« L’Éternel renverse les desseins des nations, il anéantit les projets des peuples ; les desseins de l’Éternel subsistent à toujours, et les projets de son cœur, de génération en génération. »
(Psaume 33:10–11)
1. Une foi historique : le Dieu de la Bible agit dans le temps
La foi chrétienne, à la différence de toutes les philosophies religieuses de l’humanité, n’est pas une abstraction morale, ni une méditation mystique. Elle est un témoignage historique. Ce que la Bible nous donne à voir, dès les premiers versets, ce n’est pas un Dieu enfermé dans l’éternité, mais un Dieu qui parle, qui appelle, qui intervient, qui agit au sein même de l’histoire des hommes.
Il y a des temps, des lieux, des dates, des noms. Il y a des empires et des serviteurs, des lois et des cités, des rois et des prophètes. L’Éternel ne se contente pas de régner sur les cieux : il gouverne aussi les peuples. Il ne laisse pas l’histoire aux hommes : il en est le Maître souverain.
Ce Dieu que nous confessons comme Créateur est aussi le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse, de David, de Cyrus, de Nabuchodonosor. Il suscite, il établit, il renverse, il juge, il restaure. Il ne se contente pas d’enseigner : il façonne l’histoire. Et tout homme, tout peuple, tout pouvoir est responsable devant lui.
C’est là une vérité fondamentale pour le discernement culturel. Car si Dieu agit dans l’histoire, alors l’histoire a un sens. Elle n’est pas un chaos, elle n’est pas une succession de hasards : elle est le théâtre du dessein divin. Et l’Église, loin d’en être spectatrice, y participe comme actrice.
2. La loi : parole ordonnatrice pour la société humaine
Lorsque Dieu libère son peuple d’Égypte, il ne l’appelle pas seulement à l’adorer dans le désert : il lui donne une loi. Et cette loi ne se limite pas aux commandements moraux de l’individu. Elle ordonne la vie collective, la justice, l’économie, les rythmes du travail et du repos, la dignité des pauvres, la protection des étrangers.
Autrement dit, la loi de Dieu structure une culture. Elle donne à Israël un cadre pour bâtir une société conforme à la volonté du Créateur. Ce peuple ne doit pas vivre comme les nations : il est appelé à manifester, dans ses institutions, une image du Royaume à venir.
Le discernement culturel trouve ici l’un de ses fondements : Dieu ne se désintéresse pas des formes sociales. Il n’est pas seulement préoccupé du salut des âmes, mais aussi de la justice dans les tribunaux, de la vérité dans les balances, de la liberté dans le sabbat, de la protection dans les lois.
La loi mosaïque n’est certes pas à appliquer littéralement dans nos contextes, mais elle révèle les principes éternels du gouvernement de Dieu. Et ces principes doivent éclairer notre jugement sur les lois humaines, sur les systèmes économiques, sur les priorités politiques. L’Église ne peut pas se taire sur ces sujets sans trahir l’exemple de son Dieu.
3. Les prophètes : voix de Dieu contre les puissances humaines
Lorsque le peuple dévie, lorsque les rois se corrompent, lorsque la justice chancelle, Dieu envoie des prophètes. Et ces hommes ne viennent pas prêcher une spiritualité détachée du monde : ils parlent aux rois, ils dénoncent les crimes, ils proclament le jugement sur les cités.
Ésaïe s’adresse à Juda et à Jérusalem, mais aussi à Moab, à Damas, à Tyr, à l’Égypte, à Babylone. Jérémie dénonce les alliances politiques impies. Amos fustige les riches qui écrasent les pauvres, les juges qui vendent la justice, les marchands qui trichent dans les balances. Michée annonce la chute de Samarie et de Jérusalem. Ézéchiel parle aux princes, aux bergers, aux nations.
Les prophètes ne sont pas des réformateurs sociaux à la manière des modernes, mais ils discernent les structures du péché. Ils ne dénoncent pas seulement l’idolâtrie dans les temples, mais la corruption dans les palais, la violence dans les marchés, la décadence dans les chants.
Ils révèlent que le mal n’est pas seulement dans l’individu, mais dans les systèmes que l’homme bâtit sans Dieu. Et leur discernement, éclairé par la Parole de l’Éternel, devient jugement. Car ce qu’ils nomment, Dieu le juge. Ce qu’ils exposent, Dieu le condamne. Ce qu’ils annoncent, Dieu l’accomplit.
Ce ministère prophétique, bien que particulier à l’ancienne alliance, éclaire la mission de l’Église. Car si l’Église est fondée sur les apôtres et les prophètes, elle est aussi appelée à être colonne et appui de la vérité dans le monde.
4. Dieu juge les empires et accomplit son dessein dans l’histoire
L’Écriture ne se contente pas de nous présenter des hommes de foi : elle nous montre aussi des puissances, des empires, des royaumes. Et ces royaumes, Dieu ne les ignore pas : il les observe, il les pèse, il les juge.
Babylone, l’Assyrie, l’Égypte, la Perse, la Grèce, Rome : tous sont évoqués, non comme des abstractions politiques, mais comme des instruments provisoires dans la main de Dieu, ou comme des rebelles promis à la chute.
Dieu utilise Cyrus pour délivrer son peuple. Il humilie Pharaon pour manifester sa gloire. Il renverse Babylone au moment fixé. Il détruit Sodome. Il avertit Ninive. Il supporte Rome jusqu’au moment de la croix.
Le message est clair : les empires ne sont pas souverains. Ce n’est pas l’histoire qui juge Dieu : c’est Dieu qui juge l’histoire. Et l’Église, si elle veut être fidèle, ne peut se contenter de prêcher le salut individuel tout en laissant les structures du monde évoluer sans lumière, sans opposition, sans vérité.
5. Le peuple de Dieu : au cœur du monde, mais non du monde
Enfin, l’on doit rappeler que le peuple de Dieu, dans toutes les générations, a été placé au sein de l’histoire. Il a traversé les empires, il a vécu sous la domination des puissances, il a été envoyé en exil, il a témoigné sous les rois, il a prié dans la captivité, il a discerné dans la confusion.
Israël n’a jamais été appelé à fuir le monde, mais à vivre dans le monde en manifestant la justice de Dieu. Et l’Église, peuple nouveau issu de toutes les nations, n’a pas une mission différente. Elle est appelée à être un signe du Royaume, une communauté prophétique, une sentinelle sur les murailles.
C’est pourquoi elle doit apprendre à discerner les œuvres de Dieu dans l’histoire, mais aussi les œuvres de l’adversaire. Elle ne peut se taire lorsque les puissants oppriment, lorsque les lois pervertissent, lorsque la culture glorifie le mal.
Elle doit être lucide, enracinée, courageuse. Car celui qui l’appelle est le Maître de l’histoire, et rien n’échappe à sa main.
