La Parole s’est imposée à moi. Elle m’a saisi. Elle a fondé en moi une certitude qui ne relève pas de l’opinion, mais de la reconnaissance : Dieu a parlé. Et puisqu’Il a parlé, tout est désormais ordonné à cette parole — non seulement ma vie intérieure, mais ma pensée, mes choix, mon regard sur le monde. L’Écriture n’est pas un espace réservé à la piété : elle est le fondement du réel, la clef de lecture de l’histoire, la source de toute lumière véritable.
Dès lors, vivre sous l’Écriture implique une transformation profonde, radicale et paisible de l’être tout entier. Cette fidélité a des conséquences.
I. Penser à partir de la Parole, non à partir du monde
Dans le tumulte des discours humains, l’homme est tenté de prendre la Parole comme un simple point d’ancrage pour sa vie spirituelle, tout en acceptant les catégories du monde pour le reste. Mais la pensée chrétienne ne peut pas se contenter d’une coexistence pacifique avec les idéologies ambiantes. Elle doit naître d’un autre sol, d’un autre ciel.
Penser à partir de l’Écriture, c’est recevoir de Dieu, par sa Parole, les catégories fondatrices : la Création, la Chute, la Rédemption, le Jugement, la Gloire. C’est refuser les récits fondateurs qui excluent Dieu, les philosophies qui redéfinissent le bien, les sciences qui prétendent se passer du Créateur. C’est affirmer, contre les vents de ce siècle, que la Bible est non seulement vraie dans ce qu’elle enseigne, mais normative dans ce qu’elle révèle.
La soumission à l’Écriture réoriente la pensée tout entière : cosmologie, anthropologie, morale, histoire, langage, savoir. Il ne s’agit pas d’un ajout religieux à un système existant, mais d’une refonte totale du regard.
II. Enseigner avec autorité et humilité
Celui qui a été saisi par la Parole ne peut plus enseigner comme un homme transmettant ses idées : il devient porte-voix d’une vérité qui le dépasse. Il n’impose pas son opinion ; il témoigne de ce qu’il a vu. Il n’argumente pas seulement ; il proclame.
Mais cette autorité ne naît pas de lui : elle naît du texte. Elle n’est pas arrogance, mais soumission joyeuse à un dépôt reçu. Elle ne repose pas sur la force persuasive des mots, mais sur la puissance intrinsèque de la Parole inspirée.
Ainsi, le chrétien fidèle à l’Écriture doit enseigner tout le conseil de Dieu (Actes 20.27), sans omission, sans sélection, sans adaptation aux goûts du jour. Il n’a pas le droit de taire ce que Dieu a dit, même si cela offense. Il n’a pas non plus le droit de parler là où Dieu s’est tu.
III. Voir le monde avec des yeux restaurés
La Parole m’a donné une paire de lunettes nouvelles. Je ne vois plus le monde comme avant. Je ne suis plus un spectateur passif des actualités, un consommateur de récits. Je vois désormais le combat spirituel derrière les événements, les puissances à l’œuvre dans les structures, la Providence dans le silence.
Je reconnais que la terre n’est pas neutre. Que l’histoire est traversée par une guerre entre le royaume de lumière et les puissances des ténèbres. Que les lois du monde ne sont pas arbitraires, mais ordonnées par Celui qui les a établies. Que les institutions humaines ne sont pas autonomes, mais responsables devant Dieu.
Et je comprends que l’homme n’est pas un accident de l’évolution, ni une abstraction sociologique, mais une créature façonnée par Dieu, porteuse d’une vocation, capable de rébellion comme de repentance.
IV. Agir dans le monde avec fidélité
Enfin, cette fidélité à la Parole ne peut rester théorique. Elle exige l’action. Celui qui a reçu la lumière doit marcher selon la lumière. Cela implique :
De refuser les compromis avec le mensonge, même subtil.
De parler au nom de Dieu, non pour convaincre, mais pour témoigner.
De sanctifier son travail, son foyer, sa culture, par l’obéissance à l’Écriture.
De se préparer à l’opprobre, car celui qui vit selon la vérité sera haï du monde.
Mais aussi de le faire avec une espérance invincible, car le Christ règne.
La Bible n’est pas un refuge pour l’âme pieuse, c’est la bannière du Roi. Elle ne se limite pas à me guider ; elle restructure le monde.
