Au commencement, le Christ

Méditation sur Genèse 1:1

Frères bien-aimés,

Voici le premier verset de la Bible. Le premier. Et ce n’est pas là une simple donnée d’ordre ou de position. C’est une déclaration solennelle, une pierre de fondation, un seuil sacré que l’Esprit nous invite à franchir avec crainte et joie. Ce verset n’est pas seulement le commencement d’un livre : il est l’entrée même dans le dessein de Dieu. Il est l’ouverture de la Révélation tout entière, la porte par laquelle le Seigneur introduit l’homme dans Sa lumière.

Et moi, en l’ouvrant, je ne viens pas seul. J’y viens comme héritier : héritier de la Réforme, de cette noble œuvre de Dieu dans l’histoire, qui a rendu à la Parole sa suprématie et au Christ sa centralité. Héritier aussi d’une culture façonnée par cette lumière, celle de la langue française, dans laquelle la Bible m’a été transmise et où je la reçois avec reconnaissance. Mais je ne suis pas qu’un dépositaire passif : cet héritage, je l’ai fait mien ; je l’ai reçu dans ma chair, dans mon âme, dans ma foi.

C’est ainsi, enraciné dans l’Église, mais tourné vers l’Écriture, que je m’approche de ce premier verset. Ce n’est pas une formule isolée. C’est l’entrée d’un édifice, c’est la première note d’une symphonie céleste. Il n’est pas là par hasard. Il a été placé là par l’Esprit de Dieu lui-même, qui a inspiré les Écritures, dirigé leur transmission, et donné à l’Église de les recevoir telles quelles.

Frères bien-aimés, ce verset que nous lisons comme « Genèse 1:1 », ce tout premier verset de la Bible, n’a pas toujours porté ce numéro. Les chapitres et les versets n’étaient pas présents dans les manuscrits originaux. C’est l’histoire de l’Église, dans sa piété, sa sagesse, et sa transmission fidèle de la Parole, qui a façonné notre manière d’entrer dans l’Écriture.

Ce découpage en chapitres vient du Moyen Âge latin, et les versets, tels que nous les connaissons, sont l’œuvre d’un homme de foi : Robert Estienne, imprimeur protestant au XVIe siècle, serviteur du Dieu vivant au cœur de la Réforme. C’est lui qui, sous la conduite de la Providence, a disposé la Parole en versets, pour en faciliter l’étude, la lecture et la méditation.

Ainsi, le fait que nous ouvrions la Bible par ce verset 1, que nous en fassions le commencement de toute lecture, ne relève pas seulement du texte hébreu, mais aussi d’un héritage chrétien, mûri dans l’histoire. Et c’est là, mes frères, un témoignage glorieux : l’Esprit de Dieu n’a pas seulement inspiré l’Écriture ; Il en a aussi conduit la transmission, la préservation, et même la disposition. Il veille sur Sa Parole comme Il veille sur Son Église. Et c’est pourquoi nous recevons aujourd’hui ce verset comme une porte d’entrée sacrée, préparée pour notre cœur et notre intelligence.

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » – telle est la première parole.

Mais l’original hébreu nous dit davantage.

En hébreu, la règle normale est de commencer une phrase par le verbe. Mais ici, il n’en est rien.

Ce verset ne commence pas par le verbe. Il commence par un autre mot, un mot qui attire l’attention, un mot que l’Esprit a placé en tête, avec dessein. Et ce mot, c’est BereshitAu commencement.

Pourquoi cette inversion ? Pourquoi ce bouleversement de l’ordre naturel de la langue ? Parce que l’Esprit veut que nous regardions ce mot. Il veut que notre cœur le médite. Il veut que notre intelligence s’en pénètre. Il veut que nous comprenions que tout commence par ce Commencement, que tout dépend de lui, que toute la création est suspendue à ce que ce mot contient. Et ce mot, comme nous allons le voir, renferme un mystère glorieux : le Christ.

Ce premier mot, Bereshit, signifie au commencement, certes, mais il est composé d’un préfixe que l’on peut traduire par par. Ainsi, nous pourrions entendre : « Par le commencement… »

Or l’Écriture s’interprète par l’Écriture. Et le Nouveau Testament nous dit qui est le commencement : c’est le Christ ! Il est l’Alpha, le Premier, la Tête, le Chef, le fondement de toute chose. En lui tout a été créé ; par lui tout subsiste. Dès lors, frères, ce premier mot de la Bible, ce Bereshit, n’annonce-t-il pas déjà le Fils ? Ce verset, que nous pensions être un simple prologue, devient alors une proclamation : Par le Christ, Dieu créa les cieux et la terre.

Et voyez ! Avant même de nommer Elohim, la Bible nous oriente vers le Fils. Avant de dire Dieu, elle nous montre le Commencement. Cela est en accord avec toute la révélation : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. » Oui, frères, même la première parole de la Genèse est christologique. Dès le seuil de la révélation, le Christ se tient là, en majesté.

Frères, ne passons pas trop vite sur ce premier mot. Il est comme un écrin renfermant un mystère. Bereshit : « Au commencement. » Mais regardez bien ! Il commence par la lettre Beth, seconde lettre de l’alphabet hébreu, mais première du texte sacré. Ce n’est pas un hasard, disent les sages d’Israël : Dieu n’a pas commencé la Bible par Aleph, mais par Beth, comme pour enseigner que l’homme ne doit pas chercher à pénétrer ce qui est au-delà de ce que Dieu a révélé. Mais cette lettre cache un autre trésor encore.

Car Beth est aussi la première lettre du mot Baruchbéni. Et n’est-ce pas là un signe merveilleux ? Le Dieu qui, au commencement, créa les cieux et la terre, est aussi le Dieu béni éternellement, comme le proclame l’apôtre Paul, et le Dieu qui bénit. La création n’est pas seulement un acte de puissance ; elle est une œuvre de bénédiction. Elle procède d’un cœur qui veut faire du bien. Elle est sortie de la bouche de Celui qui dit : « Et Dieu vit que cela était bon. » Oui, la finalité de la création, c’est la bénédiction de Dieu – une parole bonne, une parole vivante.

Et qui est cette Parole, sinon le Christ Lui-même ? Il est la bénédiction de Dieu, incarnée, offerte, proclamée. En Lui, toutes les promesses trouvent leur « Amen ». Il est la Parole bonne, qui sort de la bouche du Père. Il est la bénédiction première, cachée dans la création, manifestée dans l’Évangile, et répandue par l’Esprit dans le cœur des croyants. Ainsi, dès la première lettre du premier mot, la Bible nous enseigne que le but de toute chose, c’est la bénédiction en Christ.

Mais poursuivons, frères, et contemplons un autre détail du texte sacré. Le mot utilisé ici pour désigner Dieu est Elohim. Et ce mot, dans la grammaire hébraïque, porte la marque du pluriel masculin. Voilà qui peut surprendre. Car ce pluriel semble en contradiction avec l’unité de Dieu. Et pourtant, le verbe qui suit, « créa » (bara), est au singulier.

Une dissonance grammaticale ? Non, mes frères ! Il n’y a ici aucune erreur, mais une profonde intention du Saint-Esprit. Il veut que nous comprenions quelque chose du mystère divin. Dieu est un, et le verbe au singulier le proclame. Il n’y a qu’un seul Dieu, éternellement vivant. Mais Dieu n’est pas une unité vide, abstraite, stérile. Il est une unité riche, pleine, vivante.

Et cette richesse, l’Esprit a voulu l’exprimer dès le premier verset par la marque du pluriel. Il y a en Dieu une plénitude d’être, une communion dans l’unité. Et si l’Ancien Testament voile encore ce mystère, le Nouveau Testament l’éclaire avec puissance : Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit. Une seule essence, trois personnes. L’Église, instruite par la Parole, a donné à ce mystère un nom : la Trinité.

Et voyez, frères : la Trinité n’est pas une construction tardive, étrangère au texte inspiré. Elle est suggérée dès les premiers mots, elle se laisse pressentir dans le langage même de la Genèse, et elle s’épanouit dans la lumière du Christ.

Le mot Elohim, que notre langue traduit par Dieu, évoque – par une étonnante providence – la lumière du jour. Et cela aussi est juste : car Dieu est lumière, et il n’y a en lui aucune ténèbre. Ainsi, la langue française, dans son héritage séculaire, vient elle aussi confesser la gloire divine. L’Esprit de Dieu a semé Sa vérité jusque dans nos mots.

Et le verbe baracréa – nous enseigne une autre chose essentielle : le réel n’est pas né du hasard, mais de la volonté. Il est le fruit d’un acte libre, souverain, intentionnel. Le monde n’est pas un accident : il est voulu. Il est pensé. Il est habité par un sens profond, car il procède d’un Dieu intelligent, sage, glorieux.

Le réel est un langage. Il parle de Dieu. Il le proclame. Il le reflète. Et il le fait selon un but précis. Dieu a créé en vue d’un dessein, d’une finalité. Le monde est un chemin vers la gloire. Il n’est ni neutre ni indifférent : il est porteur de sens.

Mais ce réel ne subsiste pas par lui-même. Seul Dieu est auto-existant. La création, elle, est constamment soutenue, portée, vivifiée par Celui qui l’a faite. Ô mystère de la Providence ! Chaque battement de cœur, chaque souffle du vent, chaque rayon de lumière proclame : « Tu es là, Seigneur, et Tu soutiens tout par ta Parole. »

Et maintenant, regardons cette expression : « les cieux et la terre ». C’est toute la création dans son unité, mais aussi dans sa dualité. Deux domaines, deux sphères, que Dieu a liés ensemble. Les cieux, qui évoquent la lumière, sont le domaine de Dieu. La terre, que Dieu donna à l’homme, est son lieu de séjour. Et entre les deux, une alliance.

Frères, cette expression : « les cieux et la terre », que l’on lit si souvent sans y prêter garde, est chargée de sens. Elle désigne l’ensemble du créé, l’unité de l’univers dans sa diversité. Mais elle évoque plus encore : elle suggère une alliance. Elle parle d’un lien entre deux domaines, entre le haut et le bas, entre le trône de Dieu et le lieu de l’homme. Or qu’est-ce que l’alliance, sinon ce lien que Dieu établit Lui-même, dans sa grâce, entre Lui et sa créature ?

Et ce lien, cette alliance, n’est pas un accident de l’histoire, un arrangement de dernière minute après la chute. Non, mes frères, l’alliance précède la création dans la pensée de Dieu. Elle en est la clef. Elle en est la structure invisible. Dieu a voulu créer non pour se divertir, mais pour se donner ; pour établir avec l’homme une communion sainte, un échange d’amour, un culte vivant.

Ainsi, dès ce premier verset, la création est orientée vers l’alliance. L’univers n’est pas un décor neutre : il est le théâtre d’un dessein éternel. Tout est fait pour que Dieu s’unisse à son peuple, et que son peuple vive en sa présence. Et cette alliance, annoncée dans la Genèse, préfigurée dans la loi, déployée dans l’histoire d’Israël, trouve son accomplissement en Jésus-Christ, médiateur de la nouvelle alliance, sang versé pour une communion éternelle.

Mais le péché est venu. Il a brisé l’unité. Il a séparé les deux domaines. L’homme, aveuglé, a voulu monter aux cieux sans Dieu. Babel ! Il a voulu s’affranchir des limites fixées par le Créateur. Et aujourd’hui encore, il veut prendre possession des cieux, prétendant les conquérir avec ses fusées et ses satellites. Mensonge moderne, rébellion ancienne.

Mais le péché n’a pas seulement séparé ; il a obscurci. Il a voilé la lumière des cieux. Il a altéré la pensée de l’homme, corrompu sa raison, privé son intelligence de la lumière divine. Et dès lors, vouloir comprendre le monde à partir de cette raison déchue, vouloir scruter l’univers sans la lumière de Dieu, c’est s’enfoncer dans des ténèbres plus profondes encore. Car ce sont des ténèbres qui se font passer pour lumière, des mensonges qui se parent des habits de la vérité. Ainsi l’homme moderne, fier de sa science, se croit éclairé, mais il marche dans l’obscurité ; il s’imagine maître du réel, mais il s’égare loin de la sagesse du Créateur.

Mais Dieu ne laisse pas le mal triompher.

Car ce verset fait partie du récit de la création, et ce récit fonde le sabbat. Le sabbat est le signe du repos de Dieu, du but de la création. Et ce repos, frères, est Christ lui-même. Il est le véritable sabbat. Par sa mort et sa résurrection, il a rouvert les cieux, il a réconcilié la terre. Il a fait la paix par le sang de sa croix.

C’est en lui que nous trouvons le repos. C’est par lui que l’unité est restaurée. C’est vers lui que tout converge. Et nous marchons, dans l’espérance, vers le jour où les cieux et la terre, purifiés, renouvelés, seront unis à jamais dans la gloire de Dieu.

Ainsi, frères bien-aimés, souvenons-nous : le Christ est au commencement. Il est aussi à la fin. Il est le centre. Il est la clef. Il est le sens de tout. Il est la lumière des cieux, le Roi de la terre, le fondement du sabbat, et le lien de l’alliance.

Au commencement était le Christ. Et c’est en lui que nous devons tout lire, tout recevoir, tout espérer.