Il est avec nous : la présence du Christ dans le temps de l’attente

Introduction :

Il est une douleur secrète, une plainte souvent muette qui traverse l’histoire de l’Église et le cœur de bien des croyants : celle de l’absence apparente de leur Seigneur. Le Christ, monté au ciel dans la gloire, semble s’être retiré, et son Église, telle une épouse veuve, chemine à travers le désert de ce monde, les yeux levés vers les cieux, dans l’attente de Celui qui viendra. Oh ! combien de sermons, combien d’enseignements pieux ont exalté ce retour glorieux, cette rencontre future, cette espérance bienheureuse ! Et certes, cette espérance est juste et sainte : elle est l’arc tendu de notre foi. Mais trop souvent, hélas, en exaltant l’avenir, on oublie le présent ; en parlant du Christ qui vient, on tait Celui qui est là.

Le silence de certains prédicateurs sur la présence actuelle de Jésus-Christ, ce silence que j’ai vu percer jusque dans des assemblées sincères et ferventes, est un silence qui, tout en se voulant respectueux, blesse l’économie même de la grâce. Car l’Évangile n’est pas seulement la bonne nouvelle d’un salut à venir : il est le message d’un salut qui agit, d’un Christ qui règne, d’une vie divine qui habite déjà les siens. Entre l’Ascension et le retour en gloire, le Seigneur n’a point déserté son Église. Il est présent — ô vérité trop peu méditée ! — par son Esprit, dans sa Parole, dans les sacrements saints, dans la communion de son peuple.

Ce présent trop souvent ignoré, ce temps habité, cette réalité invisible mais agissante, tel sera le sujet de ces quelques pages. Car s’il est vrai que le Seigneur Jésus reviendra, il est non moins vrai qu’il n’a jamais quitté ceux qui lui appartiennent. Et si l’Église est en exil, elle n’est point orpheline. Non, jamais !

Lorsque le Sauveur glorifié s’adressa aux siens, avant de s’élever dans les cieux, il ne leur laissa point un testament de silence ou d’éloignement, mais une parole vive, scellée de l’autorité divine : « Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28.20). Quel est ce “je suis” si l’on enseigne qu’il n’est plus là ? Quelle est cette présence si l’on enseigne seulement son absence ? Est-ce là une formule poétique, un simple élan du cœur, ou bien la proclamation solennelle d’un fait réel, spirituel et actuel ?

I. La promesse de la présence : “Je suis avec vous tous les jours”

Le Christ n’a point parlé pour flatter l’imagination de ses disciples, mais pour leur révéler un mystère : il s’en va pour être davantage avec eux. Il quitte leur regard pour habiter leur être. Il disparaît à leurs yeux pour descendre dans leur cœur. L’Ascension n’est pas l’exil du Christ : elle est son exaltation, sa libération des bornes du temps et de l’espace, afin qu’il puisse désormais être présent à tous les siens, en tout lieu, en tout temps.

La foi ne consiste pas seulement à croire que Jésus est venu, ni qu’il reviendra ; elle croit qu’il est l’Emmanuel aujourd’hui, Dieu avec nous, dans l’épaisseur même de notre condition présente.


II. L’Esprit et la Parole : le Fils demeure par le Souffle

La promesse de la présence s’accomplit par le don du Saint-Esprit. Là où l’Esprit est, là est le Seigneur. « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous » (Jean 14.16). Ce Consolateur, ce Souffle vivant, n’est pas un simple souffle d’émotion : il est la Personne divine par qui le Christ demeure dans son Église.

L’Esprit n’est point un substitut du Christ : il est sa présence opérante, sa voix dans les Écritures, sa lumière dans nos ténèbres, sa force dans notre faiblesse. Lorsque le croyant lit la Parole, c’est le Christ lui-même qui parle ; lorsque l’assemblée se rassemble au nom de Jésus, c’est lui qui est au milieu d’elle ; lorsque deux ou trois prient en son nom, c’est lui qui intercède avec eux.

Et pourtant, certains enseignent que Christ est absent, que nous sommes seuls à porter notre espérance comme un fardeau jusqu’au jour glorieux. Non, frères bien-aimés ! L’attente n’est pas solitude ; elle est communion avec le Seigneur déjà présent, communion réelle, mystérieuse certes, mais effective.


III. Les sacrements : signes visibles d’une présence invisible

Le Christ, en sa sagesse, n’a point voulu que ses disciples vivent de souvenirs ou de spéculations. Il leur a laissé des signes, des actes, des gestes bénis, chargés de sa présence : le baptême et la sainte Cène. Ces institutions sacrées ne sont point de simples symboles sans consistance : elles sont les témoins visibles d’une réalité invisible, les canaux par lesquels le Seigneur lui-même touche, fortifie et nourrit son Église.

Lorsqu’un homme est baptisé, ce n’est pas une simple déclaration : c’est le Christ qui le revêt de son nom, qui l’intègre à son corps. Et lorsqu’autour de la table sainte, l’assemblée rompt le pain et partage la coupe, ce n’est pas un souvenir froid, mais une communion vivante avec le Christ ressuscité : « Ceci est mon corps… cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang… » — et Paul ajoute : « Nous annonçons sa mort jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11.26).

Quel paradoxe que d’exalter le retour de Jésus tout en négligeant les moyens qu’il a lui-même institués pour demeurer avec nous jusque-là ! Quelle piété désincarnée que celle qui attend la gloire tout en refusant la grâce présente !


IV. L’Église : corps vivant du Christ, temple de sa présence

L’Esprit agit, la Parole éclaire, les sacrements nourrissent — mais tout cela converge vers une réalité plus vaste : l’Église elle-même, ce corps vivant dont Christ est la tête. « Vous êtes le corps de Christ », écrit l’apôtre. « Le Dieu Tout-Puissant habitera au milieu d’eux, et ils seront son peuple. »

Oui, frères et sœurs, l’Église n’est pas un lieu de passage, un simple point de rendez-vous pour croyants esseulés. Elle est la demeure de Dieu par l’Esprit, la maison bâtie sur la pierre vivante, le temple où la louange s’élève et où la vie divine descend. Là, dans la communauté des saints, le Christ est présent, il agit, il enseigne, il console, il sanctifie.

Et pourtant, que de doctrines ont voulu réduire l’Église à une réalité invisible, presque inexistante sur la terre ! Que de prédications exaltent le ciel tout en désertant le sanctuaire terrestre ! Que de piétés désertent la communauté, sous prétexte d’attendre Celui qui vient ! Mais le Christ ne reviendra pas chercher des âmes isolées : il vient pour son Épouse, qu’il sanctifie dès maintenant par sa Parole et son Esprit.


V. Attente active, communion réelle

Oui, le Christ reviendra. Cette certitude est notre joie, notre force, notre horizon. Mais il vient à celle qui l’attend avec la lampe allumée, non à celle qui dort dans le désert. L’attente véritable n’est pas fuite, ni retrait, ni résignation. Elle est fidélité, veille, action. Et cette fidélité se nourrit de la présence actuelle du Maître. Il est absent à nos yeux, mais présent à notre foi. Il est caché dans le ciel, mais vivant dans nos cœurs, dans notre communion, dans nos prières, dans nos actes de charité.

Celui qui vit cette présence ne se perd pas en spéculations ; il écoute, il prie, il aime. Il ne se laisse pas ronger par le vide du monde ; il porte en lui la plénitude du Christ.


Conclusion :

O âme en attente, ne te lamente pas comme si ton Seigneur t’avait laissée seule ! Ne fais pas de son absence une doctrine de solitude, alors qu’il a tout fait pour demeurer avec toi. Ouvre les yeux de la foi, et tu verras : il est là, dans sa Parole vivante, dans l’onction secrète de l’Esprit, dans la table sainte où il se donne, dans l’Église qu’il sanctifie.
Il est là — jusqu’au jour où il viendra dans la nuée, et où la foi laissera place à la vue.

« Voici, je suis avec vous tous les jours… jusqu’à la fin du monde. »