Chapitre 4 — Le Christ, centre du monde et lumière du discernement

« Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre… tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste par lui. »
(Colossiens 1:16–17)


1. Le Christ, Seigneur de l’univers visible et invisible

L’histoire ne trouve son centre ni dans l’homme, ni dans un peuple, ni dans un empire. Le cœur du monde n’est pas à chercher dans les trônes des rois, ni dans les systèmes des sages, ni dans les cités des puissants. Le centre du monde — son origine, sa finalité, son axe — se trouve dans une personne vivante, éternelle, glorieuse : Jésus-Christ, Fils de Dieu.

C’est en lui que toutes choses ont été créées, non seulement les âmes, mais les cieux et la terre, les trônes et les dominations, les puissances et les autorités. Ce ne sont pas seulement les êtres humains qui dépendent de lui, mais les lois de la nature, les dynamiques de l’histoire, les structures invisibles du monde. Tout ce qui subsiste — subsiste par lui.

Ainsi, le Christ n’est pas un rayon de lumière projeté dans les ténèbres : il est la source même de la lumière. Il n’est pas un intervenant ponctuel dans le cours des choses : il est le fondement de tout. Le Christ est le principe divin de cohésion universelle. Et cette vérité, si elle est confessée, doit transformer en profondeur notre manière de voir le monde.

Le discernement culturel commence ici : par la reconnaissance du Christ comme clef d’intelligence de la réalité. Celui qui ne connaît pas le Christ ne peut voir le monde que par fragments. Mais celui qui connaît le Fils, voit l’univers à sa lumière.


2. Le Christ, révélation de Dieu et lumière du monde

Non seulement le Christ est le Créateur et le fondement, mais il est aussi la révélation suprême du Dieu invisible. Il est la Parole faite chair, venue habiter au milieu des hommes. Et sa venue — loin d’être purement intérieure — éclaire le monde, le juge, le réforme.

Car le Fils de Dieu, en venant dans l’histoire, ne s’est pas contenté de parler aux consciences individuelles : il a affronté les puissances de son siècle. Il a dénoncé les docteurs de la loi, il a purifié le temple, il a résisté aux pièges des chefs, il a mis en lumière les logiques inversées du pouvoir, de la richesse, de l’honneur humain.

Lorsque Jésus se tient devant Pilate, ce n’est pas un simple affrontement moral : c’est la vérité contre le mensonge du monde. Lorsqu’il chasse les marchands du temple, ce n’est pas un geste d’indignation privée : c’est un acte prophétique contre une religion corrompue. Lorsqu’il enseigne les foules, il ne donne pas des conseils éthiques : il proclame la venue d’un Royaume qui juge tous les royaumes.

En lui, la lumière entre dans le monde. Et cette lumière révèle, dévoile, tranche. Elle ne caresse pas les illusions : elle détruit les idoles. Elle ne confirme pas les structures existantes : elle annonce leur renversement.

Ainsi, le Christ discernait — parfaitement, puissamment, avec autorité. Il discernait les cœurs, mais aussi les systèmes, les faux équilibres, les hypocrisies collectives. Et ce discernement n’était pas une opinion : c’était la vérité même.


3. Le Royaume de Dieu : réalité présente, transformation du monde

Le message central de Jésus-Christ n’est pas une philosophie du salut, ni une morale d’amour. C’est l’annonce du Royaume de Dieu. Et ce Royaume n’est pas une idée vague, ni une consolation future. Il est une puissance présente, une réalité en marche, un ordre nouveau qui entre dans le vieux monde pour le renverser.

Le Royaume, c’est la seigneurie de Dieu sur toute la réalité. Ce n’est pas seulement une relation intime avec Dieu, c’est le rétablissement de son autorité sur le monde, sur les peuples, sur les lois, sur les cultures.

Ce Royaume, Jésus ne le limite pas à l’âme. Il en parle dans ses paraboles : comme d’un grain qui devient arbre, comme d’un levain qui pénètre toute la pâte, comme d’une perle précieuse pour laquelle on vend tout. Il parle d’un Royaume qui grandit, qui agit, qui transforme. Un Royaume spirituel, certes, mais incarné dans la réalité humaine.

Le discernement culturel, à la lumière du Christ, consiste donc à voir où le Royaume vient, où il est accueilli, où il est rejeté, où il est imité, où il est contrefait. Il s’agit d’identifier les signes du Règne dans le monde, mais aussi de reconnaître les puissances qui s’y opposent.


4. Le disciple : marcher dans la lumière du Maître

Jésus ne se contente pas de discerner : il forme des disciples pour qu’ils marchent à sa suite dans la lumière. Et ces disciples, il ne les retire pas du monde : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. » (Jean 17:15)

Ils sont envoyés, comme des agneaux au milieu des loups. Non pour survivre, mais pour témoigner, pour résister, pour porter la vérité. Ils ne sont pas appelés à vivre cachés, mais à être la lumière du monde, la ville sur la colline, le sel de la terre.

Le discernement culturel devient alors un devoir du disciple. Il ne peut suivre le Christ sans apprendre à voir ce que voit son Maître. Il doit lire le monde comme Jésus le lisait. Il doit nommer le péché, même structuré. Il doit dénoncer les hypocrisies, même collectives. Il doit proclamer le Royaume, même au cœur des empires.

Suivre Jésus-Christ, c’est vivre dans le monde avec ses yeux, avec sa Parole, avec son Esprit. C’est discerner la vérité dans la confusion, la justice dans l’injustice, la lumière dans les ténèbres.