Il est des heures dans l’histoire du salut où le ciel semble pencher vers la terre avec une majesté empreinte d’humilité, et où les signes les plus simples, porteurs d’un symbolisme ancien, deviennent les vecteurs d’une révélation sublime. Tel fut le jour où Jésus, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu, fit son entrée dans Jérusalem, non point armé comme un conquérant, mais assis sur un ânon, petit d’une ânesse, selon la parole du prophète (Matthieu 21.5 ; Zacharie 9.9). Ce fait, rapporté par les quatre évangélistes (Matthieu 21.1-11 ; Marc 11.1-10 ; Luc 19.28-40 ; Jean 12.12-15), n’est ni anodin, ni purement circonstanciel. Il est chargé de la lumière des Écritures anciennes et se présente comme l’une de ces harmonies prophétiques où l’Ancien et le Nouveau Testament s’embrassent.
On l’a dit, et avec raison : cet acte fut l’accomplissement visible de ce que Zacharie avait annoncé plusieurs siècles auparavant :
« Réjouis-toi, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi vient à toi ; Il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. » (Zacharie 9.9)
Mais ce que plusieurs n’aperçoivent point, c’est que cette prophétie elle-même se fonde sur un souvenir plus ancien encore, un souvenir royal inscrit dans la mémoire sainte du peuple de Dieu : celui de l’intronisation du roi Salomon, fils de David, que le roi, dans ses derniers jours, fit asseoir sur sa propre mule et conduire jusqu’à la source de Guihon, là où il fut oint par le prophète Nathan et le sacrificateur Tsadok.
« Prenez avec vous les serviteurs de votre seigneur, faites monter mon fils Salomon sur ma mule, et faites-le descendre à Guihon. Là, le sacrificateur Tsadok et le prophète Nathan l’oindront pour roi sur Israël. » (1 Rois 1.33-34)
Ce lien n’est point fortuit. Dans l’histoire sainte, les gestes inspirés sont les bourgeons des promesses futures. Lorsque David fait monter son fils sur sa mule royale, il ne scelle pas seulement un choix dynastique, il annonce sans le savoir l’image d’un autre Fils, d’un Roi plus glorieux encore, qui viendra non pour asseoir un trône terrestre, mais pour fonder un règne éternel.
« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin. » (Luc 1.32-33)
Salomon, dont le nom signifie « paix » (hébreu : Shlomo), figure celui qui est le vrai Prince de paix (Ésaïe 9.5), dont le sceptre n’opprimera point, mais qui jugera avec justice et dirigera les peuples avec équité (Ésaïe 11.3-5).
L’entrée de Jésus sur l’ânon — non point sur un cheval de guerre — manifeste en toute clarté la nature de sa royauté. Il est Roi, certes, et les acclamations de la foule : « Hosanna au Fils de David ! » (Matthieu 21.9) ne sont point erronées. Mais ce Roi vient sans armée, sans épée, sans escorte fastueuse. Il entre dans la cité sainte vêtu d’humilité, enveloppé de la douce lumière de la prophétie, portant en lui la justice de Dieu et la paix des hommes. Il est le Roi de Zacharie, mais aussi le Salomon promis, accomplissant dans sa propre personne la continuité royale voulue par l’Éternel.
Ce geste de Jésus est donc à la fois un acte messianique, un accomplissement prophétique, et une subversion spirituelle des attentes humaines. Car Israël attendait un libérateur fort, qui briserait le joug romain (Luc 24.21 ; Actes 1.6) et restaurerait le royaume selon la chair. Mais Jésus, par ce simple acte, enseigne une autre royauté : celle du cœur, du sacrifice, de la croix.
« Mon royaume n’est pas de ce monde. » (Jean 18.36)
« Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs. » (Matthieu 20.28)
Et pourtant, mes frères, combien solennelle et majestueuse fut cette marche douce du Roi des rois ! Le peuple étendait ses vêtements, coupait des branches d’arbres, criait sa joie (Matthieu 21.8-9) ; mais ce Roi ne se laissait point éblouir par les honneurs éphémères. Il savait que la même ville qui criait « Hosanna ! » crierait bientôt : « Crucifie-le ! » (Luc 23.21). Il savait que son royaume ne venait pas du monde, mais qu’il descendait du Père (Jean 8.23 ; Jean 18.36). Et c’est précisément là que réside toute la gloire de cette scène : en ce que le Seigneur du ciel accepte de descendre, de se faire humble, d’accomplir les figures anciennes non dans la puissance du siècle, mais dans l’obéissance parfaite à la volonté divine (Philippiens 2.6-8).
O peuple chrétien, contemple ton Roi ! Il est digne d’admiration, non par les ors de sa couronne, mais par la douceur de son âme (Matthieu 11.29). Il est puissant, non dans les chars de guerre, mais dans la vérité. Il est glorieux, non par les armes, mais par la croix (1 Corinthiens 1.23-24). Que son entrée à Jérusalem demeure gravée dans nos cœurs comme l’annonce solennelle de ce règne que nul homme ne peut renverser, et que seul l’Esprit peut révéler.
Ainsi, dans la lumière de Salomon, dans la voix des prophètes, dans le murmure d’un ânon marchant sur les chemins de Sion, Dieu a parlé. Et ce qu’il a dit, c’est que Jésus est le Roi. Le Roi véritable. Le Roi éternel.
« Ton trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de ton règne est un sceptre d’équité. » (Psaume 45.7 ; Hébreux 1.8)
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Psaume 118.26 ; Matthieu 21.9)
