L’Église invoquera-t-elle encore le Seigneur ?

Frères, au bord de la mer Rouge, Israël tremblait. Le tumulte de l’Égypte montait derrière lui comme le rugissement d’un torrent, et devant, les flots impassibles semblaient interdire tout salut. Là, entre l’épée du monde et l’abîme des eaux, le peuple élu semblait perdu. Mais un homme se leva. Il ne leva point une arme, il ne prononça point de discours : il invoqua l’Éternel. Et Dieu entendit. Alors la mer s’ouvrit, le peuple passa, et les ennemis furent engloutis. Tel fut le salut d’Israël : non par la force, mais par la foi.

Et je vous le demande, frères : lorsque le monde, à la fin des temps, dressera de nouveau ses chars, ses chevaux, ses systèmes et ses armées contre le peuple de Dieu — l’Église invoquera-t-elle encore le Seigneur ?

Ah ! Ce n’est point dans les heures de paix que la foi se révèle, mais dans le creuset. Ce n’est point dans les applaudissements du siècle que l’Église apprend à prier, mais dans les douleurs de la persécution. Et l’Écriture nous avertit : les derniers jours seront difficiles. L’iniquité abondera, l’amour de plusieurs se refroidira, la Bête séduira les nations, et la voix de l’Église semblera s’éteindre sous les clameurs du monde. Et pourtant… et pourtant, c’est alors que s’élèvera, du fond des ténèbres, le cri ardent d’un peuple fidèle.

Ce peuple ne sera pas nombreux, peut-être, aux yeux des hommes. Il n’aura ni trône ni tribune. Mais il aura ce qui suffit : la foi vivante, infusée par l’Esprit du Seigneur. Il aura ce regard tourné vers les cieux, cette espérance qu’aucun pouvoir terrestre ne peut éteindre, cette prière qui monte comme un encens du désert. Et de ses lèvres jaillira le cri antique des saints :
« Jusqu’à quand, Seigneur, ne jugeras-tu pas ? »

Et ce cri ne sera pas perdu. Le Seigneur l’entendra. Il se lèvera. Il déchirera les cieux. Il viendra comme jadis au bord de la mer Rouge — non plus seulement pour délivrer un peuple d’un roi terrestre, mais pour juger les vivants et les morts, pour faire taire l’orgueil des nations, pour introduire son Église dans la gloire.

Frères bien-aimés, ne doutons point : oui, l’Église invoquera le Seigneur. Car ce n’est point elle qui se garde elle-même, mais c’est le Seigneur qui garde sa foi en elle. Celui qui pria pour que la foi de Pierre ne défaille point intercède encore pour les siens. Son Esprit vivifie, soutient, ranime. Il y aura une Église priante, jusqu’au dernier souffle de l’histoire, jusqu’à l’ultime battement de la montre du monde. Et ce sera par sa prière, comme par le bâton de Moïse, que s’ouvrira le jugement, et que le passage s’accomplira.

Ne dormons donc point. Veillons. Prions. Car si la foi de l’Église est appelée à crier dans la nuit, elle doit s’exercer dès aujourd’hui, dans les jours de clarté. C’est maintenant que le Seigneur nous façonne pour cette heure dernière. C’est aujourd’hui que nous apprenons à nous tenir devant lui, afin que, demain, nous ne soyons point trouvés sans huile, ni sans voix, ni sans cœur.

Et quand viendra le Fils de l’homme, oh ! qu’il trouve dans nos demeures, dans nos Églises, dans nos cœurs, cette foi vivante, cette prière fervente, cette flamme que le monde ne peut éteindre.

Viens, Seigneur Jésus. Ta fiancée t’attend.