Le nom de la Bible

Voir aussi : le nom de Testament

Dans la nuit des âges, lorsque les desseins de Dieu se déployaient peu à peu dans l’histoire de l’humanité, les révélations divines furent transmises par la bouche des prophètes, les hommes inspirés, à qui l’Éternel confiait son message pour le peuple élu. De génération en génération, ces paroles de feu furent consignées dans des écrits, où la main humaine, guidée par l’Esprit de Dieu, préservait les oracles célestes. C’est ainsi que, sous la direction divine, furent rédigés les récits des origines, les commandements de la Loi, les chants de louange, et les paroles prophétiques, que l’on reconnaît aujourd’hui comme les saintes Écritures.

Le terme « Écritures », employé par les Hébreux et plus tard par les premiers chrétiens, reflète avec précision cette vérité. Ce n’étaient pas des textes ordinaires ; c’étaient des écrits sacrés, reçus comme la parole même de Dieu, adressée aux hommes. De la Torah aux prophètes, des Psaumes aux Proverbes, ces écrits composaient un ensemble d’ouvrages à part, mis à part pour rendre témoignage à l’alliance que le Seigneur avait conclue avec son peuple. Ils formaient un tout, une source de lumière pour Israël, transmise de main en main, de génération en génération.

Mais c’est dans la rencontre des cultures, quand la révélation divine commença à se répandre au-delà des frontières de Juda, que les Écritures reçurent un nom qui devait se graver dans l’histoire de l’Église et du monde. Lorsque, sous la divine providence, les écrits sacrés furent traduits en grec, pour répondre aux besoins d’un peuple juif dispersé dans le monde hellénistique, un nouveau terme émergea pour désigner cet ensemble saint : ta biblia, un pluriel grec signifiant « les livres ».

Ainsi naquit, dans l’horizon de la culture grecque, le nom « Bible », dérivé de biblos, qui désignait le papyrus, matière sur laquelle étaient rédigés ces écrits. Mais cette désignation était loin d’être seulement technique ; elle portait déjà en elle une profonde signification spirituelle. Car les livres en question n’étaient pas des ouvrages communs, issus du génie humain ; ils étaient les livres par excellence, contenant le témoignage vivant de la révélation divine. De la multitude des écrits sacrés, s’élevait une unité puissante, révélant la voix unique de Dieu à travers la diversité des temps et des auteurs. L’expression ta biblia fut ainsi naturellement adoptée par les premiers chrétiens pour désigner non seulement les Écritures juives, mais aussi les nouveaux écrits qui circulaient parmi eux : les évangiles, les épîtres de Paul, et les autres textes apostoliques qui formaient le cœur de la Nouvelle Alliance.

C’est dans cet esprit de révérence que le nom « Bible » s’imposa au fil des siècles. Les Pères de l’Église, de Tertullien à Jérôme, en passant par Origène, commencèrent à employer ce terme pour désigner l’ensemble des Écritures, tant anciennes que nouvelles. Ce choix n’était pas le fruit du hasard, mais de la reconnaissance qu’au-delà de chaque écrit, une seule main divine avait dirigé la plume des auteurs inspirés. Ainsi, bien que la Bible fût composée de nombreux livres, dispersés à travers l’histoire du peuple de Dieu, elle était reconnue comme un tout, formant une unique parole, un seul témoignage de la grâce et de la vérité divine.

Ce fut avec la traduction de la Bible en latin, la Vulgate, que le terme biblia pénétra plus profondément encore dans la conscience de l’Église d’Occident. Saint Jérôme, en rassemblant les textes sacrés en un seul volume, consacra ce terme pour désigner non seulement une collection de livres, mais bien le Livre par excellence. Et dès lors, le nom « Bible » devint synonyme de la Révélation, le livre des livres, le trésor spirituel où l’humanité trouvait non seulement la sagesse, mais aussi la promesse de salut, éclairée par la lumière de Jésus-Christ, centre de l’histoire sainte.

En appelant les saintes Écritures « Bible », l’Église proclamait que cette collection de textes n’était pas simplement une compilation d’écrits religieux, mais un Livre vivant, où Dieu parle encore et toujours. Ce nom, si humble dans son origine, devint majestueux dans sa portée. Il exprime l’unité des desseins de Dieu, révélés à travers les âges, et l’accomplissement de ces desseins en la personne du Christ, le Verbe incarné, qui est lui-même la Parole vivante.

Ainsi, l’appellation « Bible » témoigne non seulement de la matérialité de ces livres saints, mais surtout de leur autorité spirituelle, de leur centralité dans la vie du croyant. En ce mot, simple mais profond, se trouve résumé le mystère de la révélation divine : Dieu, qui s’est fait connaître à travers les livres inspirés, parle encore aujourd’hui à son peuple par ces mêmes Écritures. Ce n’est plus seulement une collection de livres épars, mais le Livre de l’alliance, le fondement de la foi, la lumière du monde, destinée à guider les hommes sur le chemin de la vie éternelle.