Chapitre 1 — Le Dieu créateur du monde et des cultures

« À l’Éternel la terre et ce qu’elle renferme, le monde et ceux qui l’habitent ! » (Psaume 24:1)

1. Un monde façonné par Dieu pour être rempli de sa gloire

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. Ces paroles — simples en leur majesté — constituent la clef de toute sagesse, de toute piété, de tout discernement. Avant qu’il y ait une Église, un peuple, une loi ou une croix, il y eut un monde, un ordre, une harmonie. Et ce monde n’est pas le fruit du hasard, ni le produit d’une nécessité aveugle : il est l’œuvre d’un Dieu saint, intelligent, bon et glorieux, qui, dans un acte libre, a tiré l’univers du néant pour y manifester sa beauté, sa puissance, sa sagesse, et sa seigneurie.

La Bible ne commence donc pas par une prédication de salut, mais par une proclamation cosmique. Et cette vérité initiale oriente tout le reste. Car si Dieu est le Créateur, alors il est le propriétaire, le maître, le souverain du monde. Rien n’échappe à sa loi. Tout ce qui respire lui appartient. La matière, le temps, l’espace, les relations, les cultures, les peuples — tout vient de lui, tout subsiste par lui, et tout est destiné à retourner à lui. « Toute la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer. » (Ésaïe 11:9)

Le discernement culturel commence ici : reconnaître que le monde, dans son origine, est bon et ordonné. Le mal n’est pas premier. Le désordre n’est pas fondateur. Le monde n’est pas à fuir, mais à comprendre, à interpréter, à servir selon le dessein de Dieu. C’est pourquoi l’homme, dès sa création, reçoit un mandat : « Remplissez la terre, et assujettissez-la ; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal… » (Genèse 1:28). Ce mandat n’est pas une licence à l’exploitation, mais un appel à la culture : cultiver le jardin, ordonner la création, nommer les créatures, former des familles, des langues, des instruments, des villes.

La culture n’est donc pas, en son principe, une œuvre de rébellion. Elle est le fruit de l’alliance créationnelle. L’homme est appelé à travailler dans le monde comme prêtre et roi sous l’autorité du Dieu vivant. Il est placé non pour détruire, mais pour garder. Non pour dominer à la manière des tyrans, mais pour refléter l’image de son Créateur dans ses œuvres.


2. Une création riche, variée, destinée à produire des civilisations

Le premier monde que Dieu crée est rempli de diversité : lumière et ténèbres, eaux et terre, animaux et plantes, étoiles et saisons. De cette diversité harmonieuse, l’homme est appelé à tirer de nouvelles formes : outils, chants, maisons, langages, symboles. Dès les premiers chapitres de la Genèse, nous voyons les débuts de la civilisation : « Jubal fut le père de tous ceux qui jouent de la harpe et du chalumeau ; Tubal-Caïn forgeait tous les instruments d’airain et de fer » (Gen. 4:21-22).

Le péché viendra bientôt troubler cette œuvre, mais il ne pourra jamais effacer cette vocation originelle : remplir la terre de la gloire de Dieu à travers les œuvres humaines. De là vient la possibilité des cultures. Car si Dieu a créé un seul homme, il a aussi semé en lui la capacité de produire des expressions culturelles variées, selon les climats, les terres, les langues et les époques.

Chaque culture humaine, même marquée par le péché, porte encore l’empreinte de cette vocation : organiser la vie commune, produire du sens, transmettre des repères. Le discernement culturel ne commence donc pas par le mépris des cultures, mais par la reconnaissance de leur origine créationnelle et de leur potentiel à refléter — ou à obscurcir — la gloire du Créateur.


3. Refuser le monde ou le discerner ?

C’est ici que l’on touche à une confusion fréquente : celle qui oppose le monde en tant que création bonne, et le monde en tant que système rebelle à Dieu. Car si les Écritures nous commandent de ne pas aimer le monde (1 Jean 2:15), elles ne nous appellent jamais à rejeter la création, ni à fuir la culture dans son principe.

Ce que Dieu condamne, ce n’est pas le fait que les hommes bâtissent des villes, des écoles ou des sociétés, mais qu’ils le fassent sans lui, ou contre lui. La tour de Babel est maudite non parce qu’elle est une œuvre humaine, mais parce qu’elle incarne le projet d’un monde autonome, fermé, orgueilleux, désobéissant.

Le discernement culturel, à sa racine, est donc la capacité de distinguer entre l’ordre voulu par Dieu et les déformations du péché. Il ne s’agit pas de condamner la culture en bloc, mais de juger chaque chose à la lumière de la Parole. C’est pourquoi Paul peut citer les poètes païens sans les approuver en tout ; pourquoi Moïse reçoit de Dieu des instructions précises pour ordonner la société ; pourquoi les prophètes dénoncent les rois infidèles non parce qu’ils gouvernent, mais parce qu’ils gouvernent sans justice.


4. Un appel à reprendre possession du regard

Ce premier chapitre appelle le croyant à une conversion de la pensée : le monde dans lequel nous vivons appartient à Dieu. Ce n’est pas un territoire abandonné, mais un champ où se livre un combat. Le Créateur n’a pas renoncé à son œuvre : il la rachète, il la juge, il la renouvelle. Et le peuple de Dieu est appelé non à se retirer dans la peur, mais à discerner, à nommer, à juger avec sagesse, à témoigner avec fidélité.

Avant de parler du mal dans la culture, il faut reconnaître la souveraineté de Dieu sur la culture. Avant de dénoncer les ténèbres, il faut rappeler que la lumière a brillé sur la terre dès le premier jour. Et c’est cette lumière que nous sommes appelés à refléter, non dans l’abstraction, mais dans la compréhension concrète du monde tel qu’il est, tel qu’il fut voulu, et tel qu’il sera restauré.