« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »
(Romains 12:2)
1. L’œuvre du Saint-Esprit : lumière dans l’intelligence obscurcie
Le péché, nous l’avons vu, n’a pas seulement perverti les mœurs : il a obscurci l’intelligence. L’homme déchu ne voit plus droit. Il ne comprend plus le monde selon Dieu. Il appelle lumière ce qui est ténèbres, et ténèbres ce qui est lumière. Il forge des raisonnements tortueux, il justifie l’injustifiable, il se bâtit une sagesse propre — mais cette sagesse est folie devant Dieu.
C’est pourquoi, dans la rédemption, Dieu ne se contente pas de pardonner : il recrée. Et cette recréation touche non seulement le cœur, mais aussi l’intelligence. « Nous avons la pensée de Christ », écrit l’apôtre (1 Cor. 2:16). Par l’Esprit, l’homme né de nouveau reçoit une nouvelle manière de voir, une lumière nouvelle, un discernement nouveau. Il n’est plus esclave des logiques du monde, mais habité d’une sagesse d’en haut.
Le Saint-Esprit n’est pas une puissance floue qui inspire des émotions religieuses. Il est l’Esprit de vérité. Il enseigne, il rappelle, il éclaire, il convainc. Il guide dans toute la vérité. Il donne la capacité de voir le monde à la lumière de la Parole. Il renouvelle l’intelligence, non pour flatter la raison, mais pour la soumettre au Christ et la rendre capable de juger avec droiture.
2. Le refus de la conformité : une rupture avec l’esprit du siècle
Paul exhorte les croyants à ne pas se conformer au siècle présent. Il ne parle pas ici des modes superficielles, mais d’un système de pensée, d’un esprit, d’une culture — ce que les anciens appelaient l’esprit du monde.
Car le monde ne se contente pas de faire le mal : il le pense, il le structure, il l’organise. Et cette pensée s’infiltre partout : dans les lois, dans les récits, dans l’art, dans l’éducation, dans le langage. Elle se donne pour vérité, elle s’impose comme évidence, elle façonne les mentalités.
Le chrétien, s’il veut marcher dans la vérité, ne peut se contenter d’éviter quelques fautes visibles : il doit résister à l’esprit du siècle, et cela implique de penser autrement. Il doit apprendre à reconnaître les logiques du monde pour ne pas s’y soumettre. Il doit discerner non seulement les fruits, mais les racines.
Ce refus de la conformité n’est pas une attitude de révolte, ni un rejet systématique de la société. C’est un attachement profond à une autre vision du monde, à une autre sagesse, à une autre lumière. C’est la consécration de toute la pensée à Dieu, dans une offrande totale.
3. Le discernement renouvelé : une intelligence sanctifiée
Le discernement culturel n’est pas le fruit d’une culture humaine supérieure, ni d’une finesse psychologique. Il est le fruit du renouvellement de l’intelligence par l’Esprit. Il naît de la Parole méditée, aimée, intériorisée. Il s’exerce dans la prière, dans la crainte de Dieu, dans l’humilité. Il voit clair non parce qu’il est plus intelligent, mais parce qu’il est éclairé.
C’est ce discernement que Paul décrit ainsi : « Afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. » Le mot grec ici signifie : éprouver, tester, juger, approuver après examen. Le chrétien n’avale pas tout. Il examine. Il éprouve. Il juge. Il ne se laisse pas emporter par les flots du monde : il résiste, non par obstination, mais par lumière.
Une intelligence renouvelée est donc une intelligence exercée. Elle apprend à reconnaître les idoles, à entendre les dissonances, à percevoir les fausses lumières. Elle ne cède pas à la naïveté, mais elle n’est pas non plus prisonnière du soupçon. Elle est lucide, mais aimante ; critique, mais espérante ; ferme, mais paisible.
4. Une Église éveillée : intelligence communautaire du peuple de Dieu
Ce renouvellement de l’intelligence n’est pas seulement individuel : il est ecclésial. Car Dieu ne sauve pas des âmes isolées : il se forme un peuple, un corps, une Église. Et cette Église est appelée à être une communauté de discernement.
Elle doit enseigner à ses enfants non seulement à croire, mais à penser selon Dieu. Elle doit former des esprits capables de juger les choses, de comprendre les enjeux, de résister aux séductions. Elle doit cultiver une parole lucide, ancrée dans l’Écriture, capable d’interpréter le monde à la lumière de Dieu.
Ce n’est qu’à ce prix qu’elle pourra remplir sa vocation : être lumière dans le monde. Car la lumière n’éclaire pas seulement les ténèbres morales : elle éclaire aussi les ténèbres intellectuelles. Elle montre ce qui est bon, vrai, juste, même quand tout autour appelle au contraire.
