La sortie d’Égypte dans les livres de Samuel

Les Livres de Samuel (1 Samuel et 2 Samuel), qui couvrent l’émergence de la royauté en Israël, depuis les derniers juges (notamment Samuel lui-même) jusqu’au règne du roi David, ne sont pas des récits centrés sur la sortie d’Égypte comme l’étaient les livres du Pentateuque. Néanmoins, la mémoire de l’Exode y subsiste, mais de manière beaucoup plus discrète, intégrée dans le discours théologique et historique du peuple. La sortie d’Égypte est évoquée essentiellement :

  • dans des discours rétrospectifs,
  • dans des prières ou professions de foi,
  • comme légitimation de l’identité d’Israël.

Il s’agit donc davantage d’un arrière-plan symbolique et spirituel que d’un thème développé activement dans la narration.


I. Références explicites à la sortie d’Égypte dans les livres de Samuel

1. 1 Samuel 8:8 – Dieu parle à Samuel

« Ils agissent envers toi comme ils ont toujours agi depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à aujourd’hui : ils m’ont abandonné pour servir d’autres dieux. »

➡ Ce verset est crucial. Il résume la constance de l’infidélité du peuple, depuis l’Exode jusqu’à la demande d’un roi (vue ici comme une forme de rejet de la royauté divine).
→ L’Exode est le point de départ d’un récit d’ingratitude spirituelle.


2. 2 Samuel 7:6 – Dieu s’adresse à David (via le prophète Nathan)

« Je n’ai pas habité dans une maison depuis le jour où j’ai fait monter les Israélites d’Égypte jusqu’à aujourd’hui, mais j’ai circulé sous une tente, dans un tabernacle. »

➡ Dieu rappelle que depuis l’Exode, sa présence se manifeste dans le déplacement, dans la précarité du sanctuaire mobile, en opposition avec le projet de David de construire un temple.
→ L’Exode fonde ici une théologie du Dieu pèlerin, mobile avec son peuple.


3. 2 Samuel 7:23 – Prière de David

« Quel autre peuple sur la terre est comme ton peuple, Israël, que Dieu est venu racheter pour qu’il soit son peuple, en se faisant un nom, et en accomplissant pour lui des choses grandes et redoutables en chassant devant ton peuple les nations et leurs dieux, toi que tu as racheté d’Égypte ? »

➡ Dans cette prière centrale, David résume la vocation unique d’Israël à travers le rachat (ou la libération) d’Égypte. Le lien entre l’élection du peuple, la conquête de la terre et l’histoire de l’Exode est clairement affirmé.
→ C’est une affirmation de l’alliance commencée dans l’Exode.


II. Allusions implicites ou théologiquement liées à l’Exode

Même en l’absence de mentions explicites, l’Exode sous-tend certaines représentations :

1. L’Arche d’Alliance

  • L’Arche, construite à l’époque de l’Exode, est omniprésente dans 1 Samuel (notamment dans les chapitres 4 à 6) et représente la présence de Dieu avec Israël, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à la royauté naissante.
  • Son séjour chez les Philistins et son retour à Jérusalem sont des moments à forte charge théologique, reliés à l’histoire de la libération et de la sanctification du peuple.

2. Le thème du « rappel »

  • Dans la prière d’Anne (1 Samuel 2), dans les bénédictions, les formules de gratitude, le Dieu d’Israël est sous-entendu comme celui qui a déjà agi puissamment dans l’histoire.
  • Cette mémoire, même non verbalisée en lien direct avec l’Égypte, structure l’espérance et la foi du peuple.

III. Portée théologique des allusions à la sortie d’Égypte

Les livres de Samuel n’ont pas pour objectif de revenir longuement sur l’Exode, mais ils en assument la mémoire comme un socle implicite de la relation entre Dieu et Israël. Les références qu’on y trouve remplissent plusieurs fonctions :

1. Justification de la souveraineté divine

  • La royauté humaine (Saül, puis David) est constamment mesurée à l’aune du règne de Dieu libérateur : le peuple a été racheté par Dieu, ce qui implique une forme de loyauté spirituelle plus grande que celle due à un roi humain.

2. Mémoire de l’alliance

  • Dieu se présente comme le libérateur d’Égypte, et donc comme celui qui a droit à l’adoration exclusive et au respect de son alliance.

3. Confirmation de l’élection d’Israël

  • David affirme qu’Israël est un peuple unique, racheté d’Égypte, c’est-à-dire constitué en nation sainte par cet acte salvateur. Cette affirmation légitime la monarchie davidique comme intégrée à l’histoire de l’alliance.

IV. Conclusion

Les livres de Samuel mentionnent rarement mais significativement la sortie d’Égypte. Ces références :

  • entretiennent la mémoire collective d’un Dieu sauveur,
  • rappellent l’alliance originelle comme fondement de la vie nationale et cultuelle,
  • servent de toile de fond à la critique de l’infidélité d’Israël et à la réflexion sur la royauté.

En somme, l’Exode, même peu cité, structure discrètement mais solidement la théologie des livres de Samuel, comme repère d’identité, de mémoire et de fidélité.