L’enfance du Rédempteur : De l’Annonciation à la jeunesse de Jésus
Quand l’Éternel jugea que les temps étaient accomplis, Il choisit de manifester sa gloire non dans le fracas des armées, ni dans la splendeur des empires, mais dans le secret d’un village de Galilée, au cœur d’une jeune fille humble et pieuse. À Nazareth, Marie, fiancée à Joseph, fut visitée par un envoyé du Très-Haut. L’ange Gabriel, resplendissant de lumière, lui annonça qu’elle concevrait et enfanterait un fils. Ce fils serait grand, appelé Fils du Très-Haut, et son règne n’aurait point de fin. Devant ce mystère insondable, Marie ne murmura point, mais répondit par cette parole qui marque l’âme fidèle : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » Ainsi, dans le sein d’une vierge, la Parole de Dieu devint chair.
Ce ne fut point là une conception charnelle, mais une œuvre du Saint-Esprit. Joseph, homme juste, troublé par l’état de sa fiancée, reçut aussi la révélation céleste : ce qui était en elle venait de Dieu. Il ne la répudia point, mais la prit chez lui, et le mystère se poursuivit dans le silence du foyer.
Marie partit ensuite pour les montagnes de Juda, et rendit visite à sa parente Élisabeth, elle-même enceinte dans sa vieillesse par la miséricorde de Dieu. Lorsque la voix de Marie salua Élisabeth, l’enfant tressaillit dans son sein, et Élisabeth fut remplie de l’Esprit. Marie alors chanta ce cantique immortel, le Magnificat, où la grâce de Dieu est exaltée au-dessus de toute grandeur humaine : « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. »
Jean naquit le premier, l’annonciateur du Christ, selon la parole des prophètes. Son père Zacharie, muet depuis l’ange, recouvra la parole et prophétisa : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur. »
Peu après, sous l’édit de César Auguste, Joseph et Marie montèrent à Bethléem, la ville de David. Là, dans la pauvreté d’une étable, Marie mit au monde son premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire. Ainsi, le Roi des rois entra dans le monde dans le dénuement et le rejet, car il n’y avait pas de place pour lui à l’hôtellerie.
Mais si les grands de ce monde ne le reconnurent point, le ciel s’ouvrit pour les petits. Des bergers, veillant la nuit, entendirent l’annonce angélique : « Je vous annonce une bonne nouvelle : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » Et une multitude céleste loua Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! »
Les bergers vinrent en hâte, et trouvèrent l’enfant couché dans la crèche. Ils repartirent glorifiant Dieu, témoins du mystère de l’Incarnation.
Au huitième jour, l’enfant fut circoncis et nommé Jésus, comme l’ange l’avait ordonné. Puis, selon la loi, Marie et Joseph le présentèrent au Temple. Là, Siméon, homme juste et pieux, attendait la consolation d’Israël. Ayant vu l’enfant, il le prit dans ses bras et bénit Dieu : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut. » Et la prophétesse Anne, âgée et fidèle, rendit aussi gloire au Dieu d’Israël.
Mais voici que, venus d’Orient, des mages suivirent une étoile jusqu’à Jérusalem, cherchant le roi des Juifs qui venait de naître. Ils furent conduits à Bethléem, et, s’étant prosternés, ils lui offrirent l’or, l’encens et la myrrhe — hommage au Roi, au Dieu, et au futur Crucifié. Mais Hérode, troublé, chercha à faire périr l’enfant. Averti en songe, Joseph s’enfuit avec sa famille en Égypte, emportant l’Espérance du monde hors de la terre d’Israël.
Après la mort d’Hérode, un nouvel avertissement céleste ramena la sainte famille en Galilée, à Nazareth, afin que s’accomplisse la parole : « Il sera appelé Nazaréen. » Là, dans le silence des années, l’enfant grandissait. Il croissait en sagesse, en stature, et en grâce devant Dieu et les hommes.
Enfin, à l’âge de douze ans, Jésus monta à Jérusalem avec ses parents pour la fête de la Pâque. Lorsqu’ils s’en retournèrent, ils le crurent parmi les voyageurs. Mais, ne le trouvant point, ils revinrent avec angoisse. Au bout de trois jours, ils le découvrirent dans le Temple, assis parmi les docteurs, les interrogeant et les enseignant. Tous étaient frappés de son intelligence. À sa mère qui lui demandait pourquoi il était resté là, il répondit : « Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? »
Puis il descendit avec eux, et leur fut soumis. Ainsi s’acheva le récit de sa jeunesse : une obéissance parfaite, un silence profond, et la préparation invisible du plus grand ministère que le monde ait jamais connu.
Le Précurseur et la Manifestation du Fils de Dieu
Dans les jours où la voix prophétique s’était tue depuis plusieurs siècles, quand Israël, endormi sous le joug romain, semblait livré à l’attente vaine et au formalisme mort, Dieu, dans sa fidélité, suscita un héraut dans le désert. Ce n’était ni dans le Temple ni dans le palais que la Parole résonna à nouveau, mais dans les solitudes de la Jordanie. Jean, fils de Zacharie, vêtu de poil de chameau, mangeant des sauterelles et du miel sauvage, se leva, l’esprit enflammé de la vérité.
Il proclamait avec force : « Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche. » Ce n’était pas une religion adoucie qu’il annonçait, mais un jugement à venir. La cognée était déjà mise à la racine des arbres ; toute âme stérile serait retranchée. Il ne flattait ni les pharisiens ni les sadducéens, mais appelait chacun à la conversion, à produire des fruits dignes du repentir. Le Jourdain fut le théâtre de ce grand réveil : les foules accouraient, confessant leurs péchés, et recevaient le baptême d’eau pour la repentance.
Mais Jean ne se prêta point à la gloire humaine. À ceux qui croyaient qu’il était le Christ, il répondit : « Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. Moi, je vous baptise d’eau, mais lui vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. » Ainsi s’élevait la figure du Précurseur, flamme ardente dans la nuit, mais flamme qui devait s’effacer devant la lumière du soleil.
Et voici que, parmi les pécheurs qui descendaient vers l’eau, vint un homme sans péché. Jésus, le Fils de Marie, vint de Galilée au Jourdain pour être baptisé de Jean. Le précurseur hésita : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ? » Mais Jésus répondit : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean céda.
Quand Jésus fut baptisé, les cieux s’ouvrirent. L’Esprit de Dieu descendit sur lui comme une colombe, et une voix retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » Ce fut là l’onction du Messie, non par l’huile des hommes, mais par l’Esprit du Dieu vivant.
Jean, frappé de cette vision, rendit un témoignage solennel : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Ce n’était plus seulement le Juge qui venait, mais le Rédempteur ; non plus seulement le Roi, mais le Serviteur souffrant, destiné à porter l’iniquité de la multitude. Jean vit l’Esprit descendre et demeurer sur lui, et déclara avec assurance : « J’ai vu, et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu. »
Mais le Fils de Dieu, aussitôt désigné, ne fut point conduit vers les honneurs des foules. L’Esprit le poussa dans le désert. Là, dans le silence brûlant de la solitude, il fut tenté par le diable pendant quarante jours. Adam, dans un jardin d’abondance, avait succombé. Le second Adam, dans la faim, la soif et l’isolement, tint ferme.
Satan, ce prince du mensonge, s’approcha du Sauveur avec une triple tentation : d’abord la convoitise de la chair — « Ordonne que ces pierres deviennent des pains » ; ensuite l’orgueil spirituel — « Jette-toi du haut du Temple, car il est écrit… » ; enfin la convoitise des yeux — « Je te donnerai tous les royaumes du monde, si tu te prosternes devant moi. »
Mais à chaque trait enflammé, Jésus opposa l’Écriture : « Il est écrit… » Il ne s’écarta point du chemin de l’obéissance. Là où l’homme avait échoué, le Fils de l’homme triompha. Il ne revendiqua rien pour lui-même, mais s’abandonna entièrement à la volonté de son Père. Alors le diable le quitta, et les anges vinrent le servir.
C’est ainsi que débuta le ministère public de Jésus-Christ : non par l’ostentation, mais par l’humilité ; non par la puissance des armes, mais par la parole de Dieu. Il avait été manifesté, reconnu, tenté et glorifié dans le secret — prêt désormais à proclamer la bonne nouvelle du salut aux pauvres, à guérir ceux qui ont le cœur brisé, et à annoncer aux captifs la liberté.
L’Étoile de Galilée : le ministère du Christ parmi les humbles
À peine sorti du désert de la tentation, où il avait triomphé du prince de ce monde, Jésus-Christ entra dans le ministère actif auquel le Père l’avait destiné. Il ne se rendit point d’abord dans les grandes cités, ni dans les assemblées des puissants, mais marcha sur les rives humbles de la mer de Galilée, là où les filets se jettent à la main, là où les cœurs simples sont ouverts à la lumière.
Ce fut dans ce pays de mépris — « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » demandait Nathanaël — que Jésus commença à appeler ses disciples. André, le premier, l’ayant entendu désigné comme l’Agneau de Dieu, le suivit et entraîna son frère Simon. Le regard du Christ se posa sur cet homme fruste, et il lui donna un nom nouveau : « Tu es Simon, tu seras appelé Pierre. » Philippe fut appelé ensuite, puis Nathanaël, en qui Jésus reconnut un cœur sans fraude. Ainsi, la nouvelle Israël commençait à s’assembler, non selon la chair, mais selon l’appel de Dieu.
Son premier miracle eut lieu dans la joie d’un mariage à Cana, où l’eau fut changée en vin. Ce n’était point là un prodige pour effrayer, mais pour révéler la transformation intérieure que le Christ opère dans l’âme. L’eau des purifications légales cédait la place au vin nouveau de l’alliance. Ses disciples crurent en lui.
Mais la douceur n’était pas faiblesse. À Jérusalem, il entra dans le Temple, et, voyant le lieu saint profané par le commerce sacrilège, il renversa les tables des changeurs, chassa les vendeurs avec un fouet de cordes, et déclara avec autorité : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ! » Le zèle pour la maison de Dieu le dévorait. Les chefs religieux s’étonnaient de sa hardiesse, et il leur répondit : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Mais eux ne comprenaient pas qu’il parlait du sanctuaire de son propre corps.
Un homme de nuit, Nicodème, pharisien et docteur, vint le trouver en secret, troublé dans sa conscience. Jésus lui déclara : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu. » Là encore, l’ancienne religion, faite de rites et de traditions, était mise à nu : il fallait une régénération spirituelle. Le Fils de l’homme devait être élevé, comme le serpent dans le désert, afin que quiconque croit en lui ne périsse point.
Peu après, sur la route de Samarie, Jésus s’arrêta au puits de Jacob. Une femme, pécheresse et étrangère, vint puiser de l’eau. À elle, il révéla le secret de la grâce : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif. » Et cette âme, touchée dans sa misère, devint témoin auprès de tout un village. Ainsi, la lumière se levait non seulement sur Israël, mais aussi sur les nations.
C’est alors que, revenu en Galilée, il commença à proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume, à guérir les malades, à libérer les captifs, à annoncer aux pauvres que le salut était venu. Ses œuvres se répandirent comme une onde pure dans un monde corrompu.
Sur la montagne, il enseigna des paroles telles qu’aucun homme n’en avait jamais prononcées : les Béatitudes, la prière du Notre Père, l’appel à aimer ses ennemis, à bâtir sur le roc. Ce discours, rapporté par Matthieu, fut comme une loi nouvelle, écrite non sur la pierre, mais dans les cœurs.
Il parcourait villes et villages, prêchant dans les synagogues, guérissant toute infirmité. Il toucha un lépreux, et celui-ci fut pur ; il dit à un paralytique : « Lève-toi », et celui-ci marcha. Un regard suffit pour relever la belle-mère de Pierre. Des possédés furent délivrés, des morts rendus à la vie. Et pourtant, il imposait souvent le silence à ceux qu’il avait guéris, car il ne cherchait point la vaine gloire.
Ses disciples, simples pêcheurs, furent choisis non pour leur sagesse, mais selon la grâce. Il en établit douze, les appelant apôtres, pour les envoyer deux à deux, guérissant, annonçant la venue du Royaume. Il leur donna autorité sur les esprits impurs, et les avertit : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. »
Mais au milieu de l’enthousiasme des foules, les oppositions s’accumulaient. Les pharisiens, aveuglés par leur propre justice, murmuraient : « Il chasse les démons par le prince des démons. » Jésus leur répondit avec solennité : « Si je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, alors le Royaume de Dieu est venu jusqu’à vous. »
Jamais homme n’avait parlé comme lui, jamais homme n’avait aimé comme lui. Il n’écrasait point le roseau cassé, ni n’éteignait la mèche qui fume. Et pourtant, il ne transigeait jamais avec le mal : il l’exposait, il le confondait, il le chassait. C’était là la sainteté dans la tendresse, la justice dans la miséricorde.
Tel fut le ministère en Galilée : une lumière qui s’est levée dans les ténèbres, un Roi sans trône terrestre, un prophète sans honneur dans sa patrie, mais un Sauveur dont la voix pénétrait les consciences, dont les gestes réparaient les ruines du péché, et dont le regard appelait les âmes à une vie nouvelle.
La montée du Fils de l’Homme vers Jérusalem : révélation, décision, sacrifice
Lorsque les jours approchèrent où le Fils de Dieu devait être glorifié par sa souffrance, il se dirigea résolument vers Jérusalem. Ce n’était point une marche ordinaire, ni même un pèlerinage comme en faisaient tant d’autres vers la ville sainte pour les fêtes de l’Éternel. C’était une montée solennelle, une ascension sainte vers le lieu du grand sacrifice, vers l’autel suprême où l’Agneau de Dieu allait offrir sa vie pour le péché du monde.
Déjà, les disciples marchaient derrière lui, troublés et saisis de crainte. Ils sentaient, sans encore comprendre pleinement, que quelque chose d’inexorable se préparait. Lui, seul, avançait avec assurance, les yeux fixés non sur les murailles visibles de Jérusalem, mais sur le dessein éternel de son Père. Il n’allait point subir la croix, il allait la chercher. Il n’était point conduit par la fatalité, mais par l’obéissance parfaite.
C’est dans ce contexte que se produisit l’un des plus grands dévoilements de sa gloire. Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les conduisit à l’écart, sur une haute montagne. Là, il fut transfiguré devant eux. Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent éclatants comme la lumière. Moïse et Élie apparurent, parlant avec lui de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem.
Ce fut là, sur le sommet du monde, que la gloire céleste du Christ fut manifestée à trois témoins. Mais la voix du ciel ne les laissa pas s’égarer dans les visions : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » Non pas la tente de la contemplation, mais la parole de l’obéissance. Et, après que la nuée lumineuse se fut dissipée, ils ne virent plus que Jésus seul.
Mais le chemin ne se faisait pas seulement en hauteur, il descendait aussi vers l’ombre. À mesure que Jésus annonçait avec plus de clarté ce qui allait advenir, les cœurs de ses disciples se troublaient. Trois fois, il leur dit qu’il devait aller à Jérusalem, y être livré, moqué, flagellé, tué — et qu’il ressusciterait le troisième jour. Mais ces paroles leur demeuraient voilées. L’orgueil charnel, l’espérance d’une royauté terrestre, la crainte aussi de perdre leur maître, obscurcissaient encore leur intelligence. Ils n’entendaient pas, car leurs pensées n’étaient pas celles de Dieu, mais celles des hommes.
Sur la route, tandis que lui parlait du don de sa vie, eux disputaient pour savoir qui serait le plus grand dans le Royaume. Mais il les enseigna patiemment, avec cette majesté empreinte de douceur qui le caractérisait : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » Cette parole, tombée comme une semence dans des cœurs encore pierreux, allait porter son fruit au jour de la Pentecôte.
À chaque étape, il accomplissait l’Écriture. À chaque pas, il rappelait que son œuvre n’était point une improvisation du destin, mais l’accomplissement de la loi, des prophètes et des psaumes. Il allait à Jérusalem, non comme un prophète malheureux, mais comme le Souverain Sacrificateur entrant dans le sanctuaire, portant non le sang d’un animal, mais le sien propre, pour l’expiation éternelle.
Et Jérusalem — Jérusalem, cette ville qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés — se préparait, sans le savoir, à l’heure la plus décisive de son histoire. Le ciel et l’enfer allaient s’y rencontrer ; la justice et la grâce allaient s’y embrasser ; la croix allait y être plantée, mais aussi le tombeau vide allait y ouvrir l’espérance du monde.
Ainsi, le Roi s’approchait de sa Passion, non couronné d’or, mais d’abnégation. Sa gloire ne brillait pas encore aux yeux des hommes, mais elle éclatait déjà aux yeux du Père. Et ce chemin vers Jérusalem, emprunté dans l’obéissance, dans la solitude, dans l’amour, était le début du salut pour une humanité perdue.
La dernière semaine : Le Roi humilié, le Sauveur crucifié, l’Agneau immolé
Lorsque Jésus entra dans Jérusalem pour la dernière fois, ce fut comme un roi — mais un roi sans épée ni couronne terrestre. Assis sur un ânon, selon la prophétie de Zacharie, il fut acclamé par les foules : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Mais ce peuple, si prompt à louer, serait bientôt tout aussi empressé à crier : « Crucifie-le ! » Car les acclamations populaires ne sont point les fondements du Royaume de Dieu.
À peine entré dans la ville, il entra dans le Temple — non pour s’y reposer, mais pour purifier. D’un geste de feu, il renversa les tables des changeurs, dénonça l’iniquité de ceux qui faisaient de la maison de son Père un repaire de voleurs, et affirma la sainteté du lieu. Cette action, publique et prophétique, déclencha l’hostilité des chefs religieux, déjà prêts à le perdre.
Les jours suivants furent remplis d’enseignements puissants et d’affrontements ouverts. Jésus, avec une majesté tranquille, confondit les pharisiens, les sadducéens, les scribes, et dénonça leur hypocrisie. Ses paraboles furent des flèches divines : les vignerons rebelles, le festin royal, les talents — autant de jugements contre une religion sans repentance. Puis, sur le mont des Oliviers, il parla de la fin des temps, appelant ses disciples à veiller, à prier, et à tenir leurs lampes allumées.
Mais tandis que l’opposition croissait, Jésus préparait un autre acte, plus grand encore : le don de lui-même. Dans une chambre haute, au soir de la Pâque, il rassembla les siens. Là, il se ceignit d’un linge et lava leurs pieds. Le Maître se fit serviteur. Puis il institua la sainte Cène : « Ceci est mon corps, donné pour vous ; cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » Ce pain rompu, ce vin partagé, scella le testament d’un Royaume fondé sur le sacrifice.
Alors il parla longuement à ses disciples, leur ouvrant les profondeurs de son cœur. Ses discours d’adieu (Jean 13–17) sont les sommets de la révélation divine : il parla du Consolateur, de l’unité, de la vigne et des sarments, de la joie parfaite et de la paix éternelle. Puis il leva les yeux au ciel et pria — non seulement pour les siens, mais pour tous ceux qui croiraient par leur parole. Cette prière sacerdotale est le sanctuaire du cœur de Jésus.
Mais voici que la nuit s’approchait, et avec elle l’heure de la trahison. Au jardin de Gethsémani, il s’écarta pour prier. Là, dans une agonie indicible, il tomba face contre terre : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi… » Mais il ajouta : « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Le salut du monde fut conquis là, dans la soumission du Fils.
Soudain, des torches s’approchèrent, des pas armés troublèrent la nuit. Judas, l’un des douze, le livra par un baiser. Les soldats le saisirent, et tous ses disciples s’enfuirent. Il fut traîné devant le sanhédrin, jugé de nuit, accusé de blasphème. Pierre, malgré ses promesses, le renia trois fois, puis sortit et pleura amèrement.
Au matin, Jésus fut livré à Pilate. Les chefs religieux, incapables de le condamner eux-mêmes, invoquèrent la puissance païenne. Pilate, homme partagé entre la conscience et la crainte, déclara : « Je ne trouve aucun crime en lui », mais le livra pourtant. Jésus fut battu, moqué, couronné d’épines. La foule, conduite par les prêtres, cria : « À mort ! Crucifie-le ! » Et Pilate, lavant ses mains, livra le Juste aux mains des pécheurs.
Chargé de sa croix, il marcha vers le Golgotha. Là, entre deux malfaiteurs, il fut élevé sur le bois. Le ciel se couvrit de ténèbres. Les soldats se partagèrent ses vêtements. Les passants se moquaient : « Sauve-toi toi-même ! » Mais lui, silencieux, priait : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » L’un des brigands crut, et Jésus lui promit le paradis.
À la sixième heure, il s’écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Puis, dans un dernier souffle, il dit : « Tout est accompli. » Et il rendit l’esprit. Alors le voile du Temple se déchira, la terre trembla, et le centenier romain déclara : « Certainement, cet homme était Fils de Dieu. »
Joseph d’Arimathée demanda son corps, l’enveloppa dans un linceul, et le déposa dans un tombeau neuf, taillé dans le roc. Une grande pierre fut roulée, et des gardes furent placés. Mais ni la pierre, ni les sceaux, ni les soldats ne pouvaient empêcher l’aurore du troisième jour.
Ainsi se conclut la dernière semaine du Christ : une semaine d’obéissance parfaite, de révélations divines, de douleurs infinies — mais aussi une semaine qui allait ouvrir pour toujours la voie de la réconciliation entre Dieu et les hommes.
Le matin glorieux : Résurrection, apparitions et Ascension du Christ
Le sabbat s’était écoulé dans le silence. Le Fils de l’homme, crucifié, avait été mis au tombeau. Aux yeux des hommes, tout semblait fini : le Juste était mort, et ses disciples, épars et abattus, ne voyaient plus que la croix nue où s’était brisée leur espérance. Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, préparait un matin tel que la terre n’en avait jamais connu.
Au premier jour de la semaine, alors que l’aurore perçait encore à peine l’horizon, des femmes pieuses se rendirent au sépulcre. Elles portaient des aromates, ignorant que la Vie avait déjà jailli de la mort. Mais, arrivées sur place, elles virent que la pierre avait été roulée. Le tombeau était vide. Deux anges apparurent, et leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! »
Ce fut d’abord à Marie de Magdala, elle que Jésus avait libérée de sept démons, qu’il apparut. Elle pleura, croyant le jardiner devant elle, jusqu’à ce qu’il l’appelle par son nom : « Marie ! » Alors, ses yeux s’ouvrirent, et elle reconnut le Maître. Elle courut annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! » — premier témoignage de cette victoire qui allait bouleverser le monde.
Mais les disciples, encore craintifs, enfermés dans la chambre haute, doutaient. Alors Jésus vint, non par la porte, mais dans la puissance de son corps glorifié, et dit : « Paix soit avec vous ! » Il leur montra ses mains percées, son côté transpercé, et ils crurent. Il souffla sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit. »
Il apparut ensuite à deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ils étaient tristes, pleins de désillusion. Mais il leur ouvrit les Écritures, leur montrant que le Messie devait souffrir pour entrer dans sa gloire. À la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrirent. Ils reconnurent Jésus, et coururent à Jérusalem, brûlants d’une joie nouvelle.
Huit jours plus tard, il vint encore, pour Thomas, l’incrédule. Celui-ci avait déclaré : « Si je ne vois pas, si je ne touche pas, je ne croirai pas. » Jésus, dans une miséricorde souveraine, lui montra ses plaies. Et Thomas s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ainsi la foi fut établie non sur la vue seule, mais sur la Parole du Christ vivant.
Durant quarante jours, il se montra à ses disciples, leur parlant des choses du Royaume de Dieu. Sur le rivage de la mer de Tibériade, il prépara un repas et ranima l’amour de Pierre par trois fois : « M’aimes-tu ? » Puis il l’établit pasteur de ses brebis. À tous, il rappela les Écritures, et leur ouvrit l’intelligence pour les comprendre.
Mais la Résurrection n’était pas le terme : elle était la préparation à l’envoi. Sur une montagne en Galilée, Jésus se tint devant les Onze, et leur adressa la mission suprême : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »
Puis, les ayant conduits hors de Jérusalem, jusqu’à Béthanie, il leva les mains et les bénit. Et tandis qu’il les bénissait, il s’éleva vers le ciel. Une nuée le déroba à leurs yeux. Là, sur cette colline, le ciel s’ouvrit une fois encore, non plus pour faire descendre la Parole, mais pour recevoir le Verbe incarné, glorifié, vainqueur de la mort.
Deux anges parurent, disant : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel, reviendra de la même manière. »
Les disciples revinrent à Jérusalem, remplis d’une joie que la croix elle-même n’avait pu leur ravir. Car ils savaient désormais que le Rédempteur vit, qu’il règne, et qu’il viendra. Le Royaume était inauguré, l’Église allait naître, et la parole de salut, partie d’un tombeau vide, allait bientôt retentir jusqu’aux extrémités de la terre.
