Le Livre des Psaumes, recueil poétique et liturgique central dans la Bible hébraïque, évoque fréquemment les grands événements de l’histoire d’Israël, notamment la sortie d’Égypte. Cette mémoire constitue un fondement théologique, une source d’espérance, et un objet de louange. Le premier livre des Psaumes (c’est-à-dire Psaumes 1 à 41, selon la division traditionnelle en cinq livres) contient toutefois peu de références directes à l’Exode, contrairement à d’autres sections (comme le Livre IV ou V, Psaumes 90–150) où l’on trouve des relectures historiques complètes.
Néanmoins, certaines allusions significatives y apparaissent, implicites ou explicites, et méritent une analyse détaillée.
I. Définition du « premier livre des Psaumes »
Le premier livre des Psaumes comprend les Psaumes 1 à 41, selon la division reconnue dans la tradition juive et chrétienne. Ce premier recueil contient majoritairement des psaumes attribués à David, à visée personnelle, confessionnelle, voire royale ou liturgique. Les grandes relectures historiques y sont encore rares.
II. Références explicites ou implicites à la sortie d’Égypte
Après une lecture attentive de ces 41 premiers psaumes, on constate que les allusions à la sortie d’Égypte sont très discrètes. Il n’y a pas de mention directe du mot « Égypte » (Miṣrayim en hébreu) dans cette section. Cependant, plusieurs éléments peuvent être analysés comme des références implicites, notamment :
1. Psaume 18 (= 2 Samuel 22) – Louange après la délivrance
« Il étendit sa main d’en haut, il me saisit, il me tira des grandes eaux. […] Il me mit au large, il me sauva, parce qu’il m’aime. » (Ps 18:17–20)
➡ Ce psaume, bien qu’individuel et davidique, utilise un vocabulaire et une imagerie qui rappellent l’Exode : le salut par les eaux (cf. mer des Joncs), la main tendue de Dieu, l’idée de mise au large (sortie de l’esclavage).
→ L’Exode est ici un modèle de salut personnel transposé.
2. Psaume 20 – Le nom du Dieu de Jacob
« Que le nom du Dieu de Jacob te protège ! » (Ps 20:2)
➡ L’expression « Dieu de Jacob » évoque l’alliance patriarcale, qui aboutit historiquement à la sortie d’Égypte. Ce n’est pas une référence directe, mais une connexion implicite avec l’histoire du salut, dont l’Exode est l’étape fondatrice.
3. Psaume 24 – Qui est ce roi de gloire ?
« Portes, élevez vos linteaux ! […] Qui est ce roi de gloire ? Le Seigneur fort et vaillant, le Seigneur vaillant dans le combat. » (Ps 24:7–8)
➡ Certains commentateurs voient dans cette procession liturgique une célébration de l’entrée de l’Arche d’Alliance, elle-même héritière de la tradition du désert et de l’Exode. Le Dieu guerrier vainqueur du chaos rappelle celui qui vainquit l’Égypte.
→ Réminiscence indirecte du Dieu libérateur.
III. Absence notable de récits historiques dans le Livre I
Contrairement aux Psaumes 78, 105, 106, 135 ou 136 (dans les livres suivants), le Livre I n’offre pas de relecture historique détaillée de l’Exode. On n’y trouve ni mention de Pharaon, ni des plaies, ni du désert ou du Sinaï. Cela s’explique probablement par la portée plus personnelle et méditative de ces psaumes, qui traitent de détresse individuelle, de salut, de confiance et de justice, plutôt que de relecture nationale.
IV. Fonctions théologiques de ces allusions
Même en l’absence de récits explicites, certaines figures spirituelles caractéristiques de l’Exode apparaissent sous forme condensée :
1. Dieu comme sauveur des opprimés
Même sans mentionner l’Égypte, plusieurs psaumes (ex. Ps 3, 6, 13, 22, 25, 31, 34) décrivent Dieu comme celui qui délivre du malheur, écoute les cris, sauve de la mort — autant de traits que l’Exode a popularisés.
2. L’espérance dans la fidélité passée
La notion que Dieu a sauvé autrefois (même sans détail historique) fonde la prière de confiance : le psalmiste s’appuie sur un Dieu déjà expérimenté dans l’histoire.
V. Conclusion
Le premier livre des Psaumes (1–41) ne contient aucune mention directe de la sortie d’Égypte, contrairement à d’autres sections du Psautier plus historiques. Cependant, l’Exode hante la mémoire liturgique et théologique :
- par le langage du salut (délivrance, cri, main tendue),
- par les titres divins (Dieu de Jacob),
- par l’image du Dieu de combat, de gloire et de justice.
Ces allusions, bien que discrètes, montrent que l’Exode demeure en arrière-plan comme fondement spirituel, même lorsque le propos est personnel ou poétique.
Souhaitez-vous que je poursuive cette enquête pour les livres suivants du Psautier, où l’Exode est traité de manière beaucoup plus explicite et développée ?
