« Ils écoutent le mensonge… leur langue est un arc meurtrier ; la vérité ne règne pas sur la terre. »
(Jérémie 9:3)
1. Le mal se propage par des médiateurs
Lorsque les puissances de ténèbres veulent transformer une génération, elles ne procèdent pas par invasion brutale, mais par pénétration invisible. Elles n’imposent pas d’un coup leur règne : elles le distillent par les canaux les plus ordinaires. Elles habitent les mots, s’insinuent dans les images, se cachent dans les lois, se travestissent dans les récits.
Et le peuple, faute de discernement, boit sans prudence ce vin mêlé. Il répète ce qu’il entend, admire ce qu’il voit, imite ce qu’on lui raconte. Il se façonne peu à peu à l’image d’un monde qui ne dit pas son nom, et le mensonge devient culture.
Ce chapitre s’arrête sur ces vecteurs du mensonge, ces canaux culturels par lesquels le monde propage ses idoles et corrompt les repères donnés par Dieu.
2. Le langage : première frontière perdue
Tout commence avec les mots. Car nommer, c’est cadrer ; nommer, c’est penser. Dès le commencement, Dieu confie à l’homme la tâche de nommer les créatures (Genèse 2:19). Et lorsque le péché entre dans le monde, l’une de ses premières œuvres est de détourner les mots de leur sens.
Aujourd’hui, cette bataille des mots est ouverte. Le langage, qui devrait refléter la vérité, est devenu un instrument de flou, de renversement, de confusion. L’enfant à naître devient « masse cellulaire ». Le père devient « parent 2 ». Le crime devient « choix personnel ». La mort devient « droit ». Le bien devient « opinion ».
Par le langage, le monde reprogramme la pensée. Il interdit certains mots, en impose d’autres. Il redéfinit, efface, tord. Et celui qui ose parler avec des mots clairs est jugé intolérant, extrémiste, dangereux. Le chrétien, s’il veut discerner, doit veiller à ses mots. Il ne peut emprunter les langages de Babel sans en adopter la logique.
3. Le récit : matrice culturelle de la croyance collective
L’homme ne vit pas seulement de définitions, mais de récits. Il a besoin d’un sens, d’une histoire, d’une origine et d’une finalité. Les récits façonnent l’imaginaire, modèlent l’espérance, forment la mémoire.
Le monde moderne l’a bien compris. Il ne se contente pas d’argumenter : il raconte. Il produit des films, des séries, des romans, des slogans. Il crée des figures, des archétypes, des héros. Il compose une trame où l’homme s’émancipe, où la liberté s’oppose à toute norme, où le bonheur se confond avec l’autonomie absolue.
Et ces récits, répétés mille fois, forment la foi implicite d’un peuple. Ils remplacent les Écritures. Ils deviennent les nouvelles paraboles. Ce qu’ils racontent, les hommes le croient — non par raison, mais par immersion.
Le chrétien ne peut ignorer la puissance des récits. Il doit apprendre à les lire, les interroger, les démonter. Et plus encore, il doit raconter autrement. Il doit transmettre les récits bibliques, mais aussi montrer comment le dessein de Dieu répond aux grandes soifs de l’homme — sans mentir sur leur vraie nature.
4. L’image : vecteur privilégié des puissances modernes
Nous sommes entrés dans une ère de l’image. Non que les images soient mauvaises en elles-mêmes : Dieu les emploie. Les visions des prophètes en sont remplies. Le Christ lui-même parle en paraboles, visibles et incarnées.
Mais dans le monde moderne, l’image est devenue absolue. Elle n’illustre plus la vérité : elle prétend la remplacer. Et surtout, elle suscite la réaction avant la réflexion. Elle émeut, elle provoque, elle guide. Elle est partout, mobile, rapide, séduisante. Elle fabrique du réel à la place du réel.
Or, l’image est souvent porteuse d’un message spirituel non nommé. Elle n’enseigne pas par raisonnement, mais par association. Elle rend le mal attirant, le faux plausible, le beau suspect. Elle banalise, elle dramatise, elle désarme la vigilance. Et elle agit en profondeur, sans résistance.
Face à cela, le chrétien ne peut se contenter d’un rejet global, ni d’une acceptation naïve. Il lui faut discernement. Il lui faut apprendre à lire les images comme les prophètes lisaient les visions : quelles valeurs y sont exaltées ? quelles vérités y sont évacuées ? quel dieu y est servi ?
5. La loi : dernière étape du mensonge légitimé
Enfin, le mensonge s’institutionnalise dans la loi. Ce qui était dit devient permis ; ce qui était permis devient protégé ; ce qui est protégé devient imposé. Et les institutions, sans toujours savoir ce qu’elles font, se font les prêtres d’une nouvelle religion.
Lorsque le droit déclare juste ce que Dieu déclare mal, il ne se contente pas de réguler : il catéchise. Il enseigne par contrainte. Il façonne la norme. Il punit la dissidence. Et bientôt, la vérité devient illégale, ou du moins suspecte.
L’histoire sainte nous montre ce mécanisme : Pharaon ordonne la mise à mort des enfants mâles. Nabuchodonosor érige une statue. Darius interdit la prière. Hérode massacre les innocents. Pilate cède à la foule. La loi du monde, lorsqu’elle oublie Dieu, devient un instrument au service de la bête.
Il est donc impératif pour l’Église de suivre l’évolution du droit, de former ses fidèles à une vision biblique de la justice, et d’être prête à résister lorsque la loi des hommes nie la loi de Dieu.
6. Nommer les idoles, restaurer le langage, bâtir d’autres récits
Dans ce monde saturé de mots falsifiés, de récits menteurs, d’images déformantes et de lois injustes, l’Église n’a pas seulement pour mission de résister : elle doit aussi reconstruire.
Elle doit nommer les idoles modernes — non seulement en les dénonçant, mais en en montrant la logique. Elle doit restaurer un langage vrai, qui nomme avec clarté le péché, la grâce, l’ordre, la beauté. Elle doit raconter d’autres histoires, nourries de l’Écriture, incarnées dans des vies, ouvertes sur la rédemption.
Elle doit apprendre à penser bibliquement le monde, non dans l’abstraction, mais dans l’épaisseur du réel. Car là où le mensonge est structuré, la vérité doit être portée avec structure, avec courage, avec fidélité.
