Samson le nazaréen

1. Annonce de la naissance de Samson (Juges 13,1–25)

Une fois encore, les enfants d’Israël firent ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, et Celui qui châtie pour corriger les livra entre les mains des Philistins durant quarante années. L’obscurité morale s’était épaissie sur la terre promise, et le peuple élu, oublieux des alliances de son Dieu, marchait sans berger et sans crainte du Très-Haut.

Mais dans la tribu de Dan, dans le silence d’un foyer modeste, Dieu préparait une réponse à la détresse de son peuple. À Manoah et sa femme, restés stériles jusque-là, apparut l’Ange de l’Éternel, cette mystérieuse figure qui souvent dans l’Écriture annonce de grandes délivrances. Il ne promit pas seulement un fils : Il demanda une consécration. L’enfant serait nazaréen dès le sein de sa mère — séparé du monde, voué au Seigneur, ne buvant point de vin, ne passant pas le rasoir sur sa tête. Ainsi, dès avant sa naissance, Samson était désigné, non pour régner selon les coutumes humaines, mais pour être un instrument particulier dans la main du Dieu d’Israël.

Le souffle de Dieu se posa sur l’enfant, et lorsqu’il grandit, l’Esprit de l’Éternel commença à le mouvoir dans les campagnes de Tsorea et d’Eshtaol. Israël ne savait pas encore quel genre de libérateur lui était préparé. En Samson, l’Éternel allait unir la puissance de la chair à la vocation du ciel, pour une œuvre à la fois glorieuse et tragique.


2. Les exploits et l’héritage ambivalent de Samson (Juges 14,1–16,31)

a. Son mariage chez les Philistins

Samson descendit à Thimna, et là, il vit une femme parmi les filles des Philistins. Ce regard fut décisif. Il la voulut pour épouse. À travers cet acte, si contraire à l’ordre de Dieu qui séparait son peuple des nations païennes, un dessein plus profond s’accomplissait. « Cela vient de l’Éternel », dit l’Écriture, car Dieu cherchait un prétexte contre les Philistins.

Les noces furent troublées par une énigme, par la ruse des invités philistins, et par la colère de Samson trahi. C’est par un acte de vengeance qu’il tua trente hommes à Ashkelon. Déjà, sa force exceptionnelle se manifestait, mais dans le tumulte de passions humaines, et non dans l’obéissance de la foi.

Plus tard, lorsqu’on donna sa femme à un autre, Samson, enflammé de colère, mit feu aux moissons des Philistins à l’aide de renards et de torches. Il frappa sans mesure, et à chaque attaque ennemie, sa riposte fut plus terrible encore. Israël, cependant, ne le suivait pas. Les hommes de Juda eux-mêmes le livrèrent à ses adversaires. Ce n’était pas un libérateur accueilli, mais un homme seul, incompris, redouté de tous, même des siens.

b. La trahison de Dalila

Le sommet de cette histoire dramatique se trouve dans la relation entre Samson et Dalila. Comme Salomon plus tard, le juge fort de Dieu céda à l’amour d’une femme étrangère. Les chefs philistins soudoyèrent Dalila, et elle, patiemment, l’assiégea de questions jusqu’à ce qu’il livrât le secret de sa force : ses cheveux, signe visible de son alliance avec Dieu.

Quand l’alliance fut rompue, la force disparut. Samson fut saisi, les yeux crevés, enchaîné et réduit à tourner la meule comme un esclave. Celui qui avait été le fléau des Philistins était devenu leur objet de moquerie, spectacle pitoyable dans le temple de Dagon.

c. Samson captif, puis sa mort héroïque

Mais Dieu n’avait pas dit son dernier mot. Tandis que ses cheveux repoussaient, signe que la grâce n’était pas retirée à jamais, le cœur de Samson fut travaillé. Dans l’humiliation, il se tourna de nouveau vers Celui qui l’avait appelé. Enchaîné mais réveillé, brisé mais repentant, il invoqua Dieu non pour sa gloire propre, mais pour venger l’honneur de l’Éternel bafoué.

Appuyé contre les colonnes du temple païen, il fit crouler l’édifice dans un acte final d’obéissance et de foi. Et l’Écriture déclare : « Ceux qu’il fit périr à sa mort furent plus nombreux que ceux qu’il avait tués pendant sa vie. » Il mourut en libérateur, là où il avait échoué à vivre en serviteur.


Conclusion : le paradoxe du nazaréen

Samson, le nazaréen, figure ambivalente et solitaire, incarne une leçon profonde de l’histoire d’Israël. Il fut mis à part dès le ventre maternel, porteur d’une vocation sacrée, mais souvent mû par ses impulsions plutôt que par la Parole. Sa vie fut une alternance de puissance et de chute, de victoires éclatantes et de faiblesses honteuses.

Pour Israël, il demeure le témoin de cette époque où Dieu agissait non à travers des institutions solides, mais par des hommes isolés, suscités en temps de crise. Samson est à la fois un avertissement contre les compromis du monde, et une image de la grâce qui peut restaurer même l’homme brisé, si celui-ci revient à l’Éternel.

Ainsi s’acheva la vie de Samson, juge d’Israël pendant vingt ans, non comme un roi glorieux, mais comme un homme fort devenu faible, puis fort de nouveau — par la foi et la repentance.