Il n’est pas de livre plus ancien, ni plus vivant, que la Bible. Née dans l’épaisseur du temps, tissée dans la chair des événements, proclamée, transmise, recopiée, traduite, priée, enseignée, la Bible n’est pas un simple monument du passé : elle est une voix qui marche dans l’histoire. Et si je la tiens aujourd’hui entre mes mains, c’est parce que l’histoire qu’elle raconte ne s’est pas arrêtée : elle s’est prolongée jusqu’à moi. Mieux encore : elle m’a atteint, elle m’inclut, elle me parle.
I. La Bible raconte une histoire ; une histoire dans laquelle s’inscrit sa propre rédaction
Dès les premières lignes de la Genèse, la Bible ne présente pas un système de pensées ou une suite de dogmes, mais un récit. Elle commence par des commencements : le ciel, la terre, la lumière, l’homme, la chute, le meurtre, l’errance. Elle s’ouvre sur une humanité qui entre dans l’histoire du mal et du jugement, mais aussi sur un Dieu qui, dans l’histoire, entre en alliance, fait promesse, intervient. Cette histoire est marquée par des temps : ceux de l’appel, de la délivrance, de l’alliance, de la conquête, de l’exil, de l’attente, de l’incarnation, de l’Église, et enfin, de l’espérance.
Et ce n’est pas seulement cette histoire que la Bible raconte : c’est dans cette histoire qu’elle est née. Elle n’est pas tombée du ciel, elle a surgi au cœur des événements qu’elle interprète. Les textes de Moïse prennent forme dans le désert, les psaumes de David dans l’épreuve, les oracles des prophètes dans les crises du royaume, les évangiles dans l’ombre de Rome, les lettres apostoliques au sein des premières Églises. La Parole de Dieu ne s’est pas écrite en dehors du monde, mais en lui, à travers la foi d’un peuple confronté à l’épreuve du réel.
Ainsi, la rédaction de la Bible fait corps avec l’histoire qu’elle proclame. Elle est une mémoire vivante, un acte de foi dans l’actualité de Dieu, un témoignage né du tumulte des jours et de la fidélité de Celui qui les conduit. Elle ne raconte pas seulement le passé : elle est elle-même le fruit de cette histoire que Dieu fait advenir.
II. Je suis moi-même dans cette histoire ; car cette histoire s’est poursuivie jusqu’à moi
Si la Bible me parvient aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’elle a été conservée dans un coffre d’or ou figée dans un silence sacré. C’est parce que l’histoire qu’elle raconte ne s’est pas interrompue. L’Écriture a traversé les siècles portée par la foi des témoins, transmise par les disciples, gardée par l’Église, traduite pour chaque peuple, chaque génération. Ce n’est pas un miracle figé que je tiens entre mes mains, c’est un courant vivant, une parole qui chemine, qui appelle, qui façonne, qui sauve.
Et cette histoire ne m’est pas seulement parvenue comme un récit ancien. Elle m’inclut. Ce que Dieu a commencé en Abraham, ce qu’il a accompli en Jésus-Christ, ce qu’il a annoncé par les prophètes et confié aux apôtres, il le poursuit aujourd’hui. En moi. Par moi. Autour de moi. La lecture de la Bible devient alors l’acte par lequel je me découvre situé dans le dessein de Dieu. Je ne suis pas simple lecteur : je suis appelé, interpellé, rejoint. L’histoire devient mienne.
Chaque page que je lis me rappelle que je suis au bénéfice d’un héritage, mais aussi chargé d’une mission. L’histoire du salut n’est pas un événement clos ; elle est un itinéraire, et le Christ ressuscité marche encore sur les routes humaines. L’Écriture ne se referme pas : elle appelle encore, elle féconde encore, elle sauve encore. Et si elle me touche, c’est parce que je fais partie du peuple qu’elle forme, du peuple qu’elle engendre, du peuple qu’elle envoie.
Conclusion
La Bible raconte une histoire — et c’est cette histoire qui me fait lire, croire, vivre. Ce n’est pas moi qui choisis de la lire : c’est elle qui me lit. Elle m’intègre à son récit. Elle me révèle que je suis là, quelque part entre l’appel d’Abraham et le retour du Seigneur, quelque part entre la croix et la nouvelle création. Et parce que je suis dans cette histoire, la Bible n’est plus un livre parmi d’autres : elle est la Parole vivante qui m’a été adressée, dans le temps, pour que je vive dans la lumière du Dieu éternel.
