Chapitre I : La cosmologie biblique — structure, langage, portée

Dans tout débat sur la structure du monde, le croyant fidèle doit commencer non par les conjectures humaines, mais par le témoignage que Dieu lui-même a bien voulu rendre. Loin d’être un simple mythe poétique, le récit biblique de la création constitue la matrice même de la pensée théologique. Il pose les bases de l’ordre cosmique, de la place de l’homme, du rapport entre ciel et terre, du temps et du sanctuaire. Si l’on ne commence pas là, toute notre compréhension du monde se trouvera faussée dès l’origine.

1. Les éléments du cosmos dans le récit de Genèse

La lecture attentive du premier chapitre de la Genèse nous introduit dans une cosmologie structurée, ordonnée, hiérarchique. On y voit apparaître, non une succession hasardeuse d’événements, mais un déploiement majestueux de la Parole créatrice.

Le monde y est d’abord informe et vide (tohu-bohu), puis structuré en trois grandes sphères :

  • La terre ferme, sèche, séparée des eaux,
  • Le firmament, étendu solide, qui sépare les eaux d’en haut et les eaux d’en bas,
  • Les astres, établis dans ce firmament pour marquer les temps.

La Terre n’est pas présentée comme un astre parmi d’autres, mais comme le centre d’une œuvre créatrice où l’homme sera bientôt placé en jardinier et en roi. Les luminaires ne sont point les maîtres du jour et de la nuit, mais des serviteurs, « faits pour séparer le jour d’avec la nuit, pour marquer les époques, les jours et les années » (Genèse 1.14).

La présence du firmament (raqia) comme expanse solide est d’une importance capitale. Il n’est point un simple effet d’optique ou une métaphore, mais une réalité créée et désignée par Dieu. Les eaux d’en haut, conservées au-delà de ce dôme, seront réactivées au temps du déluge. Le monde est donc conçu comme un espace ordonné, protégé, bâti selon un dessein où chaque élément a sa place.

2. Le langage révélé : réalisme et symbolisme

Il serait erroné de croire que le langage biblique n’est que poétique. Il est révélé. Et s’il parle en images, c’est parce que le monde lui-même est image, reflet de la sagesse créatrice. Le langage de la Genèse n’est pas celui d’un cosmologiste grec ou d’un physicien moderne, mais celui d’un Dieu qui parle à son peuple pour l’instruire dans la vérité.

Chaque mot, chaque structure, chaque rythme a sa portée : les six jours créateurs sont réels, marqués par un soir et un matin. Ils instaurent le rythme du temps et préparent le sabbat. L’ordre des choses exprime une pensée : lumière avant les astres, terre avant les plantes, volonté avant le mouvement. Il n’y a pas ici de hasard, mais une pédagogie divine.

3. Une portée cosmologique, théologique et liturgique

La cosmologie biblique n’est pas un chapitre isolé de la foi : elle est liée à toute la révélation. Le temple d’Israël est bâti à l’image du monde créé : mer de bronze, candélabre, cieux tendus comme un rideau. Les psaumes chantent les cieux comme un manteau, les montagnes comme des colonnes, les abîmes comme des fondations.

L’homme est placé dans ce cosmos comme un prêtre et un roi. Il n’est pas une poussière anonyme sur un globe perdu, mais une créature formée à l’image de Dieu, dans un monde ordonné pour la gloire de son Créateur.

En récupérant cette vision, le croyant redécouvre que la création est un temple, le monde une liturgie, et la terre un autel. Le cosmos biblique n’est pas un laboratoire ; il est une maison habitée par la Parole.


Souhaitons-nous un jour revenir à une cosmologie pleinement biblique ? Il ne s’agira pas d’imposer des modèles scientifiques, mais de purifier notre regard, de remettre chaque chose à sa place, et d’oser croire que Dieu dit la vérité, même quand le monde pense autrement.

Car la création n’est pas un champ d’expérience humaine : elle est un lieu théologique, où Dieu parle, agit, et se rend visible à qui veut bien le contempler dans la foi.