Lumières dans la nuit : sur la lecture des écrits de Pierre Hillard

Il est des temps où la vérité est proscrite, reléguée aux marges, réduite au silence par les puissances du siècle. L’iniquité s’organise, la séduction s’infiltre jusque dans les replis les plus intimes des sociétés, et l’esprit du monde semble triompher. Pourtant, au milieu de ces ténèbres, Dieu suscite encore des voix. Non des voix parfaites, mais des voix qui, à la manière d’un guetteur sur la muraille, osent désigner les menaces qui montent, éveiller les consciences assoupies, et replacer les événements dans la lumière du combat spirituel.

Parmi ces voix, celle de Pierre Hillard a trouvé écho dans le cœur de plusieurs. Elle trouble, elle questionne, elle dérange. Il est bon que le chrétien, au lieu de rejeter d’emblée ce qu’elle contient, s’en approche avec discernement, humilité et prière, afin d’y recevoir ce qui est vrai, et de rejeter ce qui ne vient pas de l’Esprit du Christ.


I. Un regard qui remonte jusqu’aux racines spirituelles de l’histoire

L’un des traits les plus frappants de la pensée de Hillard est sa conviction que les maux visibles de notre temps ne sont que les manifestations d’un mal plus profond : un esprit à l’œuvre depuis des siècles, tendant vers l’édification d’un ordre mondial sans Dieu, sans Christ, sans croix. Ce regard n’est pas celui des politiciens, ni des sociologues ; il est, pour ainsi dire, un regard prophétique, au sens où il pénètre sous la surface des choses pour en dégager les ressorts spirituels.

Il est salutaire, pour ceux qui vivent dans un monde désorienté, de se souvenir que l’histoire ne s’écrit pas seulement dans les chancelleries ou les banques, mais dans les cieux ; que les idées ont une origine, un souffle, un maître — et que si certains hommes sont les instruments de la vérité, d’autres se font les agents, parfois inconscients, de l’ennemi des âmes.


II. Une œuvre d’alerte : le dévoilement d’un projet ancien

Hillard s’attache à montrer que le projet de dissolution des nations chrétiennes, de nivellement des peuples, et de subversion des lois divines, n’est pas né hier. Il remonte, selon lui, à des courants anciens, nourris de mystique gnostique, de kabbale dévoyée, de philosophie révolutionnaire. Cette lecture peut heurter ceux qui ne voient dans les événements que des chaînes accidentelles. Mais elle rejoint, en profondeur, ce que l’Écriture atteste de la marche du monde : le mystère d’iniquité agit, non dans le désordre, mais dans une logique obscure, spirituellement organisée, que seul l’Évangile peut dévoiler.

Ainsi, il est utile que des auteurs — même extérieurs au protestantisme — mettent en lumière les racines intellectuelles et ésotériques de l’hostilité moderne au Christ. Car cette hostilité, loin d’être abstraite, se manifeste dans des discours, des lois, des institutions. Le monde ne hait pas le nom de Dieu de façon vague ; c’est Jésus-Christ qu’il veut effacer, c’est la croix qu’il veut détruire.


III. Un danger réel : la confusion entre origine et esprit

Mais si Hillard offre au chrétien un matériau riche pour la réflexion, il importe aussi de l’approcher avec prudence. L’un des périls de son œuvre — et de bien d’autres semblables — est de confondre parfois l’origine ethnique ou religieuse d’un penseur avec l’esprit qui l’anime. Or, la Sainte Écriture ne procède jamais ainsi.

Lorsque Jésus reprend les pharisiens, ce n’est pas en raison de leur origine, mais parce qu’ils se réclament de Dieu tout en rejetant la lumière. Lorsque Paul parle de ses frères selon la chair, il pleure sur leur aveuglement, mais ne les condamne pas en bloc. Le chrétien, éclairé par la Parole, sait que le rejet du Christ est universel par nature, et que ce rejet peut s’exprimer chez les Juifs comme chez les païens, dans le temple comme dans le monde.

Ce n’est pas l’origine d’un homme qui en fait un adversaire de Dieu, mais son refus de la Vérité. Le danger n’est donc pas chez « les autres », mais en chacun de nous. Et c’est pourquoi toute dénonciation qui ne conduit pas à la repentance devient orgueilleuse, voire mortifère.


IV. L’excès de lucidité peut devenir ténèbres si la foi se retire

Il est une tentation propre aux temps troublés : savoir sans adorer, dénoncer sans prier, voir clair sans aimer. Or, la vraie lumière est celle qui éclaire le cœur autant que l’intelligence. Si les écrits de Hillard suscitent l’effroi, la méfiance, le repli ou l’accusation, sans conduire à un plus grand amour du Christ et une plus grande vigilance dans la sainteté, ils perdent leur vertu.

Tout ce qui n’est pas lu à la lumière de l’Évangile, et ramené à la croix, peut devenir poison. Il est bon de savoir que Babylone existe ; il est meilleur encore d’en sortir. Il est bon de voir les séductions du monde ; il est nécessaire d’aimer la Jérusalem céleste. Il est bon d’identifier les figures de l’antichrist ; mais il est impératif de se tenir du côté de l’Agneau, même quand cela coûte.


V. La pierre de touche : le témoignage de Jésus-Christ

Le chrétien est appelé à juger toutes choses selon la mesure de Jésus-Christ. Non selon les instincts, ni selon les partis, mais selon l’Esprit. Cela signifie que toute œuvre, si pénétrante soit-elle, ne peut être reçue aveuglément. Il faut en peser les fruits : conduit-elle à la repentance ? à la foi ? à la sainteté ? ou bien à la peur, à la suspicion, à l’indignation stérile ?

Car ce n’est pas en sachant les plans des ténèbres que l’on est sauvé, mais en demeurant dans la lumière de Dieu. Le monde passera, ses complots et ses empires passeront, mais la Parole du Seigneur demeure éternellement.


Conclusion : dans la main de Dieu, veiller, discerner, espérer

Qu’on lise Pierre Hillard donc non comme un prophète infaillible, mais comme un homme de son temps, qui tente de faire entendre une alerte salutaire. Qu’on l’écoute avec attention, mais qu’on mesure ses propos à la balance du sanctuaire. Et surtout, que l’on garde les yeux sur le Christ, l’auteur et le consommateur de la foi, car c’est de lui, non d’un savoir secret, que viennent la paix, la force et la victoire.