Voir aussi : le nom de la Bible
Le terme « Testament », utilisé pour désigner la Bible, est apparu relativement tôt dans l’histoire chrétienne, mais le processus de son adoption a été progressif. Ce terme, qui vient du latin testamentum, traduit à la fois l’hébreu berith et le grec diathékè, signifiant « alliance ». Le concept d’alliance est fondamental pour comprendre la relation entre Dieu et l’humanité telle qu’elle est décrite dans les Écritures, et le choix de ce terme pour désigner les deux grandes parties de la Bible s’inscrit dans ce cadre.
Voici les principales étapes marquant l’usage du terme Testament pour désigner les Écritures :
1. Usage dans la Septante (IIIe – IIe siècle avant J.-C.)
Le terme diathékè (διάθηκη) apparaît pour la première fois dans la Septante, la traduction grecque des Écritures hébraïques réalisée entre le IIIe et le IIe siècle avant Jésus-Christ. Dans l’hébreu biblique, le mot berith (בְּרִית) désigne une alliance ou un pacte. Lorsque les traducteurs de la Septante ont cherché un mot grec pour traduire berith, ils ont choisi le terme diathékè, qui signifie également « testament » ou « disposition testamentaire ». Ce choix est intéressant, car dans le grec classique, diathékè désigne principalement un testament (au sens juridique), mais dans la Septante, il est utilisé pour désigner l’alliance entre Dieu et son peuple, soulignant l’aspect de promesse divine.
C’est donc dans le contexte de la Septante que l’idée d’une alliance entre Dieu et Israël, essentielle dans l’Ancien Testament, commence à être désignée par un terme que l’on peut traduire par « testament ».
2. Usage dans le Nouveau Testament
Dans le Nouveau Testament, le terme diathékè continue à être utilisé pour parler de l’alliance entre Dieu et son peuple, mais il prend un sens nouveau et élargi avec l’annonce d’une « nouvelle alliance » (kainè diathékè) par Jésus-Christ. Cette idée se fonde sur les prophéties de l’Ancien Testament, notamment celle de Jérémie, qui prédisait une nouvelle alliance entre Dieu et Israël (Jérémie 31:31-34). Jésus utilise explicitement ce terme lors de la dernière Cène, lorsqu’il parle de la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance (kainè diathékè) en mon sang » (Luc 22:20).
Les auteurs du Nouveau Testament, en particulier Paul et l’auteur de l’épître aux Hébreux, développent également ce concept d’une nouvelle alliance. Par exemple, dans Hébreux 8:13, il est écrit : « En parlant d’une nouvelle alliance, il déclare la première ancienne. Or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître. » Paul parle également du contraste entre l’ancienne et la nouvelle alliance dans 2 Corinthiens 3:6 : « Il nous a rendus capables d’être les ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit. »
Ainsi, le terme diathékè est utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner à la fois l’ancienne alliance (l’Ancien Testament) et la nouvelle alliance (le Nouveau Testament), préparant ainsi le terrain pour la division ultérieure des Écritures en deux « Testaments ».
3. Passage au terme latin testamentum
Avec la traduction de la Bible en latin par Jérôme au IVe siècle (la Vulgate), le terme grec diathékè est traduit par le mot latin testamentum. La Vulgate devient la version officielle de la Bible pour l’Église d’Occident et l’usage du terme testamentum pour désigner les deux grandes parties de la Bible se généralise à cette époque.
La Vulgate introduit alors de manière formelle l’usage du terme Testament pour désigner la première alliance de Dieu avec Israël, consignée dans les livres de l’Ancien Testament, et la nouvelle alliance scellée par le Christ, décrite dans les livres du Nouveau Testament. Dès lors, les expressions « Ancien Testament » et « Nouveau Testament » deviennent des désignations courantes dans la tradition chrétienne.
4. Consolidation dans la tradition chrétienne
L’adoption du terme Testament pour désigner la Bible reflète donc cette compréhension théologique de la relation entre Dieu et son peuple. À partir du IVe siècle, les théologiens et les Pères de l’Église commencent à utiliser fréquemment les termes « Ancien Testament » et « Nouveau Testament » dans leurs écrits. Saint Augustin, par exemple, parle souvent des deux Testaments et insiste sur leur complémentarité : l’Ancien Testament prépare le Nouveau, et le Nouveau Testament accomplit l’Ancien.
Au fil des siècles, le terme Testament s’enracine de plus en plus dans la tradition chrétienne et devient la manière standard de désigner les deux grandes divisions de la Bible.
Conclusion
Le terme Testament, qui signifie « alliance », s’est imposé progressivement à partir de la traduction grecque de l’Ancien Testament (la Septante) et a été confirmé par l’usage dans le Nouveau Testament pour désigner à la fois l’ancienne et la nouvelle alliance. Avec la traduction latine de la Bible par Jérôme au IVe siècle, le terme testamentum a pris une forme officielle et s’est généralisé dans l’usage chrétien.
Ainsi, appeler la Bible « Testament » reflète une conception profonde de son contenu : elle raconte et consigne l’histoire des alliances entre Dieu et l’humanité. Le choix de ce terme pour désigner les Écritures met en lumière l’idée centrale que ces écrits sont le témoignage d’un pacte divin, d’abord avec Israël (Ancien Testament) puis avec l’humanité toute entière à travers Jésus-Christ (Nouveau Testament).
