Réflexion sur l’impossibilité théologique du voyage dans le temps

La contemplation de l’histoire, dans sa grandeur comme dans ses misères, conduit l’âme à reconnaître le doigt de Dieu, qui seul ordonne les événements pour sa gloire et pour le bien de ses enfants. Mais l’imagination humaine, toujours prompte à se révolter contre les bornes que lui impose son Créateur, s’abandonne parfois à des spéculations hasardeuses. Parmi celles-ci, l’idée du voyage dans le temps, si chère aux créateurs de récits modernes, incarne une prétention à réécrire ce que Dieu a souverainement établi. Cette pensée, séduisante pour l’esprit, doit être examinée sous la lumière éclatante des vérités éternelles de la Parole de Dieu.

La Sainte Écriture, ce miroir fidèle de la pensée divine, enseigne dès ses premières pages que Dieu est le seul Créateur et ordonnateur du temps. Lorsque le psalmiste s’écrie : « Avant que les montagnes soient nées et que tu aies créé la terre et le monde, d’éternité en éternité tu es Dieu » (Psaume 90:2), il proclame la souveraineté de l’Éternel sur tout ce qui est. Le temps, cette trame mystérieuse dans laquelle se tissent les vies humaines, n’est qu’une créature soumise à la volonté de Celui qui est l’Alpha et l’Oméga (Apocalypse 1:8).

Oser imaginer que l’homme puisse voyager à sa guise dans le passé ou l’avenir, c’est méconnaître cette vérité fondamentale : l’histoire n’est pas un territoire que l’homme peut explorer et remodeler à son gré, mais un fleuve dont le cours est dirigé par le Seigneur des armées. Tout événement qui s’accomplit, du plus humble au plus grand, procède de son décret éternel, et rien n’échappe à sa Providence (Éphésiens 1:11). Que reste-t-il alors au voyageur temporel, si ce n’est la vanité d’une illusion ?

Dans les philosophies anciennes comme dans les mythes modernes, l’homme est souvent tenté de considérer l’histoire comme un cercle où tout peut être répété, corrigé, ou effacé. Mais l’Évangile, cette lumière venue d’en haut, éclaire une réalité bien différente : l’histoire est une marche, une ascension vers un but glorieux fixé par Dieu. Toute la création soupire et aspire à ce moment où elle sera délivrée de la corruption pour entrer dans la liberté des enfants de Dieu (Romains 8:21).

L’idée du voyage dans le temps heurte de plein fouet cette conception biblique. Elle imagine un homme capable de plier et de contorsionner l’histoire, de revenir en arrière pour en modifier les contours, comme si le plan divin pouvait être suspendu ou altéré. Cette prétention, qui se drape dans les habits séduisants de la science-fiction, n’est qu’un reflet moderne de la tentation originelle : « Vous serez comme des dieux » (Genèse 3:5).

Le chrétien, éclairé par la Révélation, reconnaît dans chaque page de l’histoire humaine les empreintes de la main de Dieu. Les grands tournants de l’histoire, comme la crucifixion de Jésus-Christ, sont autant de témoignages que même les actes les plus sombres des hommes ne sont pas étrangers au dessein de Dieu. Pierre, prêchant à Jérusalem, déclare : « Cet homme, livré selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié et fait mourir par la main des impies » (Actes 2:23). Quelle folie alors de penser que l’homme pourrait revenir en arrière pour corriger ce que Dieu a ordonné pour le salut du monde !

Le chrétien sait que les tragédies passées, les échecs personnels, et même les péchés les plus lourds sont inclus dans le plan rédempteur de Dieu. Toute tentative humaine de modifier ces événements renie implicitement la sagesse et la perfection de ce plan. Si Dieu utilise nos faiblesses pour manifester sa gloire, pourquoi chercherions-nous à effacer ce qu’il a voulu utiliser pour notre bien (Romains 8:28) ?

L’homme est une créature limitée, un pèlerin dont les jours sont comptés. L’Écriture le rappelle avec force : « L’homme est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe. L’herbe sèche, et la fleur tombe ; mais la parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1:24-25). Le voyage dans le temps, tel qu’il est imaginé, reflète une révolte contre cette humilité essentielle. L’homme, insatisfait de son rôle de serviteur, aspire à devenir maître du temps.

Mais le Seigneur, dans sa bonté, a fixé un temps pour chaque chose (Ecclésiaste 3:1). Ce n’est pas en cherchant à dominer le passé que nous trouverons la paix, mais en nous confiant à celui qui tient les rênes de l’histoire. Le chrétien n’est pas appelé à rêver de ce qui aurait pu être, mais à avancer avec foi vers ce qui sera, car « oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but » (Philippiens 3:13-14).

Le voyage dans le temps, bien qu’il semble ouvrir les portes de l’espoir, n’est en réalité qu’une prison pour l’âme. La véritable liberté ne se trouve pas dans la possibilité de corriger les erreurs du passé, mais dans la rédemption offerte par Jésus-Christ. En lui, nous recevons la grâce qui efface nos péchés, non par un retour en arrière, mais par un renouvellement de toutes choses.

Nous n’avons pas besoin de manipuler le cours du temps, car Dieu, dans sa sagesse infinie, a déjà écrit l’histoire de l’univers. Le chrétien attend avec espérance ce jour où le temps s’évanouira dans l’éternité, et où nous verrons celui qui siège sur le trône proclamer : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21:5). L’histoire n’a qu’un Maître, et ce Maître, c’est notre Dieu. À lui seul revient la gloire, dès maintenant et à jamais.