour moi. Il n’est pas celui de la foule ; il n’est peut-être pas celui de ce frère ; mais c’est le mien, et je ne puis en changer sans me travestir, sans trahir Celui qui m’a formé.

Je n’ignore point que d’autres prédicateurs touchent les cœurs par le feu immédiat de l’exhortation, par l’émotion vive, par la voix qui tremble ou qui tonne. Ce style-là parle à beaucoup, et il plaît au frère qui m’a parlé. Qu’il en soit ainsi ! Qu’il en soit béni ! Il est bon que le peuple de Dieu entende plusieurs accents, pourvu que tous proclament le même Christ.

Car l’histoire de l’Église elle-même atteste cette symphonie de voix, par laquelle le Seigneur s’est adressé, selon les temps, les peuples, et les âmes :

  • Augustin, dont la voix solennelle et méditative, nourrie de philosophie et de grâce, résonnait dans les basiliques de l’Afrique, et creusait dans les cœurs le besoin du Dieu invisible.
  • Bernard de Clairvaux, qui mêlait le mysticisme pur à l’autorité douce d’un père, peignant l’amour de Dieu avec les couleurs brûlantes d’un Cantique renouvelé.
  • Luther, le moine au verbe populaire, qui frappait l’esprit par des images robustes et plantait l’Évangile au cœur même du peuple allemand.
  • Calvin, le docteur de Genève, enseignant la Parole avec une rigueur limpide, une hauteur prophétique, un ordre qui élevait l’intelligence vers Dieu.
  • Whitefield, dont les sanglots secouaient les foules comme le vent agite les cèdres, et dont l’ardeur brisait les cœurs les plus durs.
  • Spurgeon, pasteur au cœur de feu, qui mariait une doctrine ferme à une tendresse pastorale, et dont le verbe plein de majesté réchauffait l’âme anglaise.
  • Merle d’Aubigné, enfin, historien prophétique, dont les paroles solennelles faisaient retentir la voix des siècles et annonçaient la fidélité du Dieu de l’histoire.

Tous ces hommes parlaient à des âmes différentes — et Dieu parlait par eux. Il ne parle pas par un seul timbre, mais par la symphonie de ses serviteurs. Il n’exige pas l’uniformité des sons, mais l’harmonie des voix. Et dans cette harmonie, ma voix a sa place, pourvu qu’elle soit fidèle à Celui qui l’a placée là.

Je ne puis prêcher dans un autre ton que celui que Dieu m’a mis dans l’âme. Si je m’efforçais d’imiter un style qui ne m’habite point, je deviendrais un acteur sur une scène, et non plus un témoin dans le sanctuaire. Je préférerais me taire que de parler sans vérité.

La prédication n’est pas un spectacle : c’est un acte de foi. Elle n’est pas une stratégie : c’est un ministère. Elle ne tire pas sa puissance du mouvement des voix, mais de la Parole vivante qui pénètre jusqu’à la jointure de l’âme et de l’esprit.

Je n’ai point reçu de Dieu un appel à l’éloquence théâtrale, ni à l’exhortation vive des foules. Mais j’ai reçu un appel à faire entendre la voix de l’histoire sainte, à faire rayonner la royauté de Christ dans la profondeur du temps, à rappeler que l’Église ne vit pas seulement d’élans, mais de fondations.

Et si le Seigneur m’a donné cette voix-là, que je la lui rende avec fidélité.

À ce frère âgé, je garde tout mon respect. Il m’a parlé avec droiture, selon sa lumière. Mais à mon Dieu, je dois la fidélité entière, car c’est devant Lui que je me tiens, et non devant les préférences humaines.

Qu’importe le style, pourvu que la vérité y soit ! Qu’importe l’émotion, si l’Esprit est là ! L’Église n’a pas besoin de conformisme, mais de prophètes. Elle n’a pas besoin de moules, mais de serviteurs. Que chacun donc prêche selon la grâce qui lui a été donnée.

Et pour moi, que je sois trouvé fidèle dans ce que j’ai reçu. Que je prêche encore — tant que Dieu me le permet — avec ce style solennel et grave, non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il est le mien devant le Seigneur. Et qu’à travers ma faiblesse, la force de Dieu se montre.

Car ce n’est pas par la puissance de l’homme que l’Église est bâtie, mais par la Parole de Dieu, vivante et éternelle.