L’existence des saintes Écritures, ces livres sacrés qui contiennent la révélation divine, suppose l’existence du peuple de Dieu, car ces Écritures naissent, se déploient et trouvent leur sens au sein de la relation particulière que Dieu établit avec son peuple. En d’autres termes, les Écritures ne sont pas simplement des textes isolés livrés à une humanité quelconque, mais elles sont le fruit d’une alliance entre Dieu et un peuple choisi, d’une histoire partagée, d’un engagement mutuel entre Dieu et l’homme, et d’une mission confiée à ce peuple.
1. L’Écriture comme acte de la relation d’alliance
Les saintes Écritures prennent naissance dans le cadre de l’alliance que Dieu scelle avec son peuple. Dès les premiers chapitres de la Genèse, Dieu appelle Abraham, le père du peuple d’Israël, et lui promet que sa descendance sera bénie, et qu’elle héritera de la terre de Canaan. C’est par cet acte d’alliance que la révélation divine prend corps dans l’histoire. Dieu choisit un peuple, non parce qu’il est nombreux ou puissant, mais pour qu’il soit le réceptacle et le dépositaire de sa Parole, de sa loi et de ses promesses. Ce peuple devient alors non seulement le bénéficiaire de la révélation, mais aussi le moyen par lequel cette révélation sera transmise aux générations futures et au monde entier.
Les Écritures, qui commencent à se constituer avec les récits de la création, des patriarches et de l’alliance avec Moïse, sont intimement liées à l’existence du peuple d’Israël, car elles ne sont pas seulement des commandements abstraits ou des histoires détachées de la réalité humaine. Elles sont la transcription d’un dialogue vivant entre Dieu et ce peuple particulier. Ce peuple devient ainsi la scène où se joue le drame de l’histoire du salut. Sans ce peuple, il n’y aurait ni histoire, ni terrain pour la manifestation des œuvres de Dieu, ni témoin pour consigner ses actes dans des écrits.
2. Le peuple de Dieu comme réceptacle et gardien des Écritures
L’existence des Écritures implique également un réceptacle capable de recevoir la parole de Dieu, de la comprendre, de la transmettre et de la garder. Le peuple d’Israël joue ce rôle dès le moment où Dieu lui donne la loi au Sinaï. Moïse, figure centrale de cette première alliance, reçoit les tables de la Loi, mais ce don est fait au bénéfice de tout le peuple : « Voici les paroles de l’alliance que l’Éternel a commandées à Moïse pour qu’il les enseigne aux enfants d’Israël » (Exode 34:27).
Ainsi, c’est à travers ce peuple que les Écritures prennent forme et se transmettent. Le peuple de Dieu devient le garant de la fidélité de la transmission des Écritures. Il reçoit non seulement les commandements divins, mais il a aussi la responsabilité de les vivre, de les enseigner et de les transmettre à ses descendants : « Ces paroles, que je te commande aujourd’hui, seront dans ton cœur ; tu les inculqueras à tes enfants » (Deutéronome 6:6-7). Le peuple de Dieu est donc le dépositaire des Écritures, et leur existence est inséparable de sa mission de garder et de transmettre fidèlement la Parole de Dieu.
3. L’Écriture comme mémoire vivante du peuple de Dieu
Les Écritures ne sont pas seulement des commandements, elles sont aussi le récit de l’histoire d’un peuple. L’histoire biblique retrace les grandes étapes de la relation entre Dieu et son peuple : la libération d’Égypte, l’errance dans le désert, l’entrée dans la Terre promise, les temps de fidélité et d’infidélité, les jugements et les promesses de rédemption. Les Écritures sont donc aussi une mémoire vivante, un témoignage de l’œuvre de Dieu à travers l’histoire de ce peuple.
Sans le peuple de Dieu, il n’y aurait pas de récit à consigner. Les prophètes, les rois, les prêtres et les sages, qui ont joué un rôle dans la rédaction des Écritures, étaient eux-mêmes issus de ce peuple. Ils ont parlé et écrit au nom de Dieu pour un peuple spécifique, dans des contextes historiques concrets. L’histoire du salut, consignée dans les Écritures, est indissociable de l’histoire du peuple de Dieu, car c’est en agissant au sein de ce peuple que Dieu révèle son plan. Les Écritures ne sont donc pas un ensemble de vérités abstraites flottant en dehors de l’histoire ; elles sont le témoignage d’un Dieu qui agit au cœur de la vie d’un peuple, dans des événements réels.
4. Le peuple de Dieu comme interprète des Écritures
L’existence des saintes Écritures suppose également un peuple capable de les interpréter et de les comprendre dans leur profondeur spirituelle. Les Écritures ne sont pas seulement des mots figés sur des parchemins ; elles sont une Parole vivante qui interpelle, corrige et guide le peuple de Dieu tout au long de son histoire. Dans l’Ancien Testament, les prêtres, les prophètes et les sages ont souvent eu pour mission d’expliquer et d’interpréter la loi et les oracles divins au peuple. C’est à travers cette lecture communautaire, et sous l’action de l’Esprit de Dieu, que les Écritures prennent vie et que leur sens se dévoile.
Dans le Nouveau Testament, l’Église, le nouveau peuple de Dieu, devient elle aussi le dépositaire des Écritures. L’existence de la Bible chrétienne — composée de l’Ancien et du Nouveau Testament — dépend de l’Église qui en reçoit les livres, les reconnaît comme inspirés et les transmet à travers les âges. C’est au sein de ce peuple, éclairé par l’Esprit Saint, que les Écritures sont interprétées et comprises dans leur sens plénier, notamment à la lumière de Jésus-Christ, accomplissement des promesses divines. Le peuple de Dieu joue ainsi un rôle essentiel non seulement dans la réception et la transmission des Écritures, mais aussi dans leur interprétation fidèle et vivante.
5. L’existence des Écritures et la mission du peuple de Dieu
Enfin, l’existence des Écritures implique l’existence d’un peuple chargé de les annoncer au monde. Le peuple de Dieu n’est pas appelé à garder la Parole pour lui-même, mais à la proclamer. Dans l’Ancien Testament, Israël était appelé à être une « lumière pour les nations » (Ésaïe 42:6), en témoignant de la fidélité de Dieu à travers sa loi et ses commandements. Dans le Nouveau Testament, cette mission est reprise et amplifiée par l’Église, qui reçoit l’ordre de Jésus : « Allez, faites de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28:19).
L’existence des Écritures est donc inséparable de la mission du peuple de Dieu de proclamer cette Parole. La Bible n’est pas simplement un texte à étudier en silence ; elle est destinée à être proclamée, enseignée et partagée avec le monde. Sans un peuple pour recevoir, vivre et transmettre la Parole de Dieu, les Écritures n’accompliraient pas leur but. Leur existence suppose donc un peuple missionnaire, chargé de faire connaître la révélation divine aux nations.
Conclusion
L’existence des saintes Écritures est intimement liée à l’existence du peuple de Dieu. Sans ce peuple, il n’y aurait pas eu de récit à consigner, pas de lois à recevoir, pas de mémoire vivante à transmettre, pas d’interprétation fidèle à faire, et pas de mission à accomplir. Les Écritures sont l’histoire et le témoignage de l’alliance de Dieu avec son peuple. Elles ne peuvent donc être comprises indépendamment de cette relation vivante entre Dieu et les hommes. En tant que dépositaires de la Parole divine, les enfants d’Abraham, d’Israël puis de l’Église, sont les gardiens et les annonciateurs de cette révélation, appelés à recevoir, à vivre et à transmettre la Parole de Dieu au monde entier.
