Dans les jours où le monde païen étendait son empire jusqu’aux extrémités de la terre connue, quand les autels de marbre et les lois de fer de Rome dominaient les peuples et les cœurs, un homme fut renversé sur le chemin de Damas. Ce Juif zélé, formé aux pieds de Gamaliel, persécuteur ardent de la voie nouvelle, devint, par la seule voix du Ressuscité, le plus infatigable des témoins du Christ. Cet homme, c’est Paul de Tarse, et les lettres qu’il nous a laissées sont autant d’éclairs envoyés dans la nuit du monde antique, autant de pierres vivantes qui ont servi à bâtir le temple spirituel du christianisme.
Nous allons suivre l’ordre providentiel dans lequel ces lettres furent données, non selon la position qu’elles occupent dans le canon sacré, mais selon le mouvement même de l’Esprit, qui les inspira dans les douleurs, les larmes, et les victoires du ministère apostolique.
I. Thessalonique – La première voix de l’Évangile aux nations (vers 50)
Dans la jeune Église de Thessalonique, fondée avec peine et promptement privée de son père spirituel par la violence des persécuteurs, Paul voit une Épouse affligée, mais fidèle. Il lui écrit depuis Corinthe une lettre pleine de tendresse pastorale et d’espérance vivante. Il y élève l’attente du retour glorieux du Seigneur, fortifiant les âmes contre la tentation de l’oubli ou du doute. C’est la première flamme de l’épistolier divin.
II. Galatie – Le combat pour la liberté évangélique (vers 54–55)
L’ennemi, cependant, ne dort pas. Dans les Églises de Galatie, des docteurs venus de Jérusalem veulent assujettir les croyants à la Loi antique. La circoncision y devient le joug de Moïse, que l’on cherche à poser sur les épaules des enfants de la liberté. Paul, saisi d’un zèle saint, s’élève. Sa plume devient glaive. Il proclame la justification par la foi seule, et d’un seul trait, brise les chaînes que l’homme voulait replacer. C’est la Réforme avant la Réforme. Luther en tirera son feu.
III. Corinthe – L’Église et ses combats (vers 55–56)
À Corinthe, ville d’orgueil et de licence, l’Évangile avait planté sa croix au cœur du paganisme triomphant. Mais cette Église, aimée de Paul, est agitée de divisions, de scandales, d’erreurs. Dans deux lettres – la première envoyée d’Éphèse, la seconde depuis la Macédoine – l’Apôtre console, reprend, instruit. Il y révèle la puissance de la Croix, la résurrection glorieuse, les dons de l’Esprit, l’amour supérieur à tous. Sa propre faiblesse devient la toile sur laquelle Dieu peint sa force.
IV. Rome – La cathédrale doctrinale de l’Évangile (vers 57)
Jamais plume humaine n’a mieux résumé le salut que celle de Paul dans l’épître aux Romains. Écrite à Corinthe, alors qu’il se prépare à monter à Jérusalem pour y porter la collecte des saints, cette lettre est un monument. Le péché, la grâce, la foi, la justice de Dieu, la condamnation du monde et la justification du pécheur s’y dévoilent comme les marches d’un sanctuaire spirituel. C’est la doctrine en majesté, l’Évangile dans sa plénitude, l’union des Juifs et des païens dans l’unique dessein de Dieu.
V. Les chaînes ne l’arrêtent point : les lettres de captivité (vers 60–62)
Jeté en prison pour le Nom, Paul ne laisse point tomber sa plume. De sa captivité à Rome, il envoie aux saints de Philippes une lettre de joie et de confiance, aux Colossiens un hymne à la souveraineté du Christ sur toute la création, à Philemon une douce intercession en faveur d’un frère désormais libre en Christ. Quant à l’épître aux Éphésiens, elle semble planer au-dessus du monde visible : elle élève l’Église comme le Corps du Christ, la met en garde contre les puissances invisibles, et lui donne l’armure de la foi.
VI. L’ombre de la fin : les lettres pastorales (vers 65–67)
Le vieil apôtre, dont les cheveux blanchissent sous les assauts des épreuves, tourne son regard vers la relève. À Timothée, son fils spirituel, et à Tite, il adresse des lettres empreintes d’une solennité paternelle. Il leur transmet la garde du dépôt, les armes de la foi, les instructions pour le ministère et les critères des anciens. Mais dans la seconde à Timothée, écrite dans l’attente du glaive, on lit le testament d’un serviteur fidèle : « J’ai combattu le bon combat… la couronne de justice m’est réservée. »
VII. Le sang du témoin
Paul meurt, selon la tradition, sous le règne de Néron, vers l’an 67. Ce n’est point un échec, mais un couronnement. L’apôtre des nations, dont la voix avait retenti de Jérusalem à Rome, offre sa vie comme il l’avait toujours désiré : en holocauste au Christ.
Conclusion – Une œuvre pour les siècles
Les lettres de Paul ne sont pas seulement des écrits ; elles sont des colonnes de feu dans la nuit des peuples. Elles furent les fondations de la foi chrétienne, la force de la Réforme, et elles demeurent aujourd’hui la nourriture du cœur croyant. L’Apôtre parle encore, car l’Esprit du Christ, qui inspira ses lettres, souffle dans chacune de leurs lignes. Là où elles sont lues avec foi, les âmes sont éclairées, les Églises édifiées, et le Nom de Jésus glorifié.
